Palabres FPI Rebellion
La sortie musclée des rebelles des Forces nouvelles, avant-hier à l`hôtel du Golf est un signe révélateur des troubles qui se profilent à l`horizon. Une sortie qui dénote, si l`on en croit sa teneur, de la frilosité des régents du nord ivoirien. Pour coller à l`actualité et démontrer que rien ne s`obtient de rien, il y a lieu de jeter un regard sur des faits récents assez éloquents qui ont surnagé du marigot politique ivoirien. Tout est parti des pétarades de Séguéla qui ont fait plus d`une dizaine de morts entre rebelles, de l`étouffement dans l`œuf d`un soulèvement, à Bouaké la semaine dernière dont la presse n`en a pas fait largement écho, du voyage en catimini en fin de semaine dernière du Secrétaire général des Forces nouvelles dans la capitale burkinabé où, Guillaume Soro est allé faire état de " ses préoccupations " au Facilitateur Blaise Compaoré. C`est dans un tel contexte condensé de faits prêts à exploser que le l`ancien Premier ministre Pascal Affi N`Guessan président du FPI (parti au pouvoir) jette une mèche incandescente. mardi, il rencontre Y.J Choï Représentant spécial du Secrétaire général de l`ONU, et exprimant à la communauté internationale la préoccupation la plus essentielle de l`heure, Affi N`Guessan énumère les difficultés d`ordre structurel qui menacent gravement la tenue de l`élection présidentielle. Posant clairement son postulat, le Président du FPI dit à Choï que la crédibilité et la validité de l’élection présidentielle passe par la sécurité. Une sécurité qui part du désarmement des factions rebelles du nord à la restauration de l`intégrité de l`Etat et partant l`unicité des caisses de l`Etat. Ce n`est qu`à ce prix et uniquement à celui-ci, dit Affi, que la Côte d`Ivoire pourrait s`enorgueillir d`avoir organisées des élections crédibles dont la certification par l`ONU ne souffrirait d`aucune suspicion. Vingt quatre heures seulement après, les rebelles n`y ont vu qu`un " plan d`assassinat de Soro programmé ". Les Forces nouvelles par la voix de leur porte-parole Konaté Sidiki ont cru bien faire en exigeant le retrait des cadres du FPI du gouvernement. La conférence de presse est si bien planifiée que l`on est tenté de conclure à une préméditation dont la sortie d`Affi N`Guessan n`a servi que d`alibi. Les rebelles viennent ainsi de démontrer qu`à la vérité, ``le désarmement avant les élections`` est le cadet de leurs soucis. A preuves, ils occupent une partie non négligeable du territoire ivoirien, ce qui leur donne l`illusion d`être des poids lourds. Le maintien des armes est donc un acquis pour Guillaume Soro et les siens. C`est ce qui leur permet d`être à la Primature, de voir plusieurs d`entre eux casés à des postes clés de l`Administration ivoirienne. C`est avec les armes qu`ils bénéficient de double salaire, un au nord l`autre au sud. Avec les armes, ils ont mis en place une régie financière qui leur génère des sommes faramineuses dans les zones qu`ils contrôlent. Droit unique de sortie (DUS) du cacao : 22 milliards par an ; fiscalités, impôts et douanes : 50 milliards par an. Des sommes époustouflantes qui peuvent transformer un moine en scélérat, à plus forte raison un rebelle. Bref, ils ont tout et obtiennent tout avec les armes. Exiger leur désarmement, même avec toute la politesse et la courtoisie du monde, c`est comme l`on leur demandait de s`auto-flageller. Et c`est ce qu`a fait Affi N`Guessan. Leçon pour gouverner : on ne demande pas à un rebelle de déposer son arme, on la lui arrache. De gré ou de force. Dans toute communauté où ce principe n`est pas respecté la rébellion prend pied et s`installe dans la durée, dans le subconscient du peuple et devient un fait banal dont tout le monde s`accommode. En Angola avec Savimbi, au Soudan avec John Garang, en Sierra Leone avec Fodé Sankoh, en Colombie avec les FARC. Partout dans le monde, on ne discute jamais avec un rebelle. Tel est aujourd`hui, six ans après le déclenchement de la crise, le talon d`Achille en Côte d`Ivoire. Un péché originel qui amène aujourd`hui, les rebelles à non seulement agir comme des roitelets au nord mais à se croire tout permis dans la zone gouvernementale. Où ils ont le toupet de narguer ceux qui les ont acceptés malgré leur handicap à s`insérer dans la société. Leur conférence de presse n`est rien d`autre que de la provocation. Sinon, pour quelle raison un Konaté Sidiky, Guinéen, tout fraîchement naturalisé ivoirien par le Président Laurent Gbagbo du fait de la crise, peut-il se permettre de demander la mise aux arrêts de Affi N`Guessan, ancien Premier ministre de Côte d`Ivoire, président du FPI et Directeur de campagne du candidat Gbagbo à la future élection présidentielle ? Sinon, en quoi demander la restauration de l`autorité de l`Etat sur tout le territoire national peut-il faire planer une menace de mort sur la vie d`Affi N`Guessan, pendant que les rebelles dont les mains dégoulinent du sang des innocents continuent de piller en toute impunité ? Comble du ridicule, ils sont même allés jusqu`à faire du Président Laurent Gbagbo leur complice en disant comme Konaté Sidiki, que le chef de l`Etat a été informé de la teneur de leur déclaration et que dès son retour à Abidjan (le Président Gbagbo est arrivé le même soir de la conférence, ndlr), ils (les rebelles) comptent lui réclamer le retrait des ministres du FPI du gouvernement. C`est une confusion totale digne du livre La révolte des anges d`Anatole France (ex-académicien Français) qui fait remarquer qu` " à la fin des temps, Lucifer deviendra Dieu et Dieu deviendra Lucifer ", tellement le combat fut rude dans le ciel et qu`il était difficile de départager les vainqueurs entre le camp des Anges et celui des démons.Simplice Allard
05.12.2008. 04:43
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