Alpha Blondy * icône culturelle de la Côte d'Ivoire

L’ONU entre paix, intérêts et affaires

Ils sont très nombreux, ceux qui ne comprennent plus rien aux réalités ivoiriennes. Il y a, d’abord ,ces éternels “perturbés�? qui n’ont pas la capacité de lire les bons signes du processus de paix depuis l’accord politique de Ouagadougou, ensuite, ceux qui refusent de voir cette réalité en face. Mais entre les deux tendances, les plus dangereux sont ceux qui ont perdu tout repère. Occupés qu’ils sont à défendre des intérêts occultes dans la crise ivoirienne, ces illuminés inspirent des rapports dépassés comme celui que l’ONU a produit récemment sur la Côte d’Ivoire. En effet, dans son dernier rapport sur la crise ivoirienne, l’organisation planétaire ne se contente pas de déplorer les “lenteurs�? dans le processus de paix. Elle ordonne d’abord le maintien des forces d’interposition en l’état, refuse ensuite la levée de l’embargo sur les armes réclamée par le président Gbagbo pour permettre à l’Etat d’assurer la sécurité de ceux qui vivent en Côte d’Ivoire. Enfin, elle maintient les sanctions individuelles frappant Charles Blé Goudé, Eugène Djué et Kouakou Fofié, alors que le président ivoirien et son Premier ministre réclament à l’unisson leur levée pour consolider la dynamique de paix induite par l’accord politique de Ouagadougou. Les termes de ce rapport sont, beaucoup l’ont déjà souligné, aux antipodes des évènements qui se déroulent en Côte d’Ivoire et qui, dans le cadre du processus de paix, se succèdent dans une logique très claire. Hier dimanche 28 octobre, par exemple, dans un stade municipal de Yopougon transformé en village burkinabé au cœur d’Abidjan, le président ivoirien était à la fête avec ceux que des mains occultes avaient autrefois poussés dans la guerre “ivoiro-ivoirienne�?. En effet, à l’appel d’un des leurs, M. Emile Kima, plus de vingt mille ressortissants du Burkina Faso sont allés fêter “la paix retrouvée�? avec leurs “frères ivoiriens�? conduits par les premiers d’entre eux, à savoir le président de la République, Laurent Gbagbo, son épouse et des responsables d’institutions républicaines. Hasard de calendrier ou coïncidence divine, cette rencontre, pleine de symboles entre Ivoiriens et Burkinabè, s’est déroulée 72 heures avant la date du “31 octobre�?. On se souvient que depuis octobre 2005, suite au cauchemardesque accord imposé à Linas Marcoussis par la France chiraquienne (Paris, janvier 2003), l’approche de cette date soulevait des polémiques et provoquait d’inutiles tensions sociales en Côte d’Ivoire. Les abonnés aux coups d’Etat (comme moyen d’accession au pouvoir) prétendaient que, passé le 31 octobre 2005, le pouvoir obtenu au suffrage universel d’octobre 2000 par Laurent Gbagbo ne pouvait exister sans une “prolongation annuelle�? par des résolutions de l’ONU. La constitution ivoirienne prévoit-elle qu’en cas d’impossibilité d’organiser les élections, comme c’est le cas depuis le 19 septembre 2002, “le président de la République demeure en fonction�? (article 38), ils n’en avaient cure ! En octobre 2005 puis en octobre 2006, la Côte d’Ivoire a vécu des jours de menaces pour rien. Certes, depuis l’accord politique de Ouagadougou (4 mars 2007), la malsaine polémique s’est estompée mais cette fête organisée par les Burkinabè, la plus forte communauté étrangère en terre ivoirienne avec plus de trois millions d’habitants, arrive comme pour lever toute équivoque et consolider la dynamique de paix induite par la facilitation de Blaise Compaoré. Une semaine avant le rendez-vous ivoiro-burkinabé d’hier, le Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro Kigbafori, était à la fête, le samedi 20 octobre 2007, avec les populations de Gagnoa, ville d’où est issu le président Gbagbo, celui dont il réclamait autrefois, à la tête d’un mouvement armé, le départ du pouvoir. A Gagnoa, le responsable de la rébellion en dislocation très avancée a réaffirmé son ferme engagement à offrir la paix à son pays, allant jusqu’à enfoncer une porte ouverte en demandant aux paisibles « parents » du chef de l’Etat de ne point constituer une « entrave » au désir présidentiel de construire cette paix. Le 30 juillet 2007, à la fête de « la Flamme de la Paix » à Bouaké, Guillaume Soro avait déjà fait ce serment de construire la paix avec Laurent Gbagbo devant plus de quarante mille personnes et des chefs d’Etats africains réunis au stade olympique de la deuxième ville ivoirienne. Bref, sous les yeux de toute la communauté nationale et internationale, les belligérants d’hier fument le calumet de la paix. Blé Goudé (patriote) et Wattao (rébellion) sont à tu et à toi, s’échangent les matelas et les chambres. Les généraux Mangou (FANCI) et Bakayoko (FAFN) échangent des civilités. Comment, dans un tel contexte, l’ONU a-t-elle pu produire un rapport aussi dépassé que celui évoqué ci-haut ? De toute évidence, appelée à la rescousse pour « aider » à faire la paix, l’ONU est prise dans un engrenage n’ayant rien de commun avec les objectifs de paix qui animent et passionnent les Ivoiriens de nos jours. D’abord, ses fonctionnaires dépêchés au chevet de la Côte d’Ivoire ne semblent avoir d’yeux que pour la France de l’époque du président Chirac dont le gouvernement, contrairement à celui de Sarkozy, avait fait du renversement de Laurent Gbagbo l’essentiel de son programme de fin de mandat. Certes, “les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts�?, selon De Gaulle, mais cela autorise-t-il les fonctionnaires onusiens à être plus royalistes que…la France sans Chirac? Ensuite, selon les rumeurs, les représentants onusiens dans les “zones de conflits�? bénéficient de salaires, de primes et autres avantages matériels mirobolants qui leur sont versés dans le cadre de leurs missions, lesquels avantages seraient d’autant plus élevés que la situation sécuritaire est déclarée critique dans le pays. Dans un tel contexte, les prouesses de paix accomplies par Laurent Gbagbo et Guillaume Soro risquent de ne jamais être appréciées comme telles par l’ONU. Entre le désir de paix des Ivoiriens et les primes versées à ses fonctionnaires, l’organisation planétaire pourrait être engagée dans des intérêts hégémonistes et mercantiles d’un de ses Etats membres détenteurs de veto. A cette allure, le gouvernement ivoirien gagnerait à aller au-delà de la protestation de son représentant à la Maison de verre à New York. Des rencontres de “clarification�? avec ceux qui “fabriquent�? les rapports sur la Côte d’Ivoire ne seraient pas de trop si l’on veut espérer des résolutions moins nocives mais actualisées pour accompagner la dynamique de paix induite par l’accord politique de Ouagadougou.
C.E cesaretou2002@yahoo.fr

29.10.2007. 12:23

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