Alpha Blondy * icône culturelle de la Côte d'Ivoire

CARTE DE SEJOUR: Les enjeux de la proposition de Gbagbo

Le président Ivoirien, Laurent Gbagbo, comme tout homme politique aguerri et averti, ne fait rien sans chercher en tirer des dividendes. A l’évidence, la proposition de suppression de la carte de séjour qu’il a faite, dimanche, à Yopougon, en présence de milliers de Burkinabè a des dessous politiques
« Les craintes que j’avais depuis 1990, ces craintes-là se sont avérées justes. A savoir que la carte de séjour ne nous met pas assez d’argent dans les caisses de l’Etat et deuxièmement, elle induit des fraudes sur l’identité ivoirienne. Alors, il faut faire quelque chose. Moi, je propose la suppression pure et simple de la carte de séjour. Je suppose et je proposerai très très bientôt la suppression pure et simple de la carte de séjour ». Cette proposition du chef de l’Etat Laurent Gbagbo a été chaleureusement accueillie par les milliers de ressortissants burkinabè qui ont pris d’assaut, dimanche, le complexe sportif de Yopougon. Pour le numéro 1 Ivoirien, « la carte de séjour induit des tracasseries policières et administratives ». C’est pourquoi, il faut qu’elle « soit supprimée, purement et simplement ». Comme tout homme politique qui ne fait rien au hasard, la proposition de M. Gbagbo n’est pas gratuite et fortuite. Nul n’ignore le dégel qui prévaut en ce moment entre Abidjan et Ouagadougou. Les récriminations et autres accusations de part et d’autre, qui faisaient rage au plus fort de la crise ivoirienne, ont été mis au placard. Le camp présidentiel ivoirien n’accuse plus, en tout cas officiellement, le pouvoir burkinabé d’avoir offert gîte et couvert aux rebelles ivoiriens. De même que Blaise Compaoré ne dit plus de Laurent Gbagbo qu’il va finir au Tribunal pénal international (TPI). Les deux capitales ont décidé d’enterrer la hache de guerre pour fumer le calumet de la paix. Bien plus, la facilitation du président du Faso (PF) a permis aux belligérants du conflit ivoirien de signer, le 4 mars 2007, un compromis politique dit accord de Ouagadougou. De sorte qu’aujourd’hui, le camp présidentiel ivoirien et les Forces nouvelles ne se regardent plus en chiens de faïence. Ils co-gèrent désormais la Côte d’Ivoire. Blaise Compaoré, qui n’avait plus mis les pieds en Côte d’Ivoire depuis au moins le 19 septembre 2002, a déjà effectué deux voyages dans le pays de Laurent Gbagbo. Ce, en espace d’un an. Le 12 juin 2007, il participait à la première réunion du Cadre permanent de concertation (CPC, issu de l’accord de Ouagadougou) tenue à Yamoussoukro. Le 30 juillet 2007, M. Compaoré faisait partie de chefs d’Etat africains qui ont répondu à la « Flamme de la paix ».

Faire mentir ses détracteurs

Laurent Gbagbo, en décidant de proposer la suppression de la carte de séjour, s’inscrit, résolument et totalement, dans la dynamique de décrispation et de réconciliation qui prévaut entre son homologue burkinabé et lui. « Il y a devant nous, un chemin droit, un chemin de la fraternité, un chemin de réconciliation. Et, ce chemin-là, Blaise Compaoré et moi-même, nous avons décidé de l’emprunter et nous allons l’emprunter », a souligné l’ancien président du FPI. En sus, M. Gbagbo entend, par sa proposition, avoir la sympathie de M. Compaoré, et au-delà l’encourager à persévérer dans la voie qu’il a choisie : le retour plein et entier de la Côte d’Ivoire. L’ancien opposant ivoirien voudrait faire mentir ses détracteurs, qui le présente comme un xénophobe doublé d’un « ivoiritaire », qu’il ne se serait pas pris autrement. La carte de séjour, faut-il le rappeler, a été instituée en Côte d’Ivoire sous la Primature d’Alassane Dramane Ouattara (1990-1993). Aujourd’hui, ce dernier est président de l’un des plus grands partis de l’opposition ivoirienne. M. Ouattara et sa formation politique ne ratent aucune occasion pour dénoncer « les dérives xénophobes » du régime de L aurent Gbagbo. En proposant la suppression de la carte de séjour, le chef de l’Etat veut se présenter comme le réparateur du tort causé par le Premier ministre d’Houphouët Boigny. C’est comme s’il posait la question suivante aux non-nationaux : « Ouattara, qui prétend vous défendre, a instauré la carte de séjour avec tout ce que cela comporte comme tracasseries aujourd’hui. Moi, je propose sa suppression. Qui de nous deux vous aime le plus ? ». Et, comme les étrangers représentent officiellement 26% en Côte d’Ivoire, leur opinion pourrait compter. Même s’il ne prennent part au vote. Directement. Selon le code de la nationalité ivoirienne, un enfant né d’un parent ivoirien est ivoirien. Cet enfant est donc un électeur potentiel. Partant, son choix électoral pourrait être influencé par son parent (mère ou père) étranger. En clair, un étranger qui ne paye plus sa carte de séjour (et qui constate la fin des tracasseries administratives et policières) va, logiquement, demandé à ses enfants, qui ont le droit de vote, de porter leur choix sur son bienfaiteur. Les naturalisés ivoiriens, qui ont terminé leur période de stage, peuvent aussi être guidés lors du vote. Au moment où la Côte d’Ivoire est engagée dans un processus électoral, Laurent Gbagbo veut se donner toutes les chances d’être réélu. Il crée toutes les conditions pour atteindre cet objectif. Mais ses calculs auront-ils l’effet escompté ?
S: Soir info

Thématiques


Ble Goude
dechets toxiques abidjan Côte d'Ivoire
Laurent Gbagbo
Simone Gbagbo
Soro Guillaume

Commentaires

Syndication


pub spécialLa Presse ivoirienneLa filire caf cacao

Derniers Articles