Laurent Gbagbo : « L’ONU a tort ».« CHIRAC m’empêchait de dormir »
« Invité Afrique » de Radio France Internationale ( RFI) hier 30 octobre 2007, le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, est revenu sur ses relations houleuses avec l’ancien président français, Jacques Chirac, qui l’« empêchait de dormir ». Gbagbo a expliqué les motivations de sa décision de supprimer la carte de séjour en Côte d’Ivoire sans faire cas de l’accord de « Linas Marcoussis » qui avait exