On a transposé la division de la Côte d’Ivoire à 3A Télé Sud...
Il y a quelques jours, M. Constant Nemale, ex-directeur général de la télévision panafricaine 3A télé Sud, était à Abidjan en Côte d’Ivoire.
Nous l’avons rencontré dans un hôtel de la capitale économique ivoirienne. De façon incisive, il a abordé la gestion de cette télévision dont le fonctionnement actuel est décrié. Entretien.
M Constant Nemale, vous êtes un des membres fondateurs de la télévision 3A Télé Sud. Peut-on savoir les raisons de votre passage à Abidjan, et que se passe-t-il dans cette télévision ?
Il convient de préciser que je suis membre fondateur de 3A Télé Sud, mais pas actionnaire de la société mère. Il faut le préciser surtout par rapport aux actes qui sont posés. J’étais le principal animateur du développement de cette chaîne pendant dix (10) ans ; je ne travaille plus avec cette télévision. Je ne sais pas de quelle affaire 3 A télé Sud, vous parlez. C’est une société qui est aujourd’hui dirigée par d’autres personnes. C’est vrai qu’un certain nombre de principaux fondateurs sont en conflit juridique, qui va se traiter dans les prochaines semaines devant les tribunaux, par rapport à des actes qui ont été posés par ceux qui ont repris l’activité. Je souhaite longue vie à ceux qui ont repris. Cependant, j’ai tout fait à mon humble niveau pour que tout se passe dans le respect des dix (10) ans que nous avons vécus et développer cette chaîne avec peu de moyens. Certains ont estimé qu’il fallait utiliser d’autres méthodes pour s’accaparer la chaîne ; c’est leur choix.
Mais en dehors de tout cela, avez-vous d’autres projets de création d’une autre télévision ?
Non, non. Je ne vais pas fonctionner ainsi. Je ne vais, pas parce qu’on m’a pris Télé Sud, à mes amis et moi, dire que nous allons récréer 3A Télé Sud. J’estime d’abord que ce serait irrespectueux de notre part vis à vis des téléspectateurs de cette chaîne. Cela voudrait dire qu’on n’a pas cru en leur adhésion à la chaîne. Et ensuite, ce serait manquer de lucidité. J’ai une autre société de marketing et de communication, j’ai d’autres clients avec lesquels je travaille aujourd’hui. C’est pour cela que je suis à Abidjan. Vous avez eu l’occasion de savoir que j’étais là. Maintenant, il y a une étude en profondeur de l’Afrique dans toute sa diversité et de sa diaspora qui a été faite. L’Afrique est un champ d’or aujourd’hui de création artistique et l’audiovisuel fait partie de cette création artistique. Cela veut dire qu’il y a un espace. Il ne peut donc exister une seule chaîne de télévision. Ça c’est impossible. A côté de 3A Télé Sud, il y a ‘’Africâble’’ qui apporte sa création, il y a les chaînes nationales et des chaînes privées dans un certain nombre de pays, il y a les chaînes émergentes, il y a même les chaînes internationales qui sont les premières concurrentes de l’image de l’Afrique. Parce qu’elles ne véhiculent pas l’image de l’Afrique, mais l’image des pays qui sont derrière elles. La France, avec ‘’France 24’’, l’Angleterre avec ‘’BBC’’ et les USA avec ‘’CNN’’. Donc, il faut approfondir la réflexion. Et si dans cet aboutissement, on se dit il y a et je pense qu’ il y a encore de l’espace, pour d’autres créations, si je suis capable de le faire avec une équipe, je le ferai. Moi, je ne travaille qu’en équipe, je ne conçois qu’en équipe avec une motivation et une volonté de défendre l’image de l’Afrique. Vu que beaucoup de personnes nous ont fait confiance au vu et au mérite du travail que nous avons fait avec peu de moyens à l’époque de 3A Télé Sud, s’il y a une fenêtre, nous n’allons pas hésiter.
