GEORGES ABOKE “Ce que je fais à la Présidence”
Georges Wenceslas Aboké est le conseiller spécial du Président de la République, chargé des reéformes en matière de communication. Mais il y a 20 ans, c’était un jeune animateur télé inspiré qui a créé Tempo. Une émission de variétés devenue, au fil des ans, la plus courue de la Télé. Et à l’occasion des 20 ans de Tempo, l’ex-DG de la RTI a accepté de lever le voile sur les débuts de l’émission, son travail de conseiller, etc.• D’où est venue l’idée de créer l’émission Tempo ?
- A l’époque, quand je suis arrivé à la RTI, pour se faire une place au soleil, pour avoir une tranche d’émission à animer, c’était très très difficile. Il fallait se battre, talonner le directeur des programmes, lui dire qu’on était prêt à animer une émission… Nous sommes allés jusqu’à menacer de ne plus remplacer à l’antenne les gens qui étaient malades ou absents pour une raison ou une autre. Moi, personnellement, je faisais une ou deux émissions qu’on m’avait pratiquement imposées. Mais j’avais envie de faire autre chose, alors j’ai déposé un projet d’émission de variété avec public pour faire la promotion de la musique ivoirienne. Parce que dans le temps, la musique ivoirienne venait en second plan derrière la musique zaïroise et la musique américaine. A part les émissions spécialisées, il était difficile d’entendre de la variété ivoirienne d’une émission à une autre. Et pour ce projet d’émission, j’ai tellement talonné le directeur des programmes qu’un jour, pendant que je passais dans la cour de la télé, il m’a appelé de sa fenêtre. Quand je suis monté le voir à son bureau, il m’a dit que mon projet d’émission était accepté. Dans la même période, j’étais aussi pigiste au quotidien Ivoire Soir. Mon rédacteur en chef était Yacouba Kébé (c’est lui qui m’a remplacé à la direction de la RTI, alors que logiquement, ç’aurait dû être l’inverse : la Côte d’Ivoire est donc vraiment assez déséquilibrée). Il y avait une rubrique dans Ivoire Soir appelée Tempo, consacrée aux artistes en herbe.
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- Quand mon projet a été accepté et qu’on m’a confié la tranche du samedi midi, je m’en suis ouvert à Yacouba Kébé pour lui dire que je voulais récupérer le nom Tempo. Non seulement, il m’a encouragé à faire l’émission, mais il m’a aussi autorisé à utiliser le nom Tempo. Le slogan “Tempo la petite fête de la musique” existe depuis le début de l’émission. C’est en référence à la grande fête de la musique qui a lieu en Juin.
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- A l’époque, en 1988, Tempo passait un samedi sur deux. L’émission alternait avec celle de Georges T. Benson. Je me suis dit que ç’allait être une très bonne chose. D’autant plus que Benson et moi n’étions pas en de très bons termes. Il avait dit des choses dans Ivoire Dimanche et nous avions répliqué de façon assez sèche.
• Qu’est-ce qu’il y avait au menu du premier Tempo en Octobre 1988 ?
- A la première émission, on avait l’humoriste Bamba Bakary qui faisait des sketches, Jimmy Hyacinthe qui accompagnait les gens à la guitare. Je me souviens aussi que Venance Konan que je connais depuis Ivoire Soir avait une rubrique dans Tempo, qu’on appelait Que sont ils devenus ? Une rubrique qui consistait à ressortir les vedettes qui avaient un peu disparu. Tempo avait aussi une rubrique d’humour animé par Vieux foulard et Wintin Wintin Pierre. Au début, Tempo avait droit à deux fois 30 minutes. L’émission commençait et après 30 minutes, il fallait interrompre pour laisser l’antenne à une série brésilienne et au journal de 13 heures, avant de revenir.
• Après Tempo est devenue la seule émission du samedi midi à la télé…
- Oui, après l’émission de Benson a disparu. On m’a demandé de faire Tempo tous les samedis. Ce n’était pas une émission trop compliquée parce que les artistes étaient disponibles, entre deux samedis, ils sortaient chaque fois de bons produits. Tempo a été pour beaucoup dans l’ascension et l’installation du zouglou. Quand on criait zouglou dans le studio, le public présent répondait CA. Mais dans toutes les cités universitaires on répondait aussi CA…
• Mais alors pourquoi avez-vous quitté l’émission en 1996 ?
- Ce qui m’a fait partir, c’est qu’à un moment, la musique ivoirienne avait piqué du nez. Les sorties n’étaient pas extraordinaires. Cette période correspondait aussi à une baisse au niveau du zouglou. En plus de cela, j’avais envie d’autre chose. Je disais autour de moi que s’il y avait quelqu’un qui était prêt, on devait lui donner l’émission. J’ai fait plusieurs propositions et c’est Aboubacar Touré, alias Tonton Bouba, qui a été retenu pour me succéder à Tempo (Tonton Bouba a animé Tempo de 1996 à 2004 et c’est Didier Bléou qui lui a succédé, ndlr).
• Que pensez-vous de ce que Tempo est devenue aujourd’hui ?
