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Ce qui a fait la différence entre Soro, Diarra et Banny

Le 04 avril 2007, un mois jour pour jour après la signature de l’Accord Politique de Ouagadougou, le dimanche 04 mars 2007, M. Guillaume Soro Kigbafory, jusqu’alors secrétaire général des Forces nouvelles, structure unifiée de l’ex-rébellion ivoirienne, est nommé nouveau Premier ministre de la République de Côte d’Ivoire en remplacement de l’ancien gouverneur de la BCEAO

M. Charles Konan Banny, lui-même parvenu à ce poste par la volonté des résolutions onusiennes (la 1633 de 2005 et la 1721 de 2006). Ainsi donc, depuis le déclenchement de la crise militaro-politique ivoirienne dans la nuit du 19 septembre 2002, la Primature voyait arriver son 4è Premier ministre de l’ère Gbagbo Laurent après MM. Pascal Affi N’guessan, Seydou Elimane Diarra et Charles Konan Banny. Même si par la suite, les actes et autres propos du nouveau Premier ministre issu de l’Accord de Ouaga ont quelque peu fait grincer des dents, force est de reconnaître que sa nomination est unanimement saluée tant par les observateurs étrangers que par les acteurs locaux de la crise ivoirienne. Et pour cause, après les Accords de Marcoussis de janvier 2003 qui avaient été mal digérés par le clan présidentiel, les Accords d’Accra et de Pretoria qui n’ont été ni rejetés, ni adoubés totalement, l’Accord Politique de Ouagadougou offrait pour la première fois en Côte d’Ivoire, un cadre de transition politique qui rencontrait l’assentiment des deux principaux belligérants de la crise militaro-politique depuis 2002. D’un côté, le camp présidentiel régenté par le Président Laurent Gbagbo, et de l’autre, les Forces nouvelles dirigées par leur Secrétaire général, Guillaume Soro Kigbafory. Deux camps antagonistes qui acceptaient enfin de s’asseoir ensemble pour mener le pays vers la sortie de crise. Un an après sa nomination au poste de Premier ministre, que reste-t-il de la Primature version Guillaume Soro ? Quelles innovations véritables a-t-on vu en un an de Primature avec Soro ? Quels sont les nouveaux acquis et les points perdus avec l’APO ? Qu’est-ce qui a changé véritablement depuis le 04 avril 2007 ?

RADIOSCOPIE DE LA PRIMATURE VERSION SORO...La Primature sous la charge du nouveau Premier ministre Guillaume Soro Kigbafory, voit en ce mois d’avril 2007, comme avec ses prédécesseurs d’ailleurs, la venue de nouvelles têtes dont le paysage sociopolitique s’enrichit immédiatement. Il y a d’abord de son Directeur de Cabinet, venu directement de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), son Directeur de Cabinet adjoint, lui aussi inconnu de la scène ainsi que son Directeur Administratif et Financier. Dans sa besace, lorsqu’il débarque de la Direction des Forces nouvelles à Bouaké, le Premier ministre entraîne avec lui, son fidèle Chef du Protocole, M. Karamaté Koné Souleymane dit « Soul To Soul » et son fidèle Aide de Camp, le Commandant Touré Hervé Pélikan dit « Vetcho ». Mais au-delà des hommes, le nouveau Premier ministre procède à deux innovations majeures. La première, c’est la suppression de ce poste énigmatique de « Secrétaire général de la Primature » dont on ne savait plus si c’était un super ministère ou une centrale de ministères affiliés à la Primature, ou tout simplement le garage du Premier ministre lui-même. La deuxième innovation, c’est la création d’un poste de « Porte-parole » qui n’existait pas jusque-là et qui remplace le Secrétariat général de la Primature. Ainsi donc, Au niveau de l’organigramme, la Primature s’est enrichie d’un Chef du Protocole et d’un porte-parole et a vu partir le Secrétariat.

CE QUI FAIT LA DIFFERENCE AVEC DIARRA ET BANNY...

Mais au-delà de ces simples questions de forme, très vite, les points de différence vont apparaître entre le nouveau Premier ministre et ses deux principaux prédécesseurs que sont les anciens Premiers ministres Seydou Elimane Diarra (2003-2005) et Charles Banny (2005-2007). Le premier élément de différence, c’est le fait que M. Guillaume Soro Kigbafory est un Premier ministre qui est adoubé, à sa nomination, par le Président Laurent Gbagbo, Grand Maître du jeu dans la crise ivoirienne depuis que les Accords de Marcoussis n’ont pu le terrasser en 2003. M. Seydou Diarra, qui était un pur produit de Marcoussis et M. Banny, qui était le produit des résolutions onusiennes de 2005 et 2006, ont eu des relations conflictuelles permanentes avec le Président Gbagbo, parce que le Chef de l’Etat ivoirien les voyaient comme le prolongement de la mainmise étrangère sur son pays. Guillaume Soro est donc le Premier ministre attendu, pour ne pas dire béni du camp présidentiel, avec lequel le Présent Gbagbo forme depuis avril 2007, ni un tandem, ni un duo, mais un attelage déterminé à aller de l’avant. Le deuxième élément de différence, c’est que le Chef de l’Etat estime son Premier ministre comme un leader politique sain. C’est-à-dire un leader politique qui ne se met pas dans une posture de défiance de son autorité, ni celle de concurrent politique, ni comme l’homme de l’opposition nommé contre lui. Tous travers qu’il avait soupçonnés chez ses deux prédécesseurs. Et pour cause, l’homme Gbagbo connaît très bien l’homme Soro. Trop bien même depuis le temps que le jeune leader des Forces nouvelles était le remuant Secrétaire général du puissant syndicat estudiantin, la FESCI, et bête noire du régime Bédié de 1994 à 1998. Pour un Chef d’Etat, en pleine crise de réélection comme le Président Gbagbo, avoir un collaborateur immédiat de cette trempe là, ni défiant, ni concurrent, est une chose bénie.

