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Présidentielle/Sidiki Konaté : “Faisons des propositions, mais des propositions réalistes”

Le ministre du Tourisme et de l’Artisanat, secrétaire national chargé de l’organisation et de la mobilisation et porte-parole des Forces nouvelles, constate le report de l’élection et appelle à la prudence. M. le ministre, le Chef de l’Etat vient de clore une tournée de trois jours dans le nord du pays. Il s’est rendu à Tafiré, Niakara, Tortiya, Katiola et à Dabakala.

En votre qualité de secrétaire national des Forces nouvelles chargé de l’organisation et de la mobilisation et porte-parole, quelle lecture faites-vous de cette visite d’Etat?

Pour nous, la visite d’Etat que vient d’effectuer le Président Laurent Gbagbo dans les départements de Katiola et Dabakala est la consolidation du processus de paix et de réunification du pays. Vous savez qu’après la signature de l’Accord politique de Ouagadougou, le Chef de l’Etat a entrepris une tournée dans toutes les zones centre, nord et ouest (Cno). Ceci obéit à une logique qui est qu’il veut se rendre compte, en sa qualité de Chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, que le pays est effectivement réunifié avant d’engager une procédure administrative d’information de la cour constitutionnelle qui, certainement, en tirera les conséquences. Vous avez dû constater la présence du président du Conseil constitutionnel (Yanon Yapo était présent aux étapes de Katiola et Dabakala, ndlr) dans la délégation du Président de la République pendant cette tournée. Ces visites sont donc une démarche administrative qui vient confirmer, du point de vue du droit, la réunification du pays. Ça va continuer. Il reste des étapes. Celle de Bouna qui va être satisfaite déjà la semaine prochaine (Laurent Gbagbo est annoncé à Bouna pour le 25 octobre). Après ce sera celles des flancs nord et ouest: Odienné, Touba, Man, Danané, Zouan-Hounien. A partir de ces visites d’Etat que le Président de la République, je le signale, effectue dans la plus grande quiétude et sécurité, tous les Ivoiriens seront d’avis avec nous que la réunification est bel et bien une réalité et qu’il faut donc la consacrer en termes de décision administrative. Partout où il est passé, le Président Gbagbo a demandé aux populations de respecter la République notamment à travers les préfets et sous-préfets… Au-delà même de cet appel à renforcer l’Etat, le Président, a livré un discours pour intéresser ses populations à s’inscrire dans le processus de paix. C’est comme ça que nous le comprenons. C’est un processus global. Il y a certains aspects qui sont, selon le contexte du moment, prioritaires. Mais, nous savons tous que ce processus est à la fois politique, social, économique, administratif, etc. Le plus important était que le Chef de l’Etat vienne informer les populations que le processus de paix est irréversible, que la paix est irréversible, qu’il dise aussi à cette population que la paix doit être entretenue, protégée par leur engagement. Il était important qu’il lui dise qu’il n’y a pas que les deux signataires de l’accord qui doivent s’occuper de la paix, mais bien tout le monde. En tout état de cause, il était important que le Président de la République appelle la population à s’approprier ce processus de paix qui est en réalité fait pour elle. Vous avez remarqué que le Chef de l’Etat a aussi parlé de l’identification. Je pense que c’est le Président de la République qui considère que l’identification est un point central dans la sortie de crise en Côte d’Ivoire, et même dans l’après-crise, et prend les devants dans la mobilisation de toutes les populations. D’aucuns diront qu’il vient en appui à son Premier ministre qui, quelques jours auparavant, appelait déjà les Ivoiriens à s’approprier l’opération d’identification à travers une émission télévisée. Ça montre donc que l’exécutif est engagé à réussir ce processus et que les problèmes que nous connaissons ça et là sont loin d’être des problèmes politiques, mais techniques. Et cela rassure les populations. Pour nous donc, au-delà de cette visite du Président et du discours qu’il a tenu ici, c’est l’Etat qui est conscient qu’il a des missions à remplir dans les zones Cno au niveau de la santé, de l’éducation, de l’économie, des infrastructures, etc. C’est aussi l’Etat qui demande à tous les Ivoiriens de se sentir citoyens de ce pays. Pour nous donc, le message du Chef de l’Etat a été un message à l’unité nationale, un message de paix, un message à l’engagement de tous dans le processus de paix.

A propos de l’identification, quelles sont les actions que les Forces nouvelles mènent pour mobiliser les populations dans leurs zones?

