Alpha Blondy * icône culturelle de la Côte d'Ivoire

Gbagbo gagne - Wade perd

C’est à 10 heures que s’est ouverte hier la session. Chose impensable, Me Abdoulaye Wade, si friand de sommet, n’était pas présent, lui qui était pourtant arrivé dans la capitale burkinabé, la veille, mercredi 16 janvier à 19 heures. Arrivé de Madrid via Paris, il a été accueilli par son homologue Burkinabé, Blaise Compaoré. Le lendemain, des informations faisant état d’une grande fatigue du Président ont circulé. Ce qui expliquerait son absence à l’ouverture du sommet et à la réunion à huis clos. Il y sera représenté jusqu’en début d’après-midi par le ministre du Népad Aziz Sow, alors que les présidents Boni Yayi du Bénin, Faure Gnassingbé du Togo, Amani Toumani Touré du Mali, et Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire étaient à la salle de conférence à côté de leur homologue burkinabè, Blaise Compaoré. Cette absence du chef de l’Etat était si mystérieuse que la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Rts) qui l’accompagnait n’a pas «couvert» l’ouverture de la session. Elle ne viendra qu’avec l’arrivée du chef d’Etat Sénégalais dans l’après-midi. Mieux, c’est seulement lorsque le chef de l’Etat Sénégalais et sa délégation ont eu vent des «bruits » qui couraient à Dakar, qu’ils ont trouvé une astuce pour tuer la rumeur : une visite-surprise de Me Wade aux «Lions », alors à Ouaga en direction de Tamalé.

Justin Barro et Yayi Boni «taclent» Wade sur les réserves de la Bceao

C’est seulement à 15 heures 15 que Me Abdoulaye Wade est arrivé pour participer au huis-clos des chefs d’Etat. Moment mal choisi, puisque quatre des cinq points de l’ordre du jour avaient été vidés. Le Président sénégalais qui n’avait pas participé non plus au déjeuner des participants lors de la pause (13 h-15 h) n’a pas daigné s’expliquer sur son retard. Auparavant, le gouverneur intérimaire de la Bceao, le Burkinabé Damo Justin Barro avait fait un exposé sur les réserves de la Banque. On se souvient que le chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade avait fait une sortie dans ce sens. Pour dire que la Bceao n’est pas une banque d’affaires ni une banque commerciale et que sa vocation est d’aider les pays membres à résoudre leurs problèmes financiers. Il déplorait le placement de plus de 1500 milliards de francs Cfa à l’étranger et hors de portée des Africains. «Je ne peux pas comprendre qu’une Banque centrale ne cherche pas à résoudre les problèmes des pays membres. Pour ma part, j’ai pris une position que je développerai le moment venu pour que la Banque centrale change sa façon de faire. Il ne faut pas avoir des milliards et des milliards placés dans des bourses étrangères et dire qu’on est pauvre et aller demander de l’argent. Cela n’a pas de sens», disait Wade. Pour le gouverneur intérimaire, la volonté du Président sénégalais est techniquement irréalisable. À sa suite, le Président béninois Yayi Boni, ancien directeur de Banque ouest africaine de développement (Boad), prendra la parole. «En tant que financier, je sais bien ce que dit Barro. Cette position de la Bceao sur ses réserves est conforme aux règles bancaires».

Wade : «Je récuse Bouabré», Gbagbo : «J’ai un autre candidat sous la main»

Le retard de Me Wade était si long que lorsqu’il venait, les participants avaient déjà calé leur position par rapport à la rotation du gouvernorat de la Bceao et retenu que le poste sera occupé par un Ivoirien. Ce que le Président sénégalais ne cessait de récuser. N’empêche, Wade a pris la parole, devant ses pairs pour asséner : «Je récuse Bouabré». Riposte ironique du Président ivoirien, Laurent Gbagbo : «D’accord. J’ai un candidat sous la main. La Côte d’Ivoire regorge de compétences». Avant Wade, Paul Bohoun Bouabré, ministre du Plan avait déjà vu ses soutiens se craqueler, lui qui n’était déjà pas bien «senti» du côté du Trésor français, qui garantit le franc Cfa auprès de l’euro. Finalement donc, la conférence des chefs d’Etat a décidé de nommer Philippe-Henri Dacoury-Tabley, jusque-là représentant de la Côte d’Ivoire au sein de la Banque africaine de développement(Bad), gouverneur de la Bceao.

