Affaire Alafé: Tapé Koulou dans tous ses états
M. Tapé Koulou, ancien Directeur de publication du quotidien le National lève un coin de voile sur l'affaire Alafé. Il en profite pour dénoncer les attitudes de Ouattara et de Bédié contre le processus de paix et de sortie de crise. En tant qu'observateur de la scène politique nationale, quelles sont vos impressions sur le processus d'enrôlement et d'identification en cours ?Pour le développement d'une nation, il est bon de connaître la densité de la population. Et tout homme politique ne peut évoluer en dehors de cette réalité sociologique. C'est pourquoi, en tant que homme politique, je suis d'accord avec le processus d'identification. Quant à l'enrôlement électoral, il revêt d'une importance capitale pour les joutes à venir. Parce que ce sont les élections qui vont nous sortir définitivement de la crise et nous apporter la paix tant souhaitée par les populations ivoiriennes. Prévues pour le 30 novembre 2008, les élections viennent d'être reportées à une date ultérieure. Quel sentiment cela vous inspire ? Ce report, il faut le dire, est salutaire. Mais je pense que de fréquents arrangements ne sont pas faits pour amoindrir les souffrances des populations ivoiriennes conduites par Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. Celles-ci, et ça, il faut le dire tout net, n'ont pas su aider le peuple à retrouver la paix. Nous sommes donc déçus. Donc maintenant, nous allons combattre les opposants qui n'hésitent pas à accepter quand cela les arrange. Il faut mettre fin à ce faux jeu de ces soi-disant opposants. Parce que pendant qu'ils ont les poches pleines, le peuple ne trouve rien à manger. Vous disiez tantôt que Bédié et Ouattara vous ont déçu. Qu'attendiez-vous d'eux qu'ils n'ont pas fait ?
Ces deux personnalités qui ont déjà gouverné la Côte d'Ivoire ont laissé le peuple sur sa faim dans tous les secteurs d'activités. Ils n'ont pas été capables d'aider au maintien d'une date fixe alors que les ivoiriens ont soif d'élection pour aller à la paix. Dès cet instant, nous disons qu'ils ont échoué et qu'ils restent là où ils sont. Parce que nous voulons aider Laurent Gbagbo à ramener la paix et la cohésion au sein de la société ivoirienne. Au regard de ce qui précède, le peuple n'espère plus rien de ces deux hommes qui se battent pour revenir et rééditer le passé. Les ivoiriens qui ont besoin d'aller de l'avant dans la paix et la sérénité ne veulent plus d'eux. Notre souhait, c'est que les élections aient lieu pour nous sortir de ces enfantillages de ces politiciens. Cela, avec une victoire à la Obama. Et qui voyez-vous comme ce Obama ?
Mais bien sûr Laurent Gbagbo. C'est le seul qui a encore de l'égard vis- à vis du peuple qu'il gouverne. Depuis un certain temps, le Président Gbagbo parcourt le pays. Du nord au sud en passant par l'est et le centre, il adresse un message d'espoir aux différentes populations. C'est déjà un grand signe pour la réunification du peuple. C'est pourquoi, nous allons le soutenir sans aucune autre forme de retenue. Vous parlez de soutien au Président Laurent Gbagbo. Quelle action comptez-vous mener concrètement sur le terrain ?
Nous allons bientôt mettre une équipe en place. Son objectif sera de sillonner le pays et les 10 communes d'Abidjan pour sensibiliser les populations sur les actions de paix et de développement du Président Laurent Gbagbo. Dans cette équipe, nous ferons tout pour avoir les démocrates des autres partis comme le FPI et ceux que nous considérons comme les modérés du RDR et du PDCI. Pour les démocrates du FPI, il s'agit du ministre Désiré Tagro et de Mamadou Koulibaly. Ceux des autres partis qui vont nous rejoindre dans la lutte pour ce soutien sont Amdadou Gon Koulibaly Amon Tanoh et Ahmed Bakayoko du RDR. Au PDCI, nous comptons sur le ministre Banzio Dagobert et le jeune KKB. Cela, à partir de la semaine prochaine. N'est-ce pas là de l'utopie, voire un rêve quand vous citez ces hommes connus comme des extrémistes dans leurs partis respectifs pour un soutien à Gbagbo ?
