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Détournement de plus de 100 milliards Fcfa des planteurs

Parmi les dirigeants de la filière café-cacao qui sont sur la sellette, ceux du Frc (fonds de régulation et de contrôle café-cacao) vivent quasiment sur des braises ardentes. Selon plusieurs sources bien informées, de grands moyens sont déployés pour alimenter une campagne de presse aux fins de réhabiliter la brumeuse opération « achat de l’usine de Fulton » aux Etats-Unis d’Amérique. Les « avocats » de Kouakou Firmin, DG et Angeline Kili, PCA, embouchent malheureusement très mal la trompette de la justification d’une transaction plus que douteuse.

Depuis le déclenchement de l’enquête sur la gestion de l’argent des planteurs de café et cacao, une panique semble s’emparer des responsables de structures de la filière.
Une source proche du dossier nous rapporte qu’un président de conseil d’administration a fait parvenir, à plusieurs magistrats, des messages par sms dans lesquels il a affirmé détenir la liste de tous les responsables politiques, de certains acteurs de la société civile et des responsables administratifs qui ont bénéficié de la manne de la filière.
Ces sms qui auraient été transmis au procureur de la République seraient parvenus au chef de l’Etat.
Ce dernier, très stoïque depuis le déclenchement de la procédure judiciaire, aurait eu cette réaction qui laisse deviner ce qu’il réserve aux dirigeants des structures : « Dites lui de faire publier ces listes.
Même si ma propre mère a eu droit à un seul centime… ».
Selon un cadre dans la filière, l’idée d’un audit général sur la gestion n’est pas arrivée seulement à cause du scandale du rachat de l’usine de chocolat de Fulton aux Etats-Unis d’Amérique.
Cette source croit savoir que depuis plus d’un an déjà, Laurent Gbagbo, impressionné mais très échaudé par la façon dont des responsables des structures et certains cadres politiques avaient amassé de colossales fortunes, s’en était déjà ouvert à des proches.
Ses hommes étaient en train de lui échapper.
Fulton n’a été en réalité que l’élément catalyseur de cette idée de saisir la Justice.
C’est pourquoi, plusieurs spécialistes de la filière commentent avec ironie, les gesticulations des dirigeants du Frc qui dépense toute leur énergie dans la justification de l’achat de l’usine de Fulton.
Quel est le problème ? L’idée de l’achat d’une usine aux Etats-Unis est-elle mauvaise en soi ? Certainement pas ! Le chef de l’Etat avait donné son aval pour l’opération.
Le problème réside dans la manière dont le dossier a été traité.
L’affaire soulève plusieurs interrogations.
Pourquoi l’ambassade de Côte d’Ivoire à Washington, à l’époque dirigée par le professeur Kokora (un ponte du FPI résident aux USA depuis plus de 20 ans), a été contournée dans les procédures officielles, alors qu’il existe au sein de la chancellerie une cellule économique et financière opérationnelle ? Au demeurant, l’ambassade avait entrepris de créer un cadre d’échanges entre hommes d’affaires Ivoiriens et Américains en y associant la diaspora ivoirienne aux Etats-Unis.
Comment a-t-on pu mettre la chancellerie à l’écart d’un tel projet, quand on sait que, pour des négociations économiques e t commerciales, des ambassadeurs en poste en Côte d’Ivoire ôtent leur costume pour se battre autour des tables de négociations avec les experts financiers et juridiques ? On peut citer le cas de l’ambassadeur de l’Iran à Abidjan qui ne rate aucune occasion pour monter au créneau économique.
Pourquoi un réel secret a entouré toutes les démarches ? Fait plus grave, comment se fait-il que la cellule juridique du Frc n’ait pas été saisie alors que les dirigeants s’étaient même permis d’opérer la première transaction financière ? Hausmann Bannet de LCM (le partenaire américain de l’opération de rachat) et ses conseils ont longuement dénoncé les acquisitions de biens divers aux USA (domaines immobiliers, véhicules de luxe et autres gâteries aux frais de la princesse).
