J.M Leguen à propos des événements de Bouaké : “C’ETAIT LA MANIPULATION!”
Au terme d’une visite de 4 jours effectuée à Abidjan, le député français Jean Marie Leguen pense qu’il y a anguille sous roche dans certains événements.L’ancien ministre Jack Lang et le député socialiste Jean-Marie Leguen étaient les invités de l’émission «Les Grandes Gueules» de Radio Monte-Carlo (RMC) le 4 avril dernier. Ils ont, à cette occasion, fustigé l’attitude des autorités françaises par rapport aux événements de novembre 2004. Ils ont, en outre, expliqué leur sortie avec le Chef de l’Etat à la Rue princesse de Yopougon.
Animateur de RMC: Repor-tage de la télévision de Côte d’Ivoire (1ère chaîne, ndlr). Le Président Gbagbo et des élus français s’amusent en boîte de nuit. A priori, il n’y a rien d’illégal, mais on va rappeler le contexte dans lequel tout cela s’est passé. C’était le Président Gbagbo, Jack Lang et le député socialiste Jean-Marie Leguen. Extrait (du reportage de Albéric Niango de la télésivion ivoirienne Première chaine).
Vendredi 28 mars 2008, Rue princesse de Yopougon, il est 23 heures. Le temple des nuits chaudes de la capitale économique vit à son rythme habituel. Dans ce décor fait de pénombres, de néons, de boissons qui coulent à flot, l’on était bien loin de savoir le Chef de l’Etat présent en ces lieux. Le Queen’s Discothèque, l’un des dancings de cette rue, va accueillir la délégation présidentielle. Le ministre Jack Lang, homme de culture émérite, apprécie : “Je suis très heureux, très heureux de me retrouver en compagnie du Président qui, on l’a vu encore ce soir, bénéficie d’une grande popularité à Abidjan, et notamment dans les quartiers populaires. En même temps cela me rappelle l’époque où je venais ici, comme jeune professeur, dans les boîtes de nuit, dans les bistrots, dans les cafés. Abidjan, plus que jamais, est une ville vivante, et certainement l’une des villes les plus vivantes de l’Afrique tout entière. Donc, c’est un grand bonheur”.
Animateur: Cela, c’est la déclaration de Jack, à sa sortie de la boîte du Queen’s discothèque, à la sortie d’Abidjan. On est donc le 28 mars 2008. C’est soit un discours pour Jack Lang et Laurent Gbagbo. Il y a aussi Jean-Marie Leguen, le député socialiste de Paris, qui participe à cette petite soirée. Laurent Gbagbo, il faudrait le rappeler, Jack, a toujours été proche du Parti socialiste.
Jack Lang: Laurent Gbagbo fait toujours partie de l’Internationale socialiste. Et au moment des événements en Côte d’Ivoire, il a toujours été soutenu. Je me rappelle, j’en avais parlé avec Henry Emmanuelli, qui soutenait à fond Laurent Gbagbo.
Animateur: Qu’est-ce qui gêne là-dedans du point de vue moral?
Un invité: Je crois qu’en dehors de la techno parade de Le Guen et de Jack Lang, c’est que ces socialistes, ces faux socialistes, notamment qui habitent place De Gaulle dans de beaux quartiers, faut-il le rappeler et dans de beaux appartements…
Animateur: C’est démago!
L’invité: Non, pourquoi ce n’est pas démago. Parce que quand tu veux défendre la veuve ou encore l’orphelin le pouvoir d’achat, en France, attaquer Nicolas Sarkozy en disant : “Il ne fait rien pour le pouvoir d’achat”. Et toi, aller en Afrique et faire une manifestation de rue, en pleine discothèque, le lendemain d’une manifestation qui s’est passée justement dans la capitale. Où des gens disaient : “On a faim, on veut du pouvoir d’achat”. Ils ont été gazés, ils ont été tapés, ils ont été expulsés de la rue parce qu’ils ont commis un crime, celui de manifester leur misère sociale. Et nous, nous avons nos spécialistes de la générosité qui sont là depuis des années et des années, des décennies qui débarquent là-bas en faisant de la techno parade dans les rues. Moi, c’est surtout cela qui me choque que le fait de savoir s’ils sont allés voir Gbagbo. C’est le contexte.
