Peut-on encore sauver l’Accord de Ouaga ?
C’est un secret de polichinelle, l’Accord politique de Ouagadougou prend l’eau de toutes parts en ce moment. Au point qu’il est annoncé la signature prochaine d’ « un Accord complémentaire » pour sauver ledit Accord d’un déluge certain.
C’est Meité Sindou, le porte-parole de la Primature qui a annoncé cette action de sauvetage au cours du point de presse hebdomadaire de la Primature, le mardi dernier. Mais cette médecine risque de n’avoir qu’un effet placebo sur l’Accord qui ne bénéficie plus de l’appui inconditionnel de la communauté internationale. Cela malgré tous les prétendus soutiens apportés ici et là par les « amis » de la Côte d’Ivoire. Le Premier ministre, en accord parfait avec le président Laurent Gbagbo, et devant l’urgence qu’impose la situation, a dépêché il y a trois jours les membres du corps diplomatique résidant en Côte d’Ivoire auprès de leurs pays respectifs pour demander une aide financière en faveur de l’Accord moribond. Pour une certaine opinion, en adoptant cette démarche de médecin après la mort, le Premier ministre de Gbagbo n’est pas loin de faire chou blanc. Cela, Mario Cesario, le nonce apostolique, l’a rappelé au grand désarroi de son mandant en l’engageant plutôt à hâter le pas dans l’application de sa feuille de route. Bien avant, le président du Pdci avait fait de l’argument de la lenteur dans l’application du processus de paix, la principale ligne de défense de son parti, accusé de saboter ce processus. « Peut-on raisonnablement parler de fétichisme des dates ou demander aux Ivoiriens de se contenter de la petite paix quand on s’est librement donné des tâches à accomplir dans un temps dont on a soi-même fixé les limites en toute responsabilité et en toute connaissance de cause ? », s’est inquiété l’ex-chef d’Etat ivoirien, lors de sa sortie publique à Koumassi. A bien y réfléchir, le jugement implacable de Henri Konan Bedié, s’explique par le fait que le rassemblement des houphouétistes (Rhdp), auquel appartient le Pdci, n’a pas été associé pleinement aux pourparlers, lors du « dialogue direct ». Cette rencontre ayant réuni exclusivement les deux belligérants ivoiriens ou leurs représentants dans la capitale du Pays des hommes intègres début 2007. La suite on la connaît. Il n’est donc pas étonnant que N’Zueba (la petite pluie en langue baoulé), depuis Koumassi, ait « grondé » et annoncé des temps orageux sur le deal de Ouaga, dont la présidente des femmes du Pdci, Henriette Dao, avait dénoncé en son temps les contours flous.
La responsabilité des partis...et des FN
Dès lors, pour ce parti et bien d’autres formations politiques, Ouaga ne devra son salut en l’état des choses, qu’à un rassemblement de tous les acteurs clé de la scène politique autour de ce grand malade. Une idée qui ne semble pas enchanter le président Laurent Gbagbo et son Premier ministre, qui avaient commis l’erreur de réduire la question de la résolution de la crise qu’à leur seule appréciation. Or l’expérience a montré que la mobilisation de la communauté internationale autour des précédents accords a toujours été subordonnée à l’engouement des partis dits significatifs pour ceux-ci. En outre, les détracteurs de l’arrangement politique fait par Gbagbo et Soro, ont souvent demandé que le Premier ministre se mette en congé de ses fonctions de secrétaire général des Forces nouvelles pour se faire une nouvelle virginité et se consacrer pleinement aux charges liées à son nouveau rôle. On se souvient qu’à la veille de la signature de l’arrangement politique en terre burkinabé, Soro avait déjà mis ses compatriotes en garde contre les dangers du complexe de la rébellion. Cet appel n’a certainement pas été entendu, voilà pourquoi en remettant le brassard à une autre personnalité pour la gestion de la rébellion, le maître de Ouaga aura réussi un tour de force : se défaire d’une image qui lui colle vraisemblablement à la peau comme la veste de Thésée. Etant entendu que cette fonction de Sg des Forces nouvelles est un handicap dans la conduite de sa mission d’arbitre, surtout en pleine campagne préélectorale. Les moins intransigeants reprochent d’ailleurs à l’ex-dirigeant syndical, de manger à plusieurs râteliers en se posant comme le sauveur de Bouaké et d’Abidjan tout à la fois. Cela a pour conséquence de le présenter comme le responsable des diverses dérives constatées ici et là . Les derniers soulèvements populaires de Bouna et Bouaké pour cause de racket des soldats des Forces nouvelles en sont la pleine manifestation. De là à penser que Soro est un chef incapable, il n’y a qu’un pas. D’ailleurs les Fn sont pour beaucoup dans la crise politique actuelle pour avoir maladroitement ouvert la boîte de pandore, en demandant à Guillaume Soro de débarquer les ministres Pdci. Depuis lors, l’Accord de Ouaga cherche désespérément ses marques.
S: l'inter
17.11.2007. 03:14
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