Si nous restons toujours dans le cadre de 3A Télé Sud, on a appris que cette chaîne vous doit de l’argent. Qu’en est-il exactement ?
J’ai une société de marketing et de communication qui avait 95% du chiffre d’affaires de la chaîne de son existence jusqu’à ce que je décide de ne plus collaborer avec eux. Lorsque la chaîne n’avait pas les moyens, ma société lui a prêté de l’argent. Il y a un certain nombre de chèques qui sont restés impayés. Il y a environ 600 000 euros (soit 390 millions de francs cfa) qu’ils doivent à mon entreprise. J’ai cru qu’ils étaient assez intelligents pour m’amener à la discussion. A un moment donné, ils ont fait semblant de venir vers moi. Ils m’ont dit, c’est vrai, nous reconnaissons. Et puis après, ils ont pris la poudre d’escampette. Ils m’ont dit que je pouvais aller voir qui je veux. Mais en fait, ce n’est pas un problème. Ce sont des sociétés de droits français. Elles fonctionnent dans un cadre juridique normal. Effectivement, ma société ‘’ETNIUM’’, a porté l’affaire devant les tribunaux. Je pense que les tribunaux vont juger et prendre une décision. La décision du tribunal sera souveraine. Mais moi, je veux fonctionner en pacificateur. Si nous avons réussi à 3A Télé Sud, c’est parce que les gens nous ont toujours compris. Les gens ont compris que nous étions des personnes éprises de paix et de dialogue. C’est pour cela que nous avions créé cette chaîne pour que les Africains se parlent entre eux. Ce n’est pas pour que le premier Africain qui arrive à la tête de la chaîne soit traîné devant la justice. Mais il y a toujours des limites. Il faut respecter les gens que vous avez en face. Il ne faut pas avoir l’impression que votre suprématie ou vos moyens soit disant importants peuvent vous donnez le choix de traiter les gens de manière irrespectueuse.
Mais dites-nous, pourquoi les Africains de la diaspora ne créeraient-ils pas une télévision en la domiciliant en Afrique comme l’ont fait les arabes avec ‘’Al Jazirha’’ ?
C’est une très bonne question. Avec 3A Télé Sud, l’objectif était de développer les choses sur le continent. Mais il y a d’abord, un problème de localisation. Il n’y a pas un pays en Afrique, aujourd’hui où on peut avoir 70% de gens qu’on veut joindre venir par là. Deuxièmement, il y a une question de moyens. J’ai pratiquement créé 3A Télé Sud sur les fonds de ma société et sur mes fonds propres. J’ai réussi à faire de 3A Télé Sud, une vitrine de l’Afrique. Tout le monde peut le vérifier. Les comptes sont déposés, les documents sont là. Alors moi petit Africain, j’ai réussi à créer quelque chose et vous me parlez de ‘’Al Jazirha’’. Mais ‘’Al Jazirha’’, c’est l’émir du Qatar. Il fait les choses en milliards de dollars. Il a mis des moyens incommensurables dans l’affaire. Mais nous, nous n’avons eu personne pour nous aider en Afrique, personne pour nous supporter. Il est surtout bon de noter qu’il y a eu beaucoup d’échecs avant 3A Télé-Sud. En réalité, personne n’y croyait. C’est maintenant qu’ils réalisent que ces gens étaient sérieux, ils étaient capables. Quand les gens se sont réveillés, il y a eu le conflit. C’était déjà trop tard. Il y a des choses latentes qui ont cassé l’unité qu’il y avait et qui semblait faire avancer la chaîne, c’est regrettable. Mais c’est également de bonnes leçons qui permettent de voir comment on peut s’orienter demain. Je ne désespère pas. Alors quand vous me parlez de ‘’Al Jazirha’’, cela veut dire qu’il faudrait que des personnalités importantes, des dirigeants d’entreprise s’engagent. Il ne faut pas toujours tendre la main pour l’aumône. Il faut que des gens importants accompagnent des professionnels comme nous pour leur apporter les moyens conséquents pour vendre des produits qui appartiennent à chaque Africain. Je ne crée pas pour dire que ça m’appartient, mais je crée en m’identifiant à chaque Africain, à travers ce qu’il a envie de voir
Cela suppose que plusieurs langues seront parlées sur votre télévision ?