Je voudrais rappeler qu’au séminaire que nous avons tenu, nous avons réaffirmé l’importance de l’identification pour les populations. En tant que secrétaire national en charge de la mobilisation et de l’organisation, j’ai mis en place une stratégie, avec la caution du secrétaire général, le Premier ministre Guillaume Soro, pour réussir l’identification. Cette stratégie consiste à faire en sorte qu’aucune personne ne se sente oubliée en termes d’information relative à l’opération. Dans cette optique, nous allons lancer bientôt une campagne d’information dénommée : “opération ton papier, mon papier. Il s’agit pour le cabinet du secrétaire général, du directoire politique, d’aller dans les quartiers, rencontrer les chefs religieux, les chefs des communautés, les chefs traditionnels, les associations en vue de les organiser à faire la propagande du processus d’identification. La deuxième étape sera consacrée aux zones rurales. C’est une caravane qui va parcourir toutes les zones Cno. Nous avons prévu de mettre à la disposition de certaines populations qui se trouvent loin des sites d’enrôlement, des véhicules de transport à nos frais, pour que ces personnes puissent se déplacer et se faire enrôler. Je voudrais d’ailleurs saisir vos colonnes pour remercier les transporteurs de Bouaké et d’autres zones, qui ont décidé de mettre à la disposition des Forces nouvelles, cars, mini-bus, pour réussir cette opération. Ils ne demandent que le carburant.

Au meeting de clôture de sa tournée à Dabakala, le Chef de l’Etat a estimé à 40 milliards de F l’argent que l’Etat perd dans les zones Cno par mois. Confirmez-vous ce chiffre? Et est-ce de l’argent qui va dans les caisses des Forces nouvelles?

C’est le chiffre donné par le Chef de l’Etat. Certainement qu’il a eu l’avis des experts. Sans faire de polémique, il est clair que l’Etat perd de l’argent. Car les Forces nouvelles n’ont pas une administration à la dimension de celle dont dispose l’Etat de Côte d’Ivoire pour aller chercher les impôts et les taxes. Nous avons certes une direction centrale. Mais elle ne fait que prendre des taxes sur certains produits, lesquelles taxes permettent aux Forces nouvelles de se nourrir, de payer leurs soldats et de faire face à leurs problèmes divers. Au-delà de cela, il y a toute une frange de l’économie qui n’est pas gérée par l’administration des Forces nouvelles. On ne nous reverse pas de Tva (taxes sur la valeur ajoutée, ndlr), pourtant des produits sont ici. Certaines formes de taxations qui se font par des experts ou des personnes assermentés ne se prélèvent plus. Il y a un pan important de l’économie des zones Cno qui n’est pas encore visité. Si l’Etat se déploie avec son administration financière, il saura comment récupérer ces impôts, ces taxes, faire en sorte que tout ce qui n’est pas imposable et qui ne va pas forcément dans les caisses des Forces nouvelles, soit captivé au profit du processus. Je vous donne l’exemple des motos, des véhicules, des opérations financières qui se font, des boutiques qui ne payent aucune taxe à aucune administration des Forces nouvelles. Parce que nous nous ne pouvons pas imposer une patente. Le seul élément qui nous servait à de document pour prendre de l’argent était le laissez-passer. Mais on l’a supprimé depuis. Il n’y a donc vraiment pas de problème sur l’unicité des caisses. Nous sommes tous d’accord que cela doit être. Le fond de la question, c’est que l’Etat se redéploie totalement. Les Forces nouvelles sont d’accord que l’unicité des caisses soit une réalité. Nous sommes en train d’y travailler. Et je vous dis que d’ici à quelques semaines, ce sera effectif. Et nous serons les plus heureux que l’Etat, avec ses méthodes et ses moyens, vienne trouver de l’argent où nous ne pouvons le faire pour faire face aux difficultés énormes qui ont été soulevées par les populations, pour que cet argent soit réinvesti ici dans le développement, la réhabilitation et bien entendu, dans l’élévation du niveau de vie des populations. Ce qu’il faut admettre est que par l’Accord politique de Ouagadougou, la réunification du pays va de pair avec celle des caisses de l’Etat. Un chapitre entier y a été consacré. Il n’y a pas d’opposition sur cette question. Ce qui jusque-là, n’a pas permis à la machine de bien tourner, c’est souvent l’absence d’agent qu’il fallait pour garantir un certain nombre d’opérations. Je pense que, aujourd’hui, ces questions sont en train d’être réglées. La dernière réunion du Cea (Comité d’évaluation et d’accompagnement le jeudi 16 octobre, ndlr) l’a évoqué et traité. Et j’ai espoir que d’ici à quelques semaines, je dirais même d’ici à quelques jours, l’unicité des caisses de l’Etat sera une réalité.

Vous dites que dans quelques jours, l’unicité des caisses sera une réalité. Comment cela va-t-il se faire concrètement?

Il y a un accord. Les deux acteurs se sont retrouvés avant-hier (jeudi 16 octobre. Il fait allusion à la réunion du Cea à Ouagadougou. Ndlr). Dans dix jours, ils vont encore se retrouver pour produire un accord complémentaire 4. A partir de là, je pense qu’on aura plus d’éléments pour les détails. Mais c’est une volonté déjà affirmée et par le facilitateur et par les deux parties de parvenir à une solution détaillée.

