Gbagbo veut supprimer la carte de séjour
« La loi doit tenir compte du réel. Nous devons tenir compte de la réalité », a déclaré hier le président Laurent Gbagbo au complexe sportif de Yopougon, devant les populations burkinabé vivant en Côte d’Ivoire. Dans le souci de restaurer la cohésion sociale entre les peuples ivoiriens et ceux de la sous-région, il a promis de prendre des mesures pour supprimer la carte de séjour. Il a rappelé que cette carte a été instituée en 1990 dans le cadre du Plan Alassane Ouattara, alors Premier ministre, où 8 lois ont été proposées et votées à l’Assemblée nationale. « Le FPI a été le seul à dire non à la carte de séjour. Tous les malheurs prévus sont arrivés, les craintes se sont avérées justes (...) Cette carte demeure nocive. Elle n’apporte rien à l’Etat, parce que ceux qui doivent ne paient pas. Et ça induit des fabrications de fausses cartes d’identité. ça induit des tracasseries administratives et policières », a dit le président Laurent Gbagbo, qui a fait remarquer qu’il ne passe pas un jour sans que des pièces falsifiées et des faussaires ne soient saisis. « Cela déséquilibre le processus d’identification. On ne sait plus qui est qui (...) Je propose la suppression pure et simple de la carte de séjour. L’identification des étrangers peut se faire en collaboration avec les pays d’origine », a-t-il suggéré. L’essentiel, selon lui, n’est pas de faire payer de l’argent, mais de pouvoir répertorier tout ressortissant étranger vivant en Côte d’Ivoire à partir d’une simple carte consulaire. « Quand on est un pays d’immigration, on prend des mesures efficaces, et non des mesures qui créent des problèmes », a dit le chef de l’Etat, qui a aussi indiqué que les tracasseries liées au contrôle d’identité ont contribué à ternir l’image de la Côte d’Ivoire. « ça gâte le nom de la Côte d’Ivoire. Nous allons supprimer les racines de cette mauvaise réputation », a-t-il promis, tout en conseillant aux ressortissants des pays étrangers d’avoir au moins les papiers de leurs pays d’origine. Après avoir rappelé les liens sociologiques et historiques entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, Laurent Gbagbo a déclaré qu’Ivoiriens et Burkinabé forment un seul et même peuple. Avant son intervention, les différents porte-parole de la communauté burkinabé ont exposé des doléances qui se résumaient en deux préoccupations essentielles. Au nom de ses compatriotes, Traoré Daouda a demandé qu’à l’ouest, le mot d’ordre qui empêchent les burkinabé de regagner leurs plantations soit levé. « Penchez-vous sincèrement sur la carte de séjour. Vous êtes le seul à pouvoir résoudre ce problème », déclarait de son côté Kima Emile, président du comité de soutien au CDP et au facilitateur de l’accord de Ouaga. Principal initiateur de cette rencontre avec le chef de l’Etat, il a déclaré que les burkinabé de Côte d’Ivoire sont déterminés à œuvrer au retour définitif de la paix dans leur pays d’accueil.
Bouréima Badini (Représentant du facilitateur) « C’est une grande leçon à toute la communauté internationale »
Je crois que les initiateurs de cette manifestation, le président Laurent Gbagbo qui a fait l’honneur à la communauté burkinabè d’être là, nous ont donné une grande leçon. Une leçon non seulement pour la sous-région, mais aussi pour le monde entier. J’ai toujours dit que nous devons prendre exemple de la paix qui est en train de se dérouler en Côte d’Ivoire. Une paix qui vient en réalité résumer et synthétiser des problèmes africains. Une paix qui est en train d’être faite par les Africains eux-mêmes. C’est une grande leçon que nous donnons à toute la communauté internationale, et nous souhaitons que tout le monde nous appuie pour que nous puissions non seulement faire la paix en Côte d’Ivoire, faire la paix dans toute la sous-région. Concernant la suppression des cartes de séjour, je pense que c’est une très bonne proposition. Comme vous l’avez si bien vu, les discours ont effectivement demandé que la carte de séjour soit supprimée. Le chef de l’Etat est allé résolument dans ce sens là, et je pense que c’est une très bonne chose. Propos recueillis par H. Oulaï
Coulisses
Laurent Gbagbo ou le Nahaba Sougouly
Le représentant du roi des Mossi, le Moro Nahaba, a offert un boubou au chef de l’Etat ivoirien. Le président Laurent Gbagbo a été baptisé « Nahaba Sougouly », c’est à dire le chef qui pardonne ou le chef tolérant.
Grande affluence au Complexe sportif de Yopougon
Déjà à 10 heures, plus de deux heures avant l’arrivée du chef de l’Etat, les 10 000 places assises prévues sous les bâches dressées au Complexe sportif de Yopougon étaient entièrement occupées. Au début du meeting, on pouvait estimer le public à environ 20 000 personnes.
Les Burkinabé et l’Abidjanaise
La fête de l’amitié ivoiro-burkinabé a débuté par l’exécution des hymnes nationaux. Pendant l’exécution de l’hymne du Burkina Faso, les milliers de burkinabé qui avaient pris d’assaut le complexe sportif de Yopougon étaient pour la plupart bouche bée, la main sur le cœur. Curieusement, ils ont retrouvé la voix pour chanter intégralement l’Abidjanaise.
La presse burkinabé très représentée
La rencontre du chef de l’Etat et des burkinabé de Côte d’Ivoire a été suivie par de nombreux organes de presse du Burkina Faso. On notait également la présence d’une forte délégation venue de Ouaga apporter la caution et la bénédiction du président Blaise Compaoré à cette manifestation.
Sélectionnées par H. Oulaï
29.10.2007. 10:13
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