De quelle télévision me parlez-vous ?
De votre télévision du futur. Disons, si nous faisons de la fiction... ?
Oui si on fait de la fiction. C’est clair que si une télévision doit être créée, elle le sera avec la capacité, l’identité aujourd’hui de l’Afrique qui est extrêmement dynamique, extrêmement forte et ce sera toujours dans mon esprit quelque chose pour informer tout le monde
Il est aussi dit que notre compatriote Joël Ettien a été mis à l’écart à 3A Télé Sud, et avec lui ses émissions. Seriez-vous à même de collaborer avec lui dans le futur, puisque vous parlez d’équipe ?
Joël Ettien est quelqu’un qui s’est entièrement dévoué pour 3A Télé Sud. Moi je me suis beaucoup fâché contre lui, vraiment très fâché. Je trouvais qu’il était fou de la Côte d’Ivoire. Je trouvais qu’on pouvait aimer son pays, mais pas à ce point. C’est quelqu’un qui a un tel patriotisme pour son pays...C’est plus tard que j’ai compris mon erreur ; nous nous sommes expliqués. Il a également compris un certain nombre d’erreurs. Joël avait une telle soif que la paix arrive dans son pays que pour lui, utiliser avec équilibre cette vitrine pour faire parler le commandant Wattao qu’on ne connaissait pas, le Président Laurent Gbagbo, à une époque où aucun média n’allait le voir. Il parlait aussi bien aux uns et aux autres. J’ai été surpris, extrêmement surpris que la nouvelle équipe qui arrive le mette de côté d’autant plus que c’était un frère ivoirien mis là par les associés. En réalité avec du recul, je constate qu’il a reproduit le même schéma qui a conduit la Côte d’Ivoire dans sa division. On enlève Joël, parce qu’on veut travailler avec quelqu’un dont on peut dompter. Mais non. Je pense que c’est une erreur de l’avoir retiré. C’est quelqu’un qui a un potentiel qui ne peut laisser insensible. Cela parce qu’aucun média en Afrique ne peut se faire sans donner une place de choix à la Côte d’Ivoire.
Que comptez-vous faire maintenant ?
Aujourd’hui, je m’occupe de ma société. Je suis un créateur. Avant Télé Sud, j’ai travaillé avec l’équipe de mondial basket, j’ai écrit des livres, j’ai fait pas mal de choses. Je ne dois aucun centime à quelqu’un sur cette terre, à part les impôts en France, s’il en reste encore. Je suis extrêmement passionné de l’Afrique. J’estime qu’on n’a pas encore exploré tout le potentiel possible de ce continent sur le plan de sa création artistique et de sa création audiovisuelle. C’est clair que c’est un chantier qui m’intéresse, puisque s’il y a une dynamique de créativité audiovisuelle forte, les structures de communication, les médias et autres vont vivre. Aujourd’hui, les gens disent que je fais partie du top 5 des professionnels de la communication en Afrique à travers ce que j’ai fait. J’ai été le seul à réussir à créer une chaîne de télévision panafricaine qui a vécu et qui continue de vivre au-delà de dix (10) ans. Je pense que j’ai un peu de crédit de par cette activité-là pour aujourd’hui, orienter les clients. Etant créateur, la fibre de récréer quelque chose n’est pas endormie. On va batailler pour cela.
S: L'Inter
05.04.2008. 03:59
Aucun commentaire pour cet article. Soyez le premier a le commenter.
International









Ecrire un commentaire
* = mention obligatoire