LES BONS ET MAUVAIS POINTS DE SORO...

Au niveau des bons points du Premier ministre Guillaume Soro, le premier, c’est la confiance qu’il a réussi à réinstaurer très rapidement entre les Ivoiriens, car l’un des plus gros obstacles à la sortie de crise pacifique était le manque de confiance entre ex-belligérants, entre populations sœurs formant un même pays. Même si la Flamme de la Paix de Bouaké, en juillet 2007, a été perçue par certains observateurs comme une action symbolique, n’empêche qu’elle a permis au Nord et au Sud du pays de se retrouver pour une fois afin de se ressouder. Ce sont les visites du Président Gbagbo au Nord et le récent « Pâquinou » à Béoumi qui ont concrétisé véritablement les signes de l’ouverture. Cette ouverture qu’il faut continuer davantage d’encourager. Le deuxième bon point, c’est que dès sa nomination, le Premier ministre réussit enfin à lancer presque simultanément deux processus importants dans la sortie de crise pacifique. Ce sont l’identification et le désarmement. D’abord, le processus d’identification, à travers les audiences foraines sur lesquelles l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny a été pendant longtemps freiné des quatre fers par le camp présidentiel. Ensuite, le processus Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) à travers le démantèlement des milices d’autodéfense à l’Ouest, le retrait des éléments des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) des différentes lignes de front, le désarmement volontaire des éléments des Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN) dans les zones Centre Nord Ouest (CNO). Le troisième bon point du Premier ministre Guillaume Soro, c’est, qu’on le veuille ou pas, la confiance renouvelée que les bailleurs de fonds, profondément optimistes, ont placée en lui et son gouvernement du 07 avril 2007. Mais avaient-ils le choix ? Le quatrième bon point, c’est que de la date de sa nomination à ce jour, le successeur de Charles Banny ne s’est tenu qu’à sa « feuille de route » issu de l’Accord de Ouaga, s’écartant totalement du monde politique et de ses intrigues. Ainsi donc, on l’a vu ne pas chercher à descendre dans les querelles de tranchées entre les partis politiques leaders comme le PDCI-RDA le RDR et le FPI. Bien au contraire, et c’est là son cinquième bon point, c’est la stratégie de corps à corps qu’il a développée et privilégiée avec des leaders de premier choix comme le Président Henri Konan Bédié du PDCI-RDA, ou le Dr Alassane Dramane Ouattara du RDR. Le Premier ministre Guillaume Soro n’a jamais hésité à aller au contact physique avec ces acteurs majeurs pour aplanir les différends et autres incompréhensions. Mais le premier mauvais point du co-détenteur de l’Accord Politique de Ouagadougou, c’est de s’être tenu à la non fétichisation des dates. Qu’il le dise ou fasse ouvertement ou pas, l’actuel Premier ministre tient à ce que les dates ne l’écrasent pas. Guillaume Soro sait que le facteur dont il aura le plus besoin en cette Primature, c’est bien le facteur temps. Or justement, ce qui manque à tout le monde, c’est le temps. Au-delà du chronogramme lapidaire de Ouaga avec ses 10 mois d’activités irréalistes, il faut du temps pour faire aboutir les différents chantiers. C’est cela qui crée le sentiment qu’un deal a été passé entre lui et l’autre co-détenteur de l’APO, en l’occurrence le Président Gbagbo, pour faire traîner les choses et aller jusqu’en 2010. Le deuxième mauvais point, c’est le sentiment, en tous cas sur la lancinante question du désarmement, que le Premier ministre Guillaume Soro laisse dégager de ne pas fouetter assez ses troupes pour les amener au DDR. Le sentiment se dégage de ce que les éléments des FAFN désarment à leur rythme. Ce n’est qu’un sentiment mais il est largement partagé.

S: L'Inter

10.04.2008. 02:01

BIBIGE le 15.04.2008. 10:50

Bonjour,
Laissez-moi rectifier que pour l'instant, il n'a pas été encore question de désarment mais bien de regroupement sur des sites, ce que les FAFN rechignent à faire ou du moins font à leur rythme pendant les FDS ont achevé le leur ces derniers jours.
A bientôt.

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