Alpha Blondy * icône culturelle de la Côte d'Ivoire

Le remède plus que douteux du docteur Gbabgo

En octobre 2000, quand la Côte d’Ivoire s’offrait les prémices d’une guerre civile avec en prime une traque des immigrés, notamment burkinabés, un charnier de 57 corps d’étrangers fut découvert dans le quartier Yopougon. Sept ans plus tard, jour pour jour quasiment, dans le même quartier de Yopougon, le président ivoirien Laurent Gabgbo annonçait, devant 10.000 immigrés burkinabés réunis, la fin de la xénophobie dans son pays : « On dit que les Ivoiriens sont xénophobes. Nous allons supprimer les racines de cette réputation qu’on nous fait en supprimant la carte de séjour. » Comment ne pas être fasciné par une telle mesure progressiste quand en France, on va jusqu’à chercher dans les ADN et dans la liste des plus diplômés les meilleurs immigrés ? Comment ne pas saluer cette initiative spectaculaire quand, pendant ce temps-là les sans-papiers congolais sont refoulés de l’Angola voisin sans états d’âme ? On voudrait bien canoniser Laurent Gbagbo, mais non sans s’interroger sur la pertinence de son analyse et sur sa recette miracle pour éradiquer la xénophobie. À ce que je sache, la carte de séjour n’a été pensée nulle part pour engendrer et faire se prospérer la xénophobie. Sa mission première, il me semble, est pour un État, de compter les étrangers accueillis sur son territoire et d’aider à réguler les flux migratoires en adéquation avec la politique menée. En bon père de famille, tout gouvernement doit compter les nationaux, cela s’appelle recensement, mais également les étrangers afin de concevoir sa politique sociale, culturelle et économique en conséquence. L’attribution de la carte de séjour est ainsi un corollaire de la gestion de l’immigration qui fait, elle-même, partie intégrante de la gestion d’un pays. Soutenir qu’en supprimant la carte de séjour la xénophobie disparaîtrait de la Côte d’Ivoire, revient à absoudre à peu de frais ceux qui s’étaient acharnés injustement sur les étrangers. Ce n’est pas non plus juste de laisser penser que la xénophobie au pays d’Houphouët Boigny ne serait qu’une somme de tracasseries administratives et policières. En décidant que la carte consulaire puisse remplacer la carte de séjour, le gouvernement ivoirien céderait la gestion d’une partie de la population vivant sur son sol aux pays étrangers à travers leurs consulats. Il n’est pas, en effet, exclu qu’un consulat, sur ordre de son gouvernement ou par zèle de son personnel, soit amené à surestimer ou à sous-estimer le nombre de ses compatriotes. Les autorités ivoiriennes dirigeraient alors le pays en s’appuyant sur des données fausses. Il s’agit ici en l’occurrence d’un pays dont la population est évaluée à dix millions d’habitants contre 3 millions d’immigrés burkinabés. J’entends d’ici les vociférations de tous ceux qui, portés par des sentiments panafricanistes, vont se dire choqués par mon propos, mais le bon sens aurait voulu que les cartes de séjour continuent à être délivrées mais dans les mêmes conditions que les cartes consulaires éventuellement. Aussi, Laurent Gbagbo ne devrait pas faire la politique de l’Autruche, mais identifier les vrais ressorts de la xénophobie, les combattre, et non les contourner ou se dire « cacher ses causes que je ne saurais voir, ni dénoncer ».|
Botowamungu Kalome (AEM)

20.11.2007. 02:47

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