Pourquoi le Frc ne dit-il rien là-dessus et se complaît dans le dénigrement de cet homme d’affaires américain d’origine ivoirienne sans rien démentir de ses affirmations? Pire, nos sources au conseil d’administration du Frc sont formelles : l’opération n’a jamais été soumise au conseil d’administration.
Elle a de plus, été désapprouvée par le comité interministériel.
Mais Angéline Kili et Kouakou Firmin ont enjambé ces obstacles.
Mais là où la question devient gênante pour la présidence de la République, c’est que, après avoir donné son aval pour l’opération, et après avoir même nommé un conseiller spécial de Laurent Gbagbo comme administrateur provisoire de la société de chocolat, elle n’a pas réagit aux manquements répétés à toutes les procédures administratives et légales.
Rien qu’une poignée de personnes triées sur le volet –on comprend aisément dans quel objectif- a piloté cette affaire dans le flou le plus artistique, pour en tirer probablement des dividendes.
On comprend aisément qu’une telle transaction a pu laisser, en chemin, des espèces sonnantes, trébuchantes et trainantes qui ont probablement constitué de confortables matelas financiers savamment dissimulés dans des comptes numérotés de banques étrangères.
D’où l’intérêt qu’il y a à utiliser un intermédiaire suffisamment outillé (autre que Hausmann Bannet qui s’est avéré un peu gourmand) pour gérer au mieux les intérêts de toutes les parties impliquées dans ce deal.
Curieusement, il a fallu que le scandale éclate pour que le Frc communique, brusquement, « dossier » à l’appui, sur l’achat de l’usine de Fulton.
Or, c n’est pas la première fois que la presse en parle et que les planteurs se posent des questions sur cette ténébreuse affaire.
Le Frc y a toujours répondu par un silence méprisant.
Notre rédaction, dans u souci d’équilibre et de recoupement, depuis les premiers articles sur le sujet, a tout tenté auprès de la direction du Frc, sans jamais obtenir la moindre réaction.
Dans les coulisses, de plus en plus animées, des querelles en sourdines entre les acteurs de la filière, un cadre de la filière remarque avec ironie que si certains dirigeants ont acquis un poulailler à 9 milliards F cfa (allusion à l’achat par le Fdpcc de Coco services), cela aura permis, au moins, d’embaucher des Ivoiriens et de produire des œufs pour la consommation locale.
Ce qui n’est pas le cas de l’usine de Fulton pour laquelle on a dépensé des dizaines de milliards et qui en redemande encore dix-sept.
Tout simplement, scandaleux ! Ce qu’il faut retenir, c’est que le Frc et ceux qui s’évertuent à le défendre se trompent de combat.
Le problème, ce n’est pas l’usine de Fulton en tant que tel.
C’est surtout la gestion pratique des fonds des planteurs.
Combien le Frc et ses confrères de la Bcc , de l’Arcc et du Fdpcc ont reçu depuis la libéralisation de la filière et comment l’ont-ils géré ? Ce serait bien que l’on sorte aussi et surtout, des documents sur ce chapitre.
Le reste n’est que divertissement et distraction de prestidigitateurs qui ont plus intérêt à mieux faire étalage de leur talent devant le procureur de la République.
Et l’enquête diligentée par le procureur de la République, réclamée par le Président de la République, doit rapidement situer les vrais planteurs, la communauté internationale et, surtout, la grande majorité des Ivoiriens.
Car, aujourd’hui, tous veulent savoir si pour une fois, ceux qui volent et narguent le peuple en exhibant avec insolence des biens qu’ils n’ont pas mérité, seront punis comme il se doit en pareille circonstance et comme cela se fait dans un Etat de Droit.
Une fois que la responsabilité des suspects est établie.

A.Sangaré

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