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ADO et le RDR, les vraies cibles de Soro

C’est une évidence désormais que l’union constituée par le Pdci, le Rdr, l’Udpci et le Mfa, entre dans la ligne de mire des Forces Nouvelles. Ce qui l’est moins, c’est si le premier ministre Guillaume Soro et ses hommes visent seulement le Pdci. L’hydre déclenchée pourrait bien viser des cibles inavouées.

Pour un travail de sape, c’en est un. Les Forces nouvelles ont entrepris de briser la dynamique solidaire du Rassemblement pour la Démocratie et la Paix (Rhdp), coalition qui regroupe le Pdci d’Henri Konan Bédié, le Rdr d’Alassane Dramane Ouattara (Ado), l’Udpci de Mabri Toikeusse et le Mfa de Innocent Anaky Kobena. L’intention apparaît clairement chez le porte-parole des Forces Nouvelles, Sidiki Konaté.

Dans l’entretien « exclusif » publié hier par le confrère pro-gouvernemental, Fraternité Matin, son sermon est sans appel contre le Pdci. « Pour nous donc, les choses sont claires. Il y au sein du Rhdp, un parti qui continue encore d’afficher clairement sa volonté de ne pas accepter l’accord de Ouagadougou et qui veut entraîner les autres. Pour nous, il faut arrêter cette démarche le plus tôt possible », accuse Sidiki Konaté. « Nous avons eu l’assurance, distingue-t-il, de la part du ministre Mabri Toikeusse et du président Anaky Kobena, qu’ils allaient prendre leurs responsabilités ». Traduction : l’ex rébellion veut désormais compter ses troupes. Et pour Sidiki Konaté, MM Anaky et Mabri sont de leur côté.

Il est vrai que ces deux leaders politiques s’étaient montrés favorables à la désignation de Guillaume Soro à la primature, lors du dialogue direct Gbagbo-Soro en mars dernier. Mais au delà du satisfecit décerné par M Konaté, les Forces nouvelles manoeuvreraient pour conquérir leur allégeance. Et le secrétaire général des Forces Nouvelles, Guillaume Soro, selon nos sources, a récemment acquis de Mabri Toikeusse, ministre du transport, qu’il choisisse ouvertement son camp entre le couple Bédié-Ado et eux. Ce que confirment les propos de Sidiki Konaté.

Dans son entretien, ce dernier ménage ouvertement le patron du Rdr, Ado. « Nous dénonçons aussi le fait que le Rdr continue de s’allier à un parti comme le Pdci qui a décidé carrément de sortir de l’accord de Ouaga en lançant ses idéologues à l’assaut.

Pour le Rdr, nous pensons qu’il y a une position à prendre face aux dérives du Pdci », indique-t-il. Le mouton noir, pour l’ex rébellion, serait donc le patron du Pdci, Henri Konan Bédié. Certes, entre MM Soro et Bédié, on peut le dire, il existe un vieux contentieux que la moindre étincelle peut raviver. Idéologiquement, les deux camps divergent depuis les pourparlers de Linas-Marcoussis en janvier 2003 à Paris.

Les arguements des ex-rebelles pour obtenir la dissolution des institutions, ont été contrés par Henri Konan Bédié. Ce dernier, raconte-t-on, n’a jamais été favorable à l’idée que la primature échoit au n° 1 des Forces nouvelles, sans compter qu’il a refusé de se rendre à Bouaké en début 2007, à l’invitation express de l’ex rebellion, pour justement, vider le contentieux au sein du G7, coalition de l’opposition militaire et civile créée au lendemain de la signature de l’accord de Linas-Marcoussis. Croire cependant que l’esclandre déclenché contre le vieux parti dénote un simple règlement de compte, de la part des ex rebelles, serait insuffisant. Il faut voir au delà.

Envisager, pourquoi pas, que ce soit le mentor même du Rdr qui soit visé par les attaques contre son allié du Pdci. L’image reviendrait pour les ex-rebelles à pointer le canon contre Bédié, tout en ayant dans le collimateur Alassane Ouattara. Ne pas exclure ce scénario, c’est peut-être poser la question de fond : quel objectif politique poursuit Soro en guerroyant contre le Rhdp, lui qui n’est pas candidat aux prochaines élections ? Deux objectifs au moins sont envisageables.

Le premier, casser la coalition en la livrant, en morceaux, à un Laurent Gbagbo qui n’en demanderait pas mieux, lui qui n’a pas intérêt à aborder les joutes électorales avec une opposition unie.

Dans l’éventualité où Guillaume Soro réussisse le pari, Laurent Gbagbo, c’est presque évident, retournera l’ascenseur politique à son chef du gouvernement dont les ambitions (présidentielles) ne sont pas moins évidentes.

Ce serait, on s’imagine, le tour de passe-passe entre les deux ex-belligérants que la classe politique ne laisse pas de soupçonner d’avoir signé des clauses sécrètes à Ouagadougou.

En tout cas, Guillaume Soro, le premier ministre issu de l’accord politique de Ouagadougou, ne fait rien pour démentir ces soupçons.

Ses hommes et lui renvoient aux Ivoiriens toutes les images, sauf la preuve qu’ils se sont assignés pour mission de sortir le pays de la crise en dix mois, comme le prévoyait Ouagadougou.

Leur posture, clairement affirmée par Meité Sindou est simple : « Si la transition doit durer six mois, si elle doit durer six ans, elle durera six ans ».

Ça s’appelle, s’inscrire dans la durée. Leur tactique serait donc de diviser pour régner, en redistribuant les cartes politiques.

La nouvelle arme : diabolisation systématique des opposants politiques. De quoi expliquer que ces ex rebelles soient devenus rebelles à la critique, eux qui ne ménageaient pas leurs diatribes contre un certain Laurent Gbagbo, avant la signature de l’accord de Ouagadougou.

Benoît Hili (24 heures)

08.11.2007. 17:55

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