Election du 30 novembre L’équation des milices reste entière
Le réveil des Abidjanais, dans certains quartiers, se fait de plus en plus au son des bruits des bottes des miliciens qui ont repris leurs activités.Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, au lendemain de l’adoption par le gouvernement ivoirien des textes électoraux, a salué le début du processus électoral dans un rapport rendu public et notamment le choix d’une date pour le premier tour de l’élection présidentielle.
«Je me réjouis de la confirmation du 30 novembre comme date du premier tour de l’élection présidentielle et je rends hommage aux dirigeants politiques ivoiriens pour leur ferme détermination à mettre en œuvre l’accord de Ouagadougou», a soutenu Ban Ki-moon.
Malgré ces faits encourageants, la Côte d’Ivoire, fait-il remarquer, se heurte toujours à de sérieux défis.
Le démantèlement des milices constitue, selon lui, l’épine dorsale des préoccupations qui, aujourd’hui, se présentent à la Côte d’Ivoire à l’approche des échéances électorales. L’absence de progrès sur le plan du démantèlement de ces groupes d’auto-défense constitue également des motifs de vive préoccupation.
Les milices reprennent du service à Abidjan
La signature de l’accord politique de Ouagadougou a mis en berne les activités des milices. Celles-ci s’étaient mises quelque peu en retrait pour laisser la latitude aux politiques de dérouler le processus de paix tel qu’induit par le dialogue direct entre les ex-belligérants, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. Depuis quelques jours, les miliciens, notamment du côté de Yopougon, se sont approprié les rues de ces quartiers. 200 à 300 éléments battent tous les matins le pavé au rythme des slogans guerriers. Comme au temps fort de la crise armée.
Est-ce des signes avant-coureurs des élections tumultueuses? Quand on sait les précédents exercés par des miliciens dans le microcosme politique national, l’on ne peut qu’être sceptique.
L’on se rappelle, en effet, que les miliciens du Sud s’étaient illustrés (positivement ou négativement, c’est selon) sur le terrain politique en prenant fait et cause pour le pouvoir en place.
Leurs dirigeants et leurs partisans au gouvernement nient qu’ils soient armés. Cependant, beaucoup de témoins locaux et de fonctionnaires des organismes internationaux ont affirmé, sans ambages, à Human rights watch, avoir observé à plusieurs reprises des miliciens armés de fusils AK 47, de mitraillettes Uzis et de pistolets. Même si dans un entretien avec Human rights watch, Moussa Touré dit Zéguen, le leader du Gpp( Groupement des patriotes pour la paix) nie avoir des armes: « Les gens disent qu’on nous fournit des armes, mais ce sont des contes de fées ».
Zéguen a cependant reconnu que ses hommes recevaient un entraînement militaire et avec maniement des armes dispensé par des éléments des forces de sécurité ivoiriennes: «Nos hommes ont reçu un entraînement à l’usage des armes. On leur apprend à utiliser des armes. Les membres de la police et de l’armée qui sont des patriotes comme nous, nous donnent leurs armes pour l’entraînement», a-t-il déclaré.
Des sources de renseignement occidentales ont déclaré que des armes avaient été distribuées à certaines unités du Gpp durant la répression violente d’une manifestation de l’opposition en mars 2004 à Abidjan.
En février 2005, la capacité de feu du Gpp a été mise en évidence quand ses membres se sont livrés à une bataille armée avec des élèves de l’école de police à l’extérieur de leur camp d’Adjamé. Les tirs auraient eu lieu après qu’un membre du Gpp se soit battu avec un membre de l’école de police. L’incident qui a coûté la vie à un élève policier et à un commerçant a montré que le Gpp reste une milice redoutable. Le chef de commandement des forces armées, le général Philippe Mangou alors colonel, s’est rendu dans le camp pour dissiper les tensions. Mais, contre toute attente, il n’y a pas eu d’action entreprise contre le Gpp.
Faut-il craindre, à l’approche de l’échéance présidentielle fixée au 30 novembre, au réveil du «monstre»?
Les milices de l’Ouest toujours en armes
«Si la paix est troublée, je ne pourrais jamais certifier les élections. Il faut donc sécuriser les élections et pour cela, la solution est de trouver une alternative pour les ex-combattants ou les miliciens démobilisés».
C’est en ces termes que le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la Côte d’Ivoire, Young Jin Choi, a présenté l’opération mille microprojets, le 18 août 2008 à Guiglo, lors d’une caravane de sensibilisation sur cette initiative, menée par l’Onuci en partenariat avec le Pnud et le gouvernement ivoirien.