Non, ce n'est pas de l'utopie. Je ne rêve pas. Je sais de quoi je parle. Je crois que c'est le moment de tout mettre en œuvre pour que l'on ne renoue pas avec le passé. Et pour cela, nous promettons tous de veiller au grain. On vous a vu adopter des positions tranchées contre le Président Gbagbo. A vous écouter, l'on se demande ce qui vous fait changer de veste en ce moment précis. Est-ce la recherche d'une quelconque dividende ?
Ma position d'aujourd'hui, relève de ma volonté d'aller aux élections. Et l'homme avec qui nous pouvons faire le boulot pour aller à cette élection, c'est le Président Laurent Gbagbo. C'est un grand homme de paix. Et tant qu'il se battra pour le retour de cette paix. Là, nous serons à ses côtés. Ce n'est pas une histoire de dividende. La meilleure dividende que je peux en tirer, c'est la paix. C'est la cohésion retrouvée entre les fils et filles de côte d'Ivoire avec un Laurent Gbagbo dont la détermination dans ce sens n'est pas à démontrer. Le chef de l'Etat, et ça, il faut le souligner, n'a plus d'adversaire sur l'échiquier national parce que ceux qui se disent encore opposants ont fait sa campagne. Aujourd'hui, on n'avance pas et on ne recule pas. Nous ne sommes pas d'accord avec leurs agissements. Maintenant, ceux qui pensent que mon soutien est une trahison au peuple de Côte d'Ivoire, c'est leur problème. Parce que c'est ce même peuple-là qui a confié sa destinée au chef de l'Etat. Le soutenir ne peut être en aucun cas synonyme d'une quelconque trahison du peuple. Bien au contraire, celui qui suit la voie que je suis en train de tracer sera l'homme le plus applaudit par les ivoiriens. Il y a longtemps que vous proposiez au chef de l'Etat de tendre la main à Soro pour qu'ensemble ils conduisent le pays vers la paix. C'est ce qui se passe aujourd'hui. Pensez-vous avoir été entendu ?
Les gens pensent que je suis un prophète. Mais je ne le suis pas. J'avais prédit que Soro allait être un jour premier ministre de Côte d'Ivoire. Le voici premier ministre de notre pays. Avant lui, j'avais prédit que Banny irait dans la honte. Et il est parti dans la honte. La Côte d'Ivoire va faire la paix sans les opposants. Laurent Gbagbo et Guillaume Soro vont nous y conduire progressivement. Je dis que nous sommes prêts à soutenir Laurent Gbagbo et cela ne souffre d'aucune ambiguïté. Ce que je demande simplement c'est que l'on crée les conditions de la mise en place d'une nouvelle équipe gouvernementale dans laquelle nous allons siéger. Que tous ceux qui se sont fait remarquer de façon négative quittent le gouvernement pour faire place à des gens qui veulent se mettre au service de leur pays. Que reprochez-vous à cette équipe gouvernementale au point de réclamer sa démission ?
Les ministres ne travaillent pas. La journée, ils participent aux prises de décisions et la nuit, ils vont les combattre dans leurs chapelles politiques. Tout cela ne fait pas sérieux. Tous ces agissements mettent le pays en retard du point de vue du développement. Pourquoi Tapé Koulou a-t-il demandé pardon tout récemment à Mme Ouattara ?
On ne devrait même pas polémiquer sur l'attitude d'un citoyen qui demande pardon à un autre citoyen. Demander du pardon à autrui est une vertu biblique. " Seigneur, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé ". Ce libellé est assez clair pour exercer sur chacun des mortels une séduction assez profonde. En tant que chrétien, si je ne mets pas cette vertu en pratique pour demander pardon à ceux que j'ai offensé en cette période de paix et de réconciliation, j'aurai trahi mon Dieu. Je l'ai fait, je ne le regrette pas du tout.
L'affaire Alafé continue de défrayer la chronique. Depuis son arrestation, certaines personnes ne cessent de vous accuser de l'avoir dénoncé auprès de la justice. Quelle est votre part de vérité ?
