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Souveraineté monétaire en Afrique : LE MODELE DESEQUILIBRE DE LA ZONE FRANC

C’est le point de vue de Mamadou Koulibaly, économiste et président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, partisan d’une renégociation globale des obligations conventionnelles avec la France.

« Problématique de la souveraineté monétaire en Afrique », tel était le thème d’une conférence-débat organisée samedi au Centre international de conférence de Bamako par l’Association Repères, en partenariat avec le Centre Djoliba. Animée par le professeur Mamadou Koulibaly, économiste et président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, la conférence a enregistré la présence d’une forte délégation ivoirienne. L’Assemblée nationale était représentée par le docteur Ousmane Bâ. On y notait la présence du ministre de l’Economie et des Finances, Sanoussi Touré.
Le président de « Repères », Daouda Sacko a rappelé que l’association s’employait à contribuer au développement de la recherche scientifique sur l'histoire contemporaine du Mali et de l'Afrique, dans le but d'armer les bâtisseurs d'aujourd'hui et ceux de demain et d’aider à la renaissance nationale.
Mamadou Koulibaly a classiquement défini la souveraineté monétaire comme « l’organe qui décide de l’émission et de la politique monétaire effectivement mise en œuvre dans un pays. La souveraineté monétaire suppose le pouvoir autonome dans l’allocation des crédits et dans la gestion de la valeur de la monnaie ».
Pour étayer sa définition, il a cité l’article 3 de la Constitution française qui indique que la souveraineté appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par voie du referendum. L’article 34, ajoute t-il, précise, entre autres, que la loi fixe les règles concernant le régime d’émission de la monnaie. La France avait donc sur cette base légale, créé sa monnaie, le « franc français ». De façon souveraine, l’État français décidait de l’émission de la monnaie et de la politique monétaire.
En comparaison avec la souveraineté monétaire des pays africains, le conférencier a noté que « les Constitutions africaines proclament la souveraineté de leurs États et de leurs peuples, dans les faits. Aucun d’entre eux ne décide de manière souveraine de sa politique économique. Ils demeurent soumis à la prééminence des contraintes venues de l’extérieur ».
Les avantages du Fcfa souvent mis en avant, tels la solidarité des pays de la zone ou encore la maîtrise de l’inflation, « ne résistent pas à une analyse objective des résultats », a jugé Mamadou Koulibaly. L’économiste a ainsi déploré « les aberrations du système conduisant à des conséquences économiques déconcertantes telles que des banques accumulant des surliquidités sur des marchés où les entreprises privées et les particuliers manquent d’accès aux crédits et où les États trouvent facilement financement».
Qui gagne dans la solidarité institutionnalisée par le jeu du compte d’opérations ? Mamadou Koulibaly répondra que les réserves de changes servent à assurer les moyens de paiement des importations de pays pauvres, membres du pool de chaque banque centrale. « Plus les réserves de change sont élevées, plus le nombre de mois d’importation est grand et plus le pays est assuré de pouvoir payer en devises les factures de son commerce extérieur », a-t-il expliqué.
Dans la foulée, Mamadou Koulibaly a fait sien le point de vue des économistes de la Banque mondiale sur le surcoût des importations. Ceux-ci soutiennent que le modèle de coopération qui lie les anciennes colonies aux anciennes puissances coloniales entraîne des surcoûts qui font que les économies africaines paient plus cher leurs importations que les autres pays non-membres d’accords spécifiques avec l’Europe. 
Ces surcoûts, note-t-il, permettent au Trésor français de prélever des seigneuriages (l’avantage financier direct qui découle, pour l'émetteur, de l'émission d'une monnaie) incalculables et de recycler l’économie française.
Comment redevenir des peuples souverains ? Pour le responsable ivoirien, ayant perdu sa souveraineté monétaire au profit de l’Union européenne, la France a disparu en tant que tutelle monétaire. « Les États africains sont donc en droit de dénoncer les conventions monétaires qui les lient à elle car, pour reprendre les termes de la convention de Vienne, il y a eu un changement fondamental de circonstance. C’est l’occasion pour les pays de la zone Franc de demander, juridiquement et politiquement, une renégociation globale des obligations conventionnelles », soutient Mamadou Koulibaly.
Quid, dans cet ordre d’idée, de la monnaie unique africaine ? Ce n’est pas la bonne solution, juge le conférencier qui propose « le régime de changes flexible » ou CFA flottant. Il s’agit d’une modalité du système monétaire international où l'on ne définit pas d'étalon monétaire international auquel chaque devise pourrait faire référence et où le change des devises entre elles se détermine sur un marché spécialisé.
Le président du parlement ivoirien a regretté que dans les pays africains de la zone franc, moins de 4 personnes sur 100 ont un compte bancaire, alors qu'en Algérie et au Maroc, ce ratio est proche de 20% et qu'il dépasse les 50% en Afrique du Sud. 
L'appartenance à la Zone franc, assure-t-il, ne donne pas un avantage décisif aux Etats africains qui ont décidé de céder leur souveraineté monétaire à la France. La faiblesse du ratio de bancarisation est une preuve supplémentaire de l'incohérence entre l’offre et la demande de monnaie dans l'UEMOA et dans la CEMAC, a-t-il dit. 

Adama DIARRA

18.08.2009. 17:39

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