Il a rappelé que la sécurité demeure une des préoccupations essentielles de la mission onusienne, qui en est consciente. Les miliciens de l’Ouest de la Côte d’Ivoire (le Flgo, le Miloci, l’Uprgo, Lima, Apewê), au nombre de 12 mille, regroupés au sein des Forces de résistance du grand ouest (Frgo), ont découvert à leurs dépens que leur statut de supplétifs de l’armée régulière ne suffisait pas à faire d’eux des militaires de l’armée régulière.
L’opération de démantèlement lancée le 26 juillet 2006 à Guiglo par le gouvernement du Premier ministre, Charles Konan Banny, n’a pu être conduite à terme. Donnant ainsi un goût d’inachevé à l’opération. Le faible ratio armes-miliciens a contraint l’Onuci à écourter l’opération.
Le bilan partiel au 3 août, en effet, avait donné pour 888 miliciens désarmés, 90 armes; 4876 munitions; 26 explosifs déposées.
Le chef de la division désarmement, démobilisation et réinsertion de l’Onuci, Jean Luc Stallon, a estimé que les groupes armés de l’Ouest ne jouaient pas franc-jeu. L’Onuci s’est refusée de payer des filets de sécurité à des miliciens qui ne venaient déposer dans leurs râteliers que des pétoires, des grenades déjà dégoupillées, des armes usagées…
Les miliciens, selon des indiscrétions dans la hiérarchie militaire ivoirienne, ont gardé par devers eux les armes en état de marche et déposé celles qui étaient hors d’usage.
Hormis cet aspect, les chefs miliciens, en leur sein, avaient du mal à s’accorder sur la liste de leurs éléments à démobiliser.
La plupart des chefs ont accusé leur «frère d’armes» du Flgo, Maho Glofléhi, de biaiser la liste en y inscrivant, selon eux, des membres de sa famille qui, pourtant, n’avaient jamais été au front.
L’arrivée de Guillaume Soro à la primature va relancer l’opération qui était au point mort et, cette fois-ci, c’est le chef de l’Etat lui-même qui se porte au-devant des opérations.
«Nous allons remettre, le 19 mai (2007), les dernières armes que nous détenons au président Laurent Gbagbo et à son Premier ministre, Guillaume Soro, lors d’une cérémonie officielle à Guiglo», a déclaré le chef des Frgo, le «général» Maho Gloféhi. 782 fusils de chasse de type calibre 12 rouillés. 241 fusils d’assaut de type Kalachnikov, plus ou moins neufs, 3 Rpg et 1 mortier de 88 mm, soit un total 1.027 armes.
C’est l’arsenal de guerre qui a été 19 mai 2007, au chef de l’Etat Laurent Gbagbo, sur la place Félix Houphouët-Boigny de Guiglo, en présence du représentant adjoint du secrétaire général des Nations unies en Côte d’Ivoire, Abou Moussa. Une partie des armes a ensuite été symboliquement brûlée en présence des responsables ivoiriens et internationaux pour clore la cérémonie.
Le reste du lot des 1.027 armes, la plupart usagées et datant de plusieurs décennies, selon des experts en désarmement, qui ont supervisé l’opération.
Le service civique au ralenti
Le chef de l’Etat a demandé au ministre de la Défense et au Premier ministre de lui faire, dans un délai d’un mois, des propositions. Il a préconisé l’ouverture des camps pour accueillir, très rapidement, dans le cadre du service civique, au moins 40.000 jeunes auxquels il faudra donner une formation.
Car, a-t-il assené, «cette guerre est une guerre du chômage. Donc il faut mettre les jeunes dans les centres, pour leur apprendre un métier et leur donner une perspective de travail». Laurent Gbagbo a prévu d’ouvrir ces centres, en priorité, autour des zones de conflit.
«Je compte sur vous. Je ne vous oublierai pas (…) La guerre est finie, ce n’est pas la peine de la faire traîner pour rien. Je suis avec vous, soyez avec moi», a conclu le chef de l’Etat.
En réponse Maho Gloféhi dira ceci: «Nous ne vous exigeons rien, nous demandons que le Pnddr (aujourd’hui: Pnrrc) continue ce qu’il a commencé».
Le Pnddr a prévu, jusqu’ici, la réinsertion de 2.000 ex-combattants pour l’ensemble du Sud. Or, les Frgo revendiquent, aujourd’hui, 12.000 combattants à elles seules.
Le service civique censé absorber une bonne partie de ces miliciens a certes commencé ses activités. Mais, timidement.
A trois mois des élections, l’Ouest de la Côte d’Ivoire n’est pas encore totalement débarrassé de l’emprise des armes, et les milices continuent de dicter leurs lois. Vivement que le gouvernement dote les structures en charge de la réinsertion de moyens conséquents pour qu’elles occupent au mieux ces «jeunes gens» qui ont flirté avec les armes. Ne dit-on pas que le diable occupe les mains oisives?
K. Marras. D
11.09.2008. 06:08
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