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Organisation des élections :Le jeu trouble de Gbagbo et Soro

Laurent Gbagbo et Guillaume Soro sont-ils décidés à aller à des élections à travers l’accord de Ouagadougou, ou usent-ils d’une diversion concertée? Plus les mois s’égrènent, moins les deux ex-belligérants rassurent quant à l’issue du processus électoral. C’est une pratique qui devient habituelle au sommet de l’Etat. Elle consiste à tourner en bourrique, ou presque, l’opinion ivoirienne. Depuis qu’ils ont signé l’accord politique de Ouagadougou le 4 mars dernier, le chef de l’Etat Laurent Gbagbo et son premier ministre Guillaume Soro donnent dans une escalade de déclarations qui ont le défaut de troubler davantage que d’éclairer sur leur volonté d’aller aux élections dans des délais précis. Après avoir, sans convaincre, mis les trois premiers mois de retard du processus sur le compte de l’installation du nouveau gouvernement, alors que la grande majorité des 33 ministres se sont succédé à eux-mêmes, Guillaume Soro lance une autre bulle pour justifier le statu quo : le manque d’argent. Cette nouvelle couleuvre passe difficilement. Et Le premier à ne pas l’avaler se trouve être Louis Michel, le commissaire de l’Union Européenne, l’un des principaux bailleurs de Fonds de la sortie de crise depuis 2002. « Je ne crois pas que les difficultés soient liées aux moyens financiers. Il faut maintenant que le processus atteigne un rythme d’opérationnalité. De manière qu’il intègre ce qui a été promis dans l’accord », a indiqué Louis Michel, samedi dernier, 24 heures après le plaidoyer économique de Soro. En effet, les bailleurs de fonds en général, attendent que la Côte d’Ivoire engage, même de façon symbolique, les opérations électorales. Et il est difficile de leur donner tort. Lorsque le chef de l’Etat ivoirien, du haut de la tribune onusienne plaide pour la levée de l’embargo sur les armes, comme il l’a fait en septembre dernier, c’est dire qu’il a les ressources minimales pour démarrer le stade préliminaire des élections. Ne coûte-il pas moins d’identifier les populations que d’acheter des armes pour toute une armée ? Pour certains observateurs, réduire les lenteurs du processus électoral ivoirien à des considérations financières, serait donner une prime à la mauvaise volonté politique. Il aura fallu d’ailleurs deux mois à Laurent Gbagbo pour qu’il se résolve enfin à donner son feu vert à la désignation, le 9 novembre dernier, de l’opérateur Sagem pour la confection des cartes d’identité et des électeurs. Depuis, l’opposition, elle, se prend à espérer. Ses deux leaders, Alassane Ouattatra et Henri Konan Bédié, estiment possibles des élections dans six mois, soit à la mi avril 2008. Ils misent sur les compétences techniques de l’opérateur français Sagem. Celui-ci ayant réussi à organiser, en six mois, des élections au Nigeria, un pays qui compte 100 millions d’habitants, et étant parvenu à conduire en 4 mois les opérations électorales en RD Congo, un Etat de 34 millions d’habitants, soit le double de la population ivoirienne. Comparaison n’étant pas raison, il faudra compter sur la bonne volonté politique de Gbagbo et de Soro qui semblent se livrer à un jeu dilatoire, dont ils se seraient partagés les rôles. Par exemple, lorsque le 30 juin dernier, Laurent Gbagbo déclare qu’il veut « des élections vite, vite, vite », son premier ministre s’insurge deux jours après contre le « fétichisme des dates ». On aurait pu penser à une contradiction au sommet. Sauf qu’il n’est pas exclu que les deux hommes ne fassent qu’exécuter la pièce de théâtre écrite le 4 mars à Ouagadougou. Avec Laurent Gbagbo, metteur en scène, Guillaume Soro, acteur principal, et le président Blaise Compaoré, facilitateur du dialogue direct, correcteur du scénario. Ce dernier, en arbitrant la signature de l’accord le 4 mars, savait que l’organisation en dix mois des élections en Côte d’Ivoire relèverait du miracle. Aussi, en indiquant en septembre dernier, que « des élections seraient raisonnables en octobre 2008 », Compaoré a-t-il peut-être trahi une reconduction à venir de ce délai de dix mois. Premier ministre issu de l’accord du 4 mars qui a mis à la touche la résolution 1721 de l’Onu, Guillaume Soro ne devrait pas se hâter outre mesure. Malgré l’impatience de l’opposition, il ira « à son rythme », selon sa propre expression. A Laurent Gbagbo, il coûte peu de déclarer « sa volonté d’aller le plus rapidement possible dans l’exécution tout à fait cohérente et rigoureuse de l’accord de Ouagadougou, afin que la Côte d’Ivoire puisse arriver à des élections », comme l’a laissé croire samedi dernier, Bouréima Badini, le représentant de Blaise Compaoré. A un mois de l’échéance qu’il s’est donné pour sortir le pays de la crise par l’accord de Ouagadougou, le chef de l’Etat ivoirien peut faire des promesses, mais elles n’engagent plus que ceux qui veulent encore y croire.
S: 24 heures

20.11.2007. 16:59

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