GUEGUERRE SORO-TAGRO
C’est, véritablement, une position médiane que Gbagbo adopte face au bras de fer Soro-Tagro. Le Président refuse, en effet, d’arbitrer le combat politique qui oppose son Premier ministre au ministre de l’Intérieur. Les deux collaborateurs du chef de l’Etat manoeuvrent, chacun avec ses arguments, pour contrôler l’application des accords de paix de Ouaga. Le Premier ministre, sorti des rangs de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (Fn), reproche au ministre de l’Intérieur, issu du camp présidentiel et homme de main du Président, de bafouer son autorité. De son côté, Désiré Tagro accuse Guillaume Soro de ruser avec la mise en œuvre du compromis politique conclu en mars 2007 chez Blaise Compaoré. Les divergences Soro-Tagro sur le redéploiement du corps préfectoral en zones anciennement occupées par l’ex-rébellion et le couac enregistré, mi-novembre dernier, lors de la 4ème réunion du Comité d’évaluation et d’accompagnement (CEA) à Ouaga, ont achevé de convaincre qu’entre le Premier ministre ivoirien et son ministre de l’Intérieur, c’est désormais la guerre ouverte. Après avoir refusé le ‘’redéploiement de façade’’ du Premier ministre, le ministre de l’Intérieur est allé dénoncer, à la dernière réunion du CEA à Ouaga, ‘’ la main-mise de Soro sur le processus d’identification’’. Désiré Tagro et la délégation présidentielle qu’il conduisait, le 22 novembre dernier, à cette rencontre, ont dû quitter la capitale burkinabé pour protester contre l’attitude des envoyés de Soro, tendant à ravir au ministre de l’Intérieur le processus d’identification qui lui revient en tant que ministère technique, le chef du gouvernement ayant pour rôle de cordonner la mise en oeuvre des différents volets de l’Accord de Ouaga. Le refus de Désiré Tagro de signer les accords complémentaires, le 22 novembre à Ouaga, a finalement contraint le chef de l’Etat et son Premier ministre à se rendre dans la capitale du Faso, sur convocation du Facilitateur Blaise Compaoré, pour trouver un compromis sur la question de la Sagem, opérateur technique choisi pour conduire le processus d’identification. En visite d’Etat au nord, fin novembre dernier, M. Gbagbo a tout simplement minimisé le bras de fer politique qui oppose son Premier ministre au ministre de l’Intérieur, autour des accords de paix. ‘’J’ai déjà salué Soro Guillaume, je voulais le féliciter pour l’esprit d’ouverture qu’il a eu parce que hier (27 novembre 2007), nous avons été encore à Ouagadougou, lui et moi. Je vois les gens s’agiter. On n’a pas été à Ouaga parce qu’il y a eu un drame. Mais on a été pour remettre au point ce qui est bien », avait indiqué le Président, dans une allocution à Ferkéssédougou (dans le nord), le 28 novembre 2007. Laurent Gbagbo ne voudrait certainement pas en rajouter à la tension qui prévaut autour de l’application des accords de Ouaga. Et pour ce faire, il préfère laisser faire. Il ne voudrait pas faire de mécontents. Soro, son Premier ministre, laisse convaincre sur sa volonté à redonner la paix à la Côte d’Ivoire. La visite d’Etat organisée, avec succès, par le chef du gouvernement dans le nord du pays, fin novembre, a largement satisfait Gbagbo et sa famille politique, le Front populaire ivoirien (FPI), qui ne voudraient rien faire pour gêner Soro. Mais en même temps, le chef de l’Etat, qui n’est certainement pas étranger à tous les coups bas de Tagro contre Soro, n’entendrait pas pour autant lâcher son homme à tout faire, celui-là même qui, au nom du camp présidentiel, a piloté tout le dialogue direct ayant l’Accord politique de Ouaga. Laurent Gbagbo est visiblement dans un dilemme qui le contraint à regarder et laisser faire Soro et Tagro. Attendant de voir, peut-être, celui qui aura le gain de la partie.S: Soir Info
13.12.2007. 15:31
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