Alpha Blondy * icône culturelle de la Côte d'Ivoire

Le vrai bilan de Gbagbo

Ainsi donc, comme il fallait s’y attendre, l’élection présidentielle est reportée à 2009. Qui dira qu’il en est étonné ? Il était depuis longtemps évident pour quiconque ne voulait pas rêver debout que M. Gbagbo n’organisera des élections que le jour où il aura eu le contrôle total du processus, et qu’il sera certain de passer sans coup férir. Alors, dites-vous une bonne fois pour toutes que, tant que la CEI et la Sagem voudront organiser des élections propres et transparentes, tant que l’ONUCI et la communauté internationale voudront fourrer leur nez dans nos élections pour s’assurer qu’elles se dérouleront normalement, tant que les partis politiques d’opposition resteront vigilants pour éviter la fraude, il n’y en aura point d’élection. M. Gbagbo n’est pas fou pour organiser des élections qu’il pourrait perdre alors qu’il a réussi à prolonger son mandat de trois ans sans passer par le verdict des urnes. Surtout que s’il perd, lui et certains de ses proches pourraient être rattrapés par la Cour Pénale Internationale. Lui-même s’en vante tous les jours. Il dit que des gens avaient voulu le chasser du pouvoir, mais ils n’ont réussi qu’à l’y maintenir. M. Gbagbo a traversé l’année 2008 sans élection, comme il l’avait fait pour les années 2005, 2006 et 2007. Il traversera de la même façon l’année 2009, puis l’année 2010. Et il n’y a pas de raison qu’il s’arrête en si bon chemin. M. Bédié a dit dans une récente interview que M. Gbagbo est illégitime depuis 2005. Illégitime oui, mais c’est lui qui a le pouvoir. Il a le pouvoir de mobiliser un millier de nos soldats pour accompagner l’une de ses épouses dans sa ballade au nord, celui de laisser des gens piller notre économie, celui d’empocher l’argent donné pour dédommager les victimes des déchets toxiques, ou celui de fixer son budget de souveraineté comme il veut, vu qu’il n’y a plus d’Assemblée nationale. Selon la Lettre du Continent, ce budget de souveraineté aurait atteint cette année le chiffre de 71 milliards de francs et pourrait atteindre 100 milliards de francs l’année prochaine. Que fait-il donc de cet argent ? Il ne peut pas dire que c’est pour défendre le pays, puisqu’il y a un embargo sur les armes. Que fait-il donc de tout cet argent ? Lui, il le sait. Quand on n’en a pas eu beaucoup dans sa vie, il n’y en a jamais assez. Surtout lorsque personne ne vous empêche de le prendre. Mais qui d’entre nous s’en plaint, alors que lui se plaignait des 15 milliards de Bédié ? Pourquoi voulez-vous donc qu’avec tout ça, M. Gbagbo organise des élections qu’il pourrait perdre ? Soyons clair. Tant que l’opposition se complaira dans sa curieuse position attentiste et tant que le peuple se complaira de son côté dans sa passivité, M. Gbagbo continuera de les narguer. Il ne veut pas organiser des élections, mais il veut gagner des élections. Il y a une nuance. Et il est tellement sûr de gagner les élections le jour où il se décidera à les organiser qu’il a déjà prévenu qu’il ne partagera pas son pouvoir avec qui que ce soit. Moins on est, et plus les parts du repas sont grosses. En attendant que M. Gbagbo soit sûr de gagner ces élections, tout sera fait pour les saboter. Le meilleur moyen est de semer la terreur pour dissuader les militants de l’opposition d’aller se faire enrôler. Et de crier à une fraude qui serait orchestrée par les ressortissants de la CEDEAO qui n’ont rien d’autre à faire que de vouloir intervenir dans notre jeu politique. Ainsi la chasse au faciès, au patronyme et au boubou qui nous a plongés dans cette crise peut recommencer. Pour mieux narguer les Ivoiriens, M. Gbagbo leur dit que son premier bilan est d’avoir résisté à la guerre. Il se trompe. Son premier bilan est d’avoir permis à quelques soldats déserteurs dont les plus gradés étaient des sergents, accompagnés de Dozo armés de vieux fusils artisanaux, d’occuper la partie nord et ouest de notre pays, et de n’avoir pas réussi à les en chasser après six ans. M. Gbagbo oublie certainement que selon la constitution, il est le garant de l’intégrité de notre pays et de l’application de cette constitution sur tout le territoire ; et que le fait qu’un seul centimètre carré du territoire échappe à son contrôle aurait dû nous amener à le chasser du pouvoir. Il est d’autant plus coupable qu’il avait été informé de ce que les déserteurs s’entraînaient au Burkina Faso. Blaise Compaoré ne l’avait-il pas informé de ce que des déserteurs de l’armée ivoirienne se trouvaient dans son pays et que Gbagbo ferait mieux de les laisser entrer ? N’est-ce pas après cela que Boga Doudou est venu dire qu’il sait à quel feu rouge ces déserteurs s’arrêtaient à Ouagadougou, et que Gbagbo lui-même a dit qu’il allait créer deux bataillons pour sécuriser le nord, et que celui qui s’amuserait avec nous recevrait une pluie de feu sur la tête ? Comment peut-on repousser une attaque en janvier 2001 et se laisser surprendre en septembre 2002, si ce n’est parce qu’on est incompétent à diriger un pays ? Alors, quand par son incurie on laisse la guerre s’installer dans son pays, on ne vient pas après se vanter qu’on a résisté. Le second bilan de M. Gbagbo qu’il aura à présenter au peuple est d’avoir permis à des soi-disant patriotes de piller le pays, de détruire l’économie et d’avoir instauré la terreur au nom d’une prétendue guerre contre la France.
