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Après avoir fait baisser les prix, la mondialisation attise leur flambée

Manif cherté de vie Abidjan L'usine Ching Luh Shoes, qui fabrique des chaussures Nike dans le sud du Vietnam, a été fermée, jeudi 3 avril, après des affrontements avec les salariés qui s'opposent à la fin de la grève déclenchée pour obtenir une hausse de salaires de 15 % dont la direction n'a accepté que la moitié. A Pitesti (Roumanie), l'usine Dacia (groupe Renault) est entrée, jeudi, dans son onzième jour de grève, les syndicats réclamant 50 % d'augmentations salariales, alors que la direction ne proposait que + 21 %.

Dans les deux cas, les salariés appuient leurs revendications sur la nécessité de compenser la forte inflation qui sévit au Vietnam (+ 19 % en un an) comme en Roumanie (+ 30 % en trois mois, selon les syndicats).

La mondialisation aurait-elle épuisé l'effet désinflationniste du bas prix des produits importés des pays émergents, effet qui a été estimé par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) entre 0 et 0,3 point d'inflation en moins en zone euro et entre 0 et 0,2 point aux Etats-Unis pour la période 2000-2005 ? Les pays émergents - dont on disait que les faibles coûts salariaux contenaient l'inflation mondiale - seraient-ils devenus des accélérateurs de la hausse des prix ?

A l'occasion d'un colloque organisé par la Banque de France, début mars, son gouverneur, Christian Noyer, a répondu prudemment par l'affirmative. "La mondialisation a cessé, probablement pour une longue période, d'être spontanément désinflationniste", a-t-il déclaré. Parce que, dit-il, "la croissance des pays émergents et l'élévation du niveau de vie de leur population entraînent une explosion de la demande de ressources naturelles, alimentaires et énergétiques, dont la conséquence logique est une forte et permanente augmentation des prix". Sans oublier que "la mondialisation introduit une synchronisation plus poussée de cycles inflationnistes entre les pays avec les risques d'amplification qui en découlent".

"UNE BONNE NOUVELLE"

Les chercheurs et les experts nuancent cette analyse. "Le modèle Heckscher-Ohlin nous apprend que le commerce international bénéficie du facteur de production localement abondant, affirme Pierre Jacquet, économiste en chef de l'Agence française de développement. Dans les pays riches, c'est le capital et dans les pays pauvres, le travail. Mais cela n'a qu'un temps et il est normal que la sueur des Chinois leur apporte enfin une amélioration de leur niveau de vie. C'est le même chemin qu'a emprunté la Corée du Sud lorsqu'elle attirait les délocalisations, avant de rejoindre très vite les coûts salariaux des économies développées."

Ce n'est pas la mondialisation qui fait augmenter les prix, ajoute Nicolas Bouzou, gérant du cabinet Asterès, mais "le milliard de personnes qui est entré dans l'économie depuis les années 1990 et qui est passé d'un repas par jour à deux". Il a fallu une décennie pour que cette demande accrue se transmette aux prix, puis aux salaires. Autrement dit, "les pays émergents accèdent au statut de pays émergés et cela a un coût", conclut M. Bouzou.

Certains contestent la fin de l'effet déflationniste causé par les salaires des pays du Sud. "Je ne vois pas l'arrivée d'une inflation par les salaires, note Dominique Plihon, professeur à Paris-XIII, car des gains importants de productivité sont à l'oeuvre et la mise en concurrence des salariés n'est pas près de cesser. Les Chinois n'augmenteront pas fortement leurs salaires comme ce serait souhaitable."

D'autres relativisent l'impact d'une hausse des salaires dans les pays émergents. Ainsi Charles Wyplosz, professeur à l'Institut universitaire des hautes études internationales de Genève, juge-t-il que l'actuelle "bouffée d'inflation", due aux matières premières notamment, "n'est pas un phénomène durable". En revanche, il pense que les revendications salariales dans les pays du Sud "sont une bonne nouvelle pour l'humanité et signifient que les pays développés vont devoir partager".

Même conclusion de Philippe Bourguignon, directeur de l'Ecole d'économie de Paris : "Les mouvements revendicatifs dans les pays émergents se multiplient et c'est tant mieux, mais il faudrait des augmentations salariales considérables pour avoir un effet sur l'économie mondiale. Nous en sommes très, très loin. L'inflation actuelle est due à la hausse des prix des matières premières, elle-même alimentée par la croissance des pays émergents qui persistera heureusement."

S: Le monde.fr

03.04.2008. 16:35

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