Je ne voudrais pas qu'on parle de cette affaire. Comme vous insistez, je vais dire ma part de vérité. Les gens racontent partout que c'est Tapé Koulou qui a dénoncé Alafé. Je vais le dénoncer par rapport à quoi ? Alafé m'a injurié copieusement dans son journal. Et en tant que citoyen de ce pays, j'ai porté plainte en bonne et due forme à la PJ. Ayant eu vent de ce que j'ai porté plainte contre lui, Alafé est allé porter plainte contre moi à la gendarmerie. Et la gendarmerie m'a entendu. Lui aussi, il a été entendu par la PJ. Si maintenant, dans son travail, la PJ a découvert qu'il a plusieurs extraits avec des pères différents et mères différentes, pourquoi accuser Tapé Koulou ?
Vous voulez donc dire que ce n'est pas vous qui l'avez dénoncé ?
On ne l'a pas dénoncé. La PJ a fait son travail et a découvert qu'il a deux extraits. Est-ce la faute de quelqu'un ?
Comment en êtes-vous arrivé à cette situation ?
Le National dont je ne suis plus le Directeur de Publication et qui est maintenant dirigé par Adou Bathey Camille devait paraître le 14 août 2008. Dans ce journal, il y a un article qui dénonçait les pratiques du ministre Diby Koffi. Et comme le journal est traité par la salle technique de son édition, Alafé a pris les B.A.T pour les montrer au ministre. Dans le même temps, il a appelé certains de ses amis journalistes à qui, il a demandé de m'injurier en me traitant de maître chanteur. Le lendemain, ma photo barre la “une” de ces journaux avec des titres portant atteinte à mon honorabilité. Pendant que ces journaux font ce travail de sape, Alafé promet à son ami Diby Koffi qu'il va me mettre à nu pour que les ivoiriens se moquent de moi. Entre-temps, il a bloqué la parution du journal le National. Quand je suis allé lui poser la question de savoir pourquoi ces agissements, il m'a dit qu'il l'a fait parce qu'il voulait que le ministre lui trouve un peu d'argent pour son voyage aux USA. Alors que je pensais à un règlement à l'amiable de cette affaire, le 18 septembre 2008, Alafé fait paraître un numéro spécial sur moi, me traitant de sidéen, m'accusant d'avoir couché avec ma propre fille. Cela sur plusieurs pages. Dans ce même numéro, moi l'Ivoirien de pur sang, il me trouve un père et une mère mauritaniens. Qu'en est-il de l'information qui fait état de ce que vous lui auriez demandé de l'argent et que c'est son refus qui a provoqué la situation ?
Soyons sérieux ! Je n'ai jamais demandé de l'argent à Alafé. Pourquoi devrais-je lui demander de l'argent. Je vous dis que c'est parce qu'il m'a injurié que j'ai porté plainte contre lui. Il ne faut pas que les gens prennent leurs illusions pour de la réalité. Moi, je suis un citoyen ivoirien qui réagit là où son honorabilité est écorchée en saisissant la justice. Si certains pensent qu'en tant que citoyen ils n'ont pas ce droit là, il y a de quoi crier au scandale. Si j'ai demandé de l'argent à Alafé pourquoi dois-je porter plainte contre lui ?
Il se raconte également qu'avant que l'affaire n'arrive en justice, vous auriez adressé des SMS à plusieurs journalistes pour leur annoncer que Alafé irait en prison ?
Je n'ai jamais envoyé de SMS à un journaliste. Bien au contraire, c'est lui Alafé qui m'a envoyé des SMS (que je peux vous montrer) me demandant de retirer ma plainte. Je me demande pourquoi, les gens s'agitent. Le 14 août 2008, lui et son journal m'ont traité de tous les noms. Mais personne n'a réagi. Même les journaux n'ont pas daigné réagir. Si les gens veulent faire des amalgames, c'est leur affaire. A partir de là, je peux conclure que les gens protègent les faussaires. Vous dites que les gens protègent les faussaires. Une façon à vous de confirmer que Alafé est un faussaire ?
Ce n'est pas moi qui le dit. Regardez-vous-même. Il dit que son père est M. Bakayoko Brahima. Or c'est lui-même qui a écrit un mémorandum à ce vieux pour lui dire qu'il est son père. Le monsieur lui a répondu qu'il le reconnait mais qu'il l'aurait eu avec Abiby Abissatou. Et non avec Mme Gbangbo Suzanne. Or, en réalité, sa génitrice est Abiby Abissatou née en 1940 au Nigeria et son père, le sieur Moustapha Amao né en 1930 à Ibadan, Nigeria. C'est ce qui est la vérité.
Interview réalisée par Pierre Legrand
21.11.2008. 14:33
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