Animateur: Jean Marie Leguen-bonjour. Qu’avez- vous à dire pour votre défense? Etait-il bien d’aller en boîte de nuit alors que la veille, il y avait une manifestation?
Jean-Marie Leguen: C’est parfaitement inexact. Des manifestations, il y en a eues le lendemain effectivement. Parce que malheureusement, en Côte d’Ivoire, comme dans une trentaine de pays émergents, il y a avec la montée des prix alimentaires au plan mondial, de grandes difficultés sociales. Et ces difficultés sociales, c’est évidemment, ce que nous avons vues aussi. Je me suis rendu, moi-même, dans un hôpital où j’ai pu discuter avec un certain nombre de personnel. Il y a des problèmes de malnutrition qui commencent à réapparaître dans les faubourgs d’Abidjan comme il réapparaît dans bien d’autres capitales.
Animateur: Mais aller s’éclater en boîte, ce n’est-il pas un tout petit peu déplacé?
Jean-Marie Leguen: Ecoutez, on peut toujours caricaturer les choses. Ce qui s’est passé, c’est que nous avons passé quatre jours à discuter avec l’ensemble des responsables de la crise ivoirienne. Y compris le Premier ministre qui était le principal adversaire du Président Gbagbo. Ou bien encore M. Ouattara et M. Bédié, pour ceux qui connaissent la situation en Côte d’Ivoire. Nous avons donc discuté avec tous les protagonistes. Et donc, nous avons passé quatre jours, à accompagner ce processus de pacification. Il s’est trouvé que dans ce quartier qui est l’un des principaux quartiers populaires d’Abidjan, nous avons été passer un quart d’heure au milieu d’une foule, d’ailleurs très nombreuse, et à vrai dire, assez positive. Il y a eu trois images. Effectivement, on est entré dans un bar-discothèque et où ces images ont été prises sans qu’on s’en cache d’aucune façon. Auparavant, nous avions traversé tout ce quartier à pied, sans protection particulière, au milieu de ces milliers de gens qui étaient très heureux.
On a l’impression que c’est une histoire où on était en boîte de nuit et qu’on était tous surpris. Pas du tout. On a passé une heure et demie dans le quartier, dont 10 minutes dans la boîte et le reste en marchant dans la rue. Avec la musique africaine. Vous savez qu’Abidjan est l’un des foyers du renouveau de la musique africaine. Et c’était bien normal qu’on y aille pour voir les gens et se donner aussi une image de l’Afrique qui n’est pas toujours une image de la douleur qui existe par ailleurs.
Animateur: Et puis l’image de députés qui partent s’amuser aussi?
Jean-Marie Leguen: On ne peut pas simplement visiter les hôpitaux, ce que j’ai fait. On doit aussi faire en sorte qu’il y ait une image où on voit cette Afrique qui crée, vit, a l’intention de s’émanciper
Christian Lamane (invité): Moi j’ai un conflit d’intérêt avec Jean-Marie Leguen. Je connais très bien Jean Marie, avec qui j’ai travaillé sur des dossiers difficiles, notamment la grippe aviaire. Mais je voudrais dire à Jean Marie Leguen ceci: Jean Marie, tu m’as déçu. Je ne comprends pas comment tu fais pour passer des soirées avec Jack Lang. Ce n’est pas Laurent Gbagbo qui pose problème.
Jacques Maillot (invité): Sur Laurent Gbagbo, moi j’ai une question. Comment se fait-il qu’il soit resté à l’Internationale socialiste?