Le Président Yayi Boni, brandissant la «jurisprudence Bceao» dira ainsi que le poste de président de la Boad, occupé depuis son départ par l’intérimaire Malien, Ali Coulibaly, revenait de droit au Bénin. C’est ainsi que fut nommé à ce poste le compatriote de Yayi Boni Abdoulaye Bio-Tchané au poste de directeur de la Boad. Auparavant chef du département Afrique du Fonds monétaire international (Fmi) Dacoury-Tabley lorgnait, sans avoir le soutien de son pays, le poste de gouverneur de la Bceao, depuis le départ de Charles Konan Banny.

Ape : Gbago gagne encore sur Wade

Alors que le chef de l’Etat sénégalais dénonce tous azimuts les Accords de partenariat économique, la conférence des chefs d’Etat a engagé tous les Etats à…signer comme l’a déjà fait la Côte d’Ivoire. Gbagbo arrivé à Ouaga 48 heures avec ses pairs en a-t-il profité pour faire un vaste lobbying ? En tout cas, les chefs d’Etat ont précisé non seulement que ces accords concernaient plus la Côte d’Ivoire avec qui ils devaient se solidariser, elle qui traverse une passe difficile, mais aussi que l’Union européenne était leur partenaire privilégié et naturel ! Reste maintenant à savoir si Me Wade va suivre cette recommandation de ces pairs. D’autant que Dakar avait déployé, après que Wade eut dit publiquement qu’il ne signera pas les Ape et qu’il était contre ces accords «de la mort». Outre une marche du Parti démocratique sénégalais (Pds) le lundi 7 janvier, Me Wade n’avait pas hésité à financer une marche contre les Ape à Bruxelles vendredi dernier, mais aussi à inviter ses pairs à faire comme lui. Ce qui n’a pas été le cas lors de la conférence des chefs d’Etat.

Consolation : une motion de soutien pour le sommet de l’Oci

Comme maigre consolation, le Président sénégalais a eu droit à une motion de soutien de ses pairs qui s’engagent non seulement à prendre part au sommet de l’Organisation de la conférence islamique (Oci) mais aussi de tout mettre en œuvre pour la réussite de cette rencontre internationale. Après l’Uemoa, s’ouvrira toujours à Ouaga, la 33e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la Cedeao. Déjà, les ministres des Affaires étrangères du Conseil de médiation et de sécurité de la Cedeao se sont réunis le 16 janvier dernier pour préparer cette rencontre à laquelle assiste Khadafi.

ME AMADOU SALL, PORTE-PAROLE DU CHEF DE L’ETAT : «Me Wade n’a aucun ennui, de quelque nature que ce soit»

Interpellé hier sur certaines rumeurs à propos de la santé du Président à l’origine de son absence à l’ouverture de la session, Me El Hadji Amadou Sall, porte-parole du chef de l’Etat s’inscrit en faux contre «ces rumeurs sans fondement». Le porte-parole du chef de l’Etat qui se trouve présentement à Ouaga avec lui affirme : «Le Président n’a pas participé à l’ouverture de la session parce que les sommets de l’Uemoa et de la Cedeao sont des rencontres si importantes que le Président était plongé, dans la matinée, dans les dossiers. Pour cerner toutes les questions relatives à ces deux rencontres. Puis, il a participé à la conférence des chefs d’Etat et assisté à la cérémonie de clôture. Au moment où je vous parle, il est en train de terminer ses audiences puisque après la fin de la rencontre, il est allé rendre visite aux «Lions» qui étaient à l’entraînement et leur donner ses encouragements. Ensuite, il est revenu à l’hôtel pour tenir un meeting avec ses militants dans la plus grande salle de l’hôtel. Ces rumeurs sont absolument infondées d’autant que le Président n’a aucun ennui, de quelque nature que ce soit».

S: http://www.las.sn/article.php?artid=1181

19.01.2008. 12:42

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