L’ancienne résidence de Bédié et Affi laissée à l’abandon
Elle est une merveille d’architecture. Elle contribue, ce n’est pas faux de le dire, au charme de la commune de Cocody. Elle, c’est l’ancienne résidence de Henri Konan Bédié, alors Président de la République de Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, pour le visiteur qui part de la baie de Cocody pour, par exemple, l’église Saint Jean, avant d’arriver au carrefour du BNETD, un constat s’offre à lui : cette magnifique bâtisse, bien que jalousement gardée par des militaires, n’est pas habitée. Y a-t-il un problème? Posez cette question au directeur général de la Société de gestion du patrimoine immobilier de l’Etat (SOGEPIE), Gogui Théophile, il vous répondra sans sourciller: «Pourquoi voulez-vous qu’il y ait problème?» Nous lui rappelons qu’il y a eu des travaux de réhabilitation ce qui suppose que la maison va accueillir un locataire. Mais pour Gogui Théophile, entouré de ses deux chargés de communication le jour de notre entretien après plusieurs rendez-vous infructueux, il est normal qu’une maison soit réhabilitée. «Une maison a besoin d’être entretenue», dit-il. Avant de nous expliquer pourquoi cette maison reste inhabitée: «Après le Président Henri Konan Bédié, vous vous souvenez que cette maison a été occupée par le Premier ministre Affi N’Guessan. Au niveau des aménagements des maisons d’Etat, le Président Gbagbo a pris l’ancienne résidence du Président Houphouet-Boigny comme résidence officielle. Laissant celle-là à la disposition du Premier ministre. Donc, c’est en 2003, à la mise en place du gouvernement de réconciliation nationale issu de Marcoussis, que Affi N’Guessan, ayant perdu le poste de Premier ministre, a donc dû déménager». Et depuis lors, cette résidence n’a pas de locataire. Et le DG de la SOGEPIE de poursuivre: «Seydou Diarra a été nommé Premier ministre. On lui a demandé d’intégrer cette maison, il a refusé. Il en est de même pour le Premier ministre Charles Konan Banny. Donc, la maison est entretenue, elle est là. Peut-être que l’on sera dans une situation un peu plus normale et les Premiers ministres l’occuperont convenablement». Ont-il peur que leur sécurité n’y soit pas garantie en cette période de crise socio- politique? Pourquoi ont-ils refusé de l’intégrer? La réponse du DG ne se fait pas attendre: «M. le journaliste, je vous ai dit qu’ils n’ont pas voulu habiter la maison. Allez-y leur demander pourquoi ». Et l’actuel Premier ministre, Soro Guillaume? Sans laisser entrevoir sa colère, Théophile Gogui, sur un ton néanmoins peu ou prou dur, répond: «M. le journaliste, je n’agis pas en tant qu’un homme politique. Je suis un directeur général qui gère le patrimoine de l’Etat. Lorsqu’on me dit que j’ai la charge de loger les personnalités de l’Etat, nous leur donnons la possibilité que nous avons. Quitte à elles d’accepter ou de refuser. Mais, ce qui les motive à refuser, je ne peux pas le savoir. Et elles ne sont pas obligées de me le dire». Vous voulez savoir le coût des travaux de réhabilitation? Passez demain. Car le DG de la SOGEPIE ne vous le donnera pas maintenant. Parce que, dira-t-il, au niveau des bâtisses qui appartiennent à l’Etat, il y en a qui échappent au contrôle de sa structure. «Il y a le patrimoine présidentiel. On ne permet pas que la SOGEPIE s’en occupe. C’est la présidence qui s’en charge. Il y a également un certain nombre de maisons qui appartiennent à l’Armée que la SOGEPIE ne gère pas». Explication: «Ce sont des édifices stratégiques», révèle-t-il.Ce n’est un secret pour personne. Depuis la signature de l’Accord politique de Ouaga, la situation qui était tendue s’est relativement normalisée. Ainsi, il y a eu la Flamme de la paix, à Bouaké, le Président de la République, Laurent Gbagbo s’est rendu au nord du pays, après cinq ans de crise, le Premier ministre Soro Guillaume est allé à Gagnoa, Adzopé…sans être inquiété. Et pourtant, habiter cette maison reste un casse-tête chinois, une épine difficile à enlever du pied. Le Premier ministre Soro dort toujours à l’Hôtel du Golf avec tous les ministres des Forces nouvelles. Au compte de l’Etat. Pour une question de sécurité, dira-t-on. En attendant donc que la sécurité soit totale (ce qui est difficilement réalisable), la clé de l’ancienne maison de Bédié est accrochée, selon certaines indiscrétions, à la Primature. Qui sera le premier à occuper cette maison après la crise? Est-ce un Président de la République, un Premier ministre ou un président d’Institution? Simple question.
Emmanuel Kouassi
Entre nous : Pays de paradoxe
Un pays en difficulté. Avec des flux tendus. A tous les niveaux. Même les populations mangent désormais difficilement à leur faim. Le système 4-4-2 classique que pratiquent l’artiste Billy Billy et les siens à Wassakara (quartier de Yopougon) est de rigueur dans bien des foyers. Les femmes sont descendues récemment dans la rue. Pour revendiquer la baisse des prix des denrées de première nécessité. Parce que tout le monde est au bout du rouleau. Y compris l’Etat. A qui un opérateur économique influent vient de demander de réduire son train de vie.
Ce pays n’est autre que la Côte d’Ivoire. Pays de tous les paradoxes. Une bâtisse de l’Etat attend depuis des années des locataires. On l’entretient. Parce qu’il s’agit d’un logement de très haut standing. Donc très stratégique aussi.
Au lieu de continuer d’injecter l’argent des contribuables dont le montant est gardé secret dans une bâtisse que personne ne veut habiter, n’est-il pas possible de la mettre en location? Les institutions internationales pourraient certainement s’y intéresser. Juste une piste parmi tant d’autres.
par Doua Gouly
20.04.2008. 07:25
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