Le vrai père de la guerre
Le relais de la refondation ne croyait pas si bien dire, au sortir de la rencontre entre le chef de l’Etat et les «populations» de Tabou, venues le rencontrer le mercredi dernier au Palais présidentiel. «Le président Gbagbo dans tous ses états», a titré cet organe du FPI. Or, il est de notoriété que lorsque l’on est «dans tous ses états», bonjour les dégâts et surtout les demi vérités et les falsifications d’une histoire encore récente. Devant ses hôtes, Gbagbo a parlé longuement sur la crise ivoirienne. Bien plus, il a trouvé, sans surprise du reste, des responsables au conflit survenu en septembre 2002 : « … Pour être revenu, je revendique d’avoir sauvé la Côte d’Ivoire. C’est cela mon premier bilan. Et c’est de cela que nous parlerons lorsque la campagne s’ouvrira. C’est la guerre des héritiers qui nous a conduits ici. Parce que cette guerre-là, il faut qu’on en fasse la genèse. Quand je réclame un débat radiotélévisé avec eux, c’est pour parler de cela. Comment la guerre est venue en Côte d’Ivoire?» A dire vrai, si avant l’avènement de Gbagbo, le pays a connu des convulsions, il va sans dire que c’est sous son impulsion, que la Côte d’Ivoire a basculé dans le conflit fratricide. Bien avant son arrivée à la Magistrature Suprême, Gbagbo a manipulé le Général Guéi, pour évincer Bédié et Ouattara de la présidentielle de 2000. Au sujet de Ouattara, il n’a pas manqué de menacer : «si la candidature de Ouattara est validée, je fais descendre mes partisans dans la rue». Au terme d’un scrutin biaisé, avec deux vainqueurs, il est parvenu au sommet de l’Etat. Loin de tirer les leçons de la situation politique délétère, Gbagbo a plutôt envenimé les choses, défiant tout le monde, formalisant l’Ivoirité, en catégorisant les citoyens du pays. Sous son règne, il a renoncé aux grandes vertus du multipartisme, à savoir la justice, la liberté, la démocratie. Quand ses pairs africains lui demandaient d’engager le dialogue avec les soldats déserteurs, il montait sur ses grands chevaux et promettait les feux de la géhenne à ses adversaires. La grande majorité de sa population n’avait pas d’autre choix que de subir les dérives dictatoriales de son régime, qui inventait régulièrement des complots, pour salir les opposants, si ce n’est pour les faire passer de vie à trépas. Et pourtant, c’est le même Gbagbo, qui en 1998, mettait le PDCI en garde sur les conséquences d’un musellement de la démocratie : «si le PDCI ne veut pas des élections démocratiques, j’irai m’asseoir tranquillement dans mon village à Mama, et il aura en face de lui, un Kabila». Comme frappé d’amnésie, son pouvoir a oublié cette mise en garde, pour emprunter les voies de l’autoritarisme, de l’embrigadement des libertés individuelles et collectives. Il a tellement tiré sur la corde raide que le pire est arrivé. Des soldats ivoiriens en exil, qui sentaient le besoin de retrouver la terre natale et qui ne rencontraient que le mépris et la morgue hautaine de la refondation, n’a eu d’autre possibilité que de prendre les armes contre un pouvoir liberticide et assassin. Sans doute, cette guerre dont tous les Ivoiriens veulent sortir, n’est pas arrivée ex-nihilo. Elle est l’expression du refus de la dictature d’un «démocrate» autoproclamé. Elle est la résultante des nombreuses atteintes aux droits humains par le FPI. Tout le monde le sait. Gbagbo n’a pas à trouver des boucs émissaires ailleurs. Il est le vrai père de la guerre en Côte d’Ivoire, la première de notre histoire.Bakary Nimaga
24.10.2008. 06:34
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