Le troisième bilan de M. Gbagbo est d’avoir tué l’école, et à travers elle, tout l’espoir de voir un jour ce pays se développer. Il y a quelques jours, je me trouvais à Daoukro et j’avais été rendre visite à des amis qui enseignent au lycée. Lycée où je fis mes classes. Ces amis m’ont dit que les inscriptions se faisaient au compte-gouttes, d’abord parce que les parents n’ont plus un centime, et ensuite parce qu’ils ne voient pas pourquoi ils investiraient le peu qu’ils ont dans une école qui n’offre plus aucune perspective d’avenir. Avant l’avènement des refondateurs, l’école était l’espoir pour tous les fils de pauvres d’avoir une vie meilleure que celle de leurs parents. Laurent Gbagbo lui-même ne cesse de répéter qu’il est fils de pauvre, et que c’est grâce à l’école du temps d’Houphouët-Boigny qu’il a pu devenir ce qu’il est aujourd’hui. Avant l’avènement des refondateurs, nos parents se disaient qu’un enfant qui obtenait seulement le BEPC pourrait avoir un travail dans la vie. Aujourd’hui, avec une maîtrise et un DEA ou un DESS, on est tout juste bon pour tenir une cabine téléphonique sur un trottoir. Pourquoi donc des parents appauvris par la refondation iraient mettre leurs derniers sous dans la formation d’un enfant condamné d’avance à être chômeur ? C’est cela le bilan de M. Gbagbo. Je viens de lire que l’on va construire deux amphithéâtres à l’université. Tiens donc ! C’est maintenant que l’on réalise que l’on doit construire des amphis ? Que s’est-il donc passé ?
Ajoutons à ce bilan la corruption qui a pourri l’âme et le corps de ce peuple, les ordures dans lesquelles on l’oblige à vivre, les détournements massifs d’argent, l’impunité érigée en règle de gouvernement comme en témoignent les assassinats de l’étudiant Habib Dodo par ses camarades de la FESCI, le viol d’une étudiante par les mêmes membres de la FESCI, l’assassinat de Badolo par des agents des forces de l’ordre, l’assassinat d’une bonne centaine de personnes en mars 2004, l’affaire des déchets toxiques, les nombreux meurtres et agressions commis par des policiers, les affreuses statues qui déparent notre belle ville d’Abidjan, et qui, telle celle du carrefour de la Djibi, partent en morceaux, tant elles ont honte d’exister, l’horrible chinoiserie appelée hôtel des députés posée en pleine brousse à Yamoussoukro (22 milliards jetés dans la nature ! Combien de logements sociaux un gouvernement responsable n’aurait-il pas pu construire avec une telle somme !), les super maquis où notre jeunesse va se détruire, les jeunes filles mineures qui se prostituent à la rue Princesse, un lieu qu’affectionne d’ailleurs bien M. Gbagbo, la pauvreté généralisée, et pour couronner le tout, cette image salie, avilie de notre pays que plus personne ne prend au sérieux. Que peut-il revendiquer d’autre ? Quel autre bilan peut-il revendiquer ? Il le sait si bien que tout ce qu’il peut dire est qu’il a résisté à une guerre que les autres lui ont envoyée. A Bamako où je me trouve en ce moment, des confrères ont écouté un soir notre chef parler à la télévision lors de la dédicace du livre de M. Guy Labertit. Le lendemain, ces confrères m’ont dit qu’ils ne s’étaient jamais autant marré en écoutant notre président parler. C’est à cela qu’est réduit mon pays ! Un chef qui fait rigoler les étrangers lorsqu’il ouvre la bouche. Et moi, l’Ivoirien, moi qui ai connu une autre Côte d’Ivoire, celle que l’on enviait, celle que l’on respectait parce que ses chefs inspiraient le respect, j’en ai été réduit à pleurer en silence dans ma chambre d’hôtel. On dit que chaque peuple a le chef qu’il mérite. Nous méritons effectivement le chef que nous avons. Avec nos lâchetés, nos silences coupables, notre couardise, notre immoralité, notre soif inextinguible d’argent qui nous pousse à toutes les bassesses, quel autre chef aurions-nous pu avoir ? Certains ont dansé lorsque Bédié a été renversé ? Qu’ils continuent donc de danser ! La fête n’est pas finie.
Venance Konan,
Journaliste, écrivain
email : venancekonan@yahoo.fr

27.10.2008. 08:16

bibiche le 12.11.2009. 04:08

Durant toutes annees au pouvoir je peux dire ke son bilan est negative sur tout les plans.
Fort taux d'echec, le niveau général de l'ecole baisse de jour en jour avec le movement de la fesci qui agit negativement sur l'ecole.Aussi le niveau de vie des menages qui regressent avec l'avance de la crise .

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