Ça veut dire quoi une solution détaillée?

C’est une solution qui va expliquer la méthodologie du redéploiement, donner un chronogramme clair et expliquer les systèmes de compensation contenus dans ce genre de mutations. Car il est clair que l’un des problèmes auxquels on avait été confronté était la gestion quotidienne des Forces nouvelles après l’unicité des caisses. Je vous donne un exemple: un commandant de zone a un système de taxation qui lui permet de payer de la nourriture pour ses soldats et de faire face aux autres besoins de sa troupe. S’il cesse de prélever cette taxe, comment la nourriture de ses soldats va-t-elle être assurée? Par les moyens que l’Etat doit lui mettre à sa disposition? Pour ne pas que demain, il y ait un manquement qui crée des troubles. Voilà le genre de questions pratiques auxquelles on est en train de trouver des solutions. C’est tout cela que l’accord complémentaire 4 qui est en gestation va traiter avec précision et vous pourrez constater son application sur le terrain dès lors qu’il sera signé. Le report de l’élection présidentielle n’est plus un tabou. A quelle période pensez-vous que cette élection pourrait se faire? Je m’aligne surl’intervention du secrétaire général des Forces nouvelles, le Premier ministre Guillaume Soro. Quand on a commencé à appliquer l’Accord de Ouagdougou, les Forces nouvelles ont été prudentes. Une prudence que nous avons formulée en un dicton pour dire que l’élection présidentielle, qui doit ouvrir la série des élections générales, devait échapper au fétichisme des dates. Vous avez vu comment nous avons été brocardés. Or ce n’était pas une volonté de nous éterniser ou de continuer de jouir de quelques privilèges en laissant le processus s’enliser. Nous voulions simplement dire que les problèmes identifiés étaient réels. Mais dont la résolution, pour la plupart, nécessite beaucoup de moyens, de temps, de paramètres qui ne dépendent pas forcément de notre bonne volonté politique. Nous avions estimé que la prudence aurait voulu qu’on avance d’abord dans la satisfaction d’un certain nombre de programmes pour mieux avoir une lisibilité et fixer les autres dans le temps. C’est la Cei (Commission électorale indépendante, ndlr) qui, sur la base de ses propres informations, fixe la date des élections. C’est elle qui avait annoncé la date du 30 novembre 2008. Aujourd’hui, il paraît clair que cette échéance ne peut être tenue. D’autant que pour y arriver, il faut régler un certain nombre de fondamentaux : l’identification, la liste électorale, la sécurisation du processus, par exemple. Est-ce qu’aujourd’hui tous ces éléments, et bien d’autres sont réunis? Non. Nous pensons donc qu’il faut être prudent et ne plus s’engager dans de nouvelles dates tant qu’on n’aura pas de réponses précises aux questions que je viens d’évoquer. Nous pensons que les Ivoiriens ont besoin d’aller à la paix, mais à une paix effective, durable, profonde. Ils ne veulent pas qu’on vienne encore à oublier de régler profondément des questions qui sont latentes dans ce pays depuis plusieurs années. Pour une fois que nous avons l’occasion, que le climat social s’y prête, qu’il y a un large consensus de tous les Ivoiriens autour de ces questions, donnons-nous quelque temps, je ne dis pas un temps injustifié, mais le temps de la raison, pour fixer une date convenable. Pourquoi le temps de la raison? Si nous sommes conscients que la technologie de Sagem est difficile à maîtriser, cela veut dire qu’il y a un temps pour la maîtriser. Il faut en tenir compte. Il y a aussi qu’il faut prévoir des délais pour les pièces de rechange en cas de panne des machines. Il ne faut pas non plus oublier les difficultés de déplacement et d’organisation pratique des sites. Je pense qu’il est humainement possible de réfléchir à tous ces paramètres et à bien d’autres et se donner approximativement une idée du temps que ça va prendre. Pour alors faire des propositions qui ne seront plus en déphasage avec la réalité. Propositions, oui, mais propositions réalistes. C’est ce qu’a dit le Premier ministre et nous le soutenons dans cette voie. Nous pensons que c’est aussi l’avis du Président de la République. Je peux même aller plus loin pour faire remarquer qu’il a affirmé qu’il faut que chaque Ivoiriens ait sa carte d’électeur et d’identité avant qu’on aille aux élections. Travaillons donc sur le temps qu’il faut pour permettre à chaque Ivoirien d’avoir ces papiers. Si nous résolvons cette équation, nous aurons résolu celle de la date des élections.

Interview réalisée à Bouaké par Pascal Soro (l'inter)

20.10.2008. 09:53

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