- Tempo d’aujourd’hui, j’en suis heureux. C’est plus chaud, il y a beaucoup plus de monde, beaucoup plus de chaleur.
• Des souhaits peut-être ?
- Il faut mettre le paquet. Si Tempo fait partie des émissions les plus en vue de la télé, il faut la consolider. Il faut que l’équipe de production soit dans de meilleures conditions. Le public doit aussi être dans de meilleures conditions. L’accent doit être mis sur le décor. On peut mettre un annonceur sur Tempo. Qu’une émission comme Tempo qui a traversé le temps n’ait pas le soutien d’une marque, je trouve que c’est honteux pour le service commercial de la RTI. C’est l’une des défaillances du service commercial.
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- L’émission peut être vendue à d’autres chaînes de télé en Europe. Il y a plein de chaînes qui ont besoin de programmes. Aujourd’hui, on parle de diversité en France, on peut vendre une émission clé en main. Il faut faire en sorte que le format réponde aux normes internationales. On écoute bien Claudy Siar ici, pourquoi on ne regarderait pas Didier Bléou en France ? Le piège c’est de tomber dans une sorte de communisme à la RTI qui veut que tous les agents qui ont le même diplôme aient le même salaire, même quand quelqu’un travaille plus que les autres. Si je n’étais pas parti, j’aurais peut-être fait en sorte que les présentateurs télé soient comme les vedettes des autres domaines. Un peu comme les footballeurs qui négocient leurs contrats et en retour on leur donne des objectifs à atteindre. Je pense que les animateurs et les journalistes présentateurs doivent être traités différemment, parce qu’ils ont des responsabilités que les autres n’ont pas. Quel que soit leur état mental, psychologique ou psychique du moment, ils ont la responsabilité de faire en sorte que ce qu’ils font plaise. Ce n’est pas le cas pour un technicien, par exemple.
• Pour parler de votre rôle de conseiller, en quoi consiste-il concrètement ?
- Ça consiste à glaner un certain nombre d’informations, à traiter des dossiers pour que le Président de la République ait le maximum d’informations pour la prise de décision. Moi, je donne des éléments techniques. Le Président, lui, il voit les choses sous plusieurs angles, notamment sous l’angle politique. Je veux profiter de cette occasion pour le remercier de m’avoir appelé à ses côtés, c’est une grande marque de confiance.
• Quels sont les dossiers sur lesquels vous travaillez en ce moment ?
- Il y a par exemple, la libéralisation du paysage audiovisuel ivoirien, la restructuration de la RTI, la réforme des médias en gros.
• Justement où en est la libéralisation tant attendue du paysage audiovisuel ivoirien ?
- C’est un chantier qui appartient au ministère de la Communication et au Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA). Depuis Décembre 2004, il y a une loi qui consacre l’ouverture. Désormais, il est possible d’avoir une multitude de chaînes de télé et de radio. Il y a des travaux sur les conditions de cette ouverture. Pour savoir s’il faut ouvrir totalement ou faire une ouverture contrôlée. Dans les semaines à venir, il y aura la mise en place d’une commission qui va être chargée d’élaborer les textes concernant les cahiers de charges (La télé et la radio étant des organes sensibles, il faut que ce soit soumis à des conditions). Après, il y aura certainement des appels d’offres et les meilleurs dossiers vont l’emporter.
• Pourrait-on vous retrouver à la tête d’une chaîne privée quand cette libéralisation sera effective ?
- Nous avons travaillé dans le cadre de la mise en place d’une chaîne de télé, c’est vrai… Je peux être présentateur sur une chaîne de télé. Mais quelqu’un peut, pourquoi pas, me confier la gestion d’une chaîne. Nous mêmes, nous pouvons décidé, avec des amis, de créer une chaîne de télé ou de radio, voire un groupe de médias.
• Autre chose : Georges Aboké croit-il en Dieu ?
- Vous savez, l’un des maux de l’Afrique, c’est le fait d’avoir adopté des religions venues d’ailleurs. Si on veut être croyant, on doit croire en nos religions qu’on a sur place. Si on veut se développer, il faut qu’on s’appuie sur nos réalités, sur notre culture. Or il n’y a rien de plus culturel que la religion.
• En quoi une religion imposée peut-elle freiner le développement de l’Afrique qui est plutôt quelque chose de matériel ?
- Ce sont des religions qui nous ont été imposées. Je ne vois pas les raisons pour lesquelles on doit gommer nos pratiques, notre culture au profit de pratiques qui viennent d’ailleurs. Nous n’arrivons pas à bien mélanger notre culture et celle qui nous est imposée et ça fait de nous des bâtards. Nous sommes déséquilibrés. Nous essayons de nous adapter, mais ça ne marche pas. Nous tournons en rond. A nous d’inventer ce qu’il nous faut, ce dont on a besoin. Il n’est pas tard pour le faire, rien n’est perdu.
• Et si vous deviez croire en quelque chose, qu’est-ce que ce serait ?
- Si je dois devenir croyant, je pense que je vais opter une des religions qu’on a sur place. Je pense que c’est plus juste, plus correct.
29.12.2008. 15:01
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