Jean-Marie Leguen: Je tiens à vous dire que Jack Lang et moi-même n’étions pas parmi les accusateurs, mais parmi les personnes interrogées sur ce que nous connaissions sur Gbagbo. Et aujourd’hui, nous avons le sentiment, et nous voulons le dire, que notre pays, sans doute une partie de la communauté internationale et singulièrement la France de M. Chirac, a connu une manipulation sur l’opinion qui était tout à fait grandiose. Et, il est temps aussi que l’on ait une autre forme d’information sur ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Par exemple parler de l’affaire de Bouaké, c’est très douloureux. Mais nous y sommes revenus à plusieurs reprises avec tous les interlocuteurs, y compris les rebelles, les chefs des rebelles, par exemple Guillaume Soro, lorsque, vous le savez, neuf soldats français ont été tués, apparemment par l’aviation ivoirienne.
Animateur: Il y a eu une réplique de l’armée française.
Jean-Marie Leguen: C’était de la manipulation. Et là, nous avons le sentiment et je le dis très solennellement, qu’il faut une commission d’enquête pour que la lumière soit faite sur ces événements. Parce qu’il nous semble qu’il y ait beaucoup de choses très bizarres dans cette affaire. Et que ce qui a été dit jusqu’à présent par les autorités françaises est particulièrement à remettre en cause.
Animateur: On a un peu trop rapidement accusé Gbagbo et son armée d’ailleurs. Vous faites diversion, il faut être un peu plus clair.
Jean-Marie Leguen: Absolu-ment. Je profite de l’occasion que vous me donnez pour dire que nous demandons, Jack Lang et moi-même, comme d’autres députés l’ont fait, une commission d’enquête sur les événements de Bouaké.
Morade Gazeli (invité): Il faut mettre un terme à votre diversion. Car vous, ainsi que Lionel Jospin, quand vous étiez au gouvernement, entre 1997 et 2002, vous avez soutenu avec force Gbagbo. On a eu l’incident de Bouaké. Vous, vous arrivez, vous débarquez là-bas, il est clair, autant je dis que je ne suis pas du tout Sarkoziste pour un centime ; mais en revanche, je tiens quand même à être solidaire de mon pays. Et lorsque nous allons à l’étranger, c’est d’abord, une ligne claire. Laurent Gbagbo a eu des propos diffamatoires et injurieux. Il a eu des propos presque criminels vis-à-vis de la France. Pour les Français qui sont restés après les événements avec la rébellion, on leur a volé leurs maisons, certaines de nos compatriotes ont été même violées. Je tiens à vous rappeler tout cela. Et vous, vous allez là-bas, et vous nous faites croire que vous avez été voir deux hôpitaux et faire de la techno parade pour vous défouler ensuite. Et aujourd’hui, vous sortez en disant: “On va attaquer, on dit que son histoire de tirs qu’il y a eu justement là-bas, c’était peut-être que la France avait d’autres responsabilités”. C’est honteux, soyez solidaires de la France, un peu de dignité.
Jean-Marie Leguen: Je ne sais pas qui parle, mais je voudrais simplement vous dire que si vous êtes le représentant de la France coloniale, c’est votre droit, mais ce n’est pas certainement les valeurs que je partage. Et en tout cas, ce ne sont pas les valeurs de la France. Et c’est vrai que depuis que M. Chirac et de Villepin ont été en responsabilité, il y a eu des interventions de la France en Côte d’Ivoire, avec des manipulations d’informations que je considère comme extrêmement graves. Une information judiciaire a été ouverte sur l’affaire de Bouaké, en France. Que cette information judiciaire n’arrive pas à faire toute la lumière parce que justement, un certain nombre de responsables au niveau de l’Etat bloquent cette information. Il est temps que la lumière soit faite parce que neuf soldats français ont été tués, dans des circonstances qui sont pour un coup, extraordinairement douteuses et que quelques années après, on n’arrive pas à faire la lumière. Alors, si vous en êtes au moins d’accord, on souhaiterait que cette commission d’enquête se mette en place et que la transparence soit faite sur les événements de Côte d’Ivoire.
S: Fratmat
07.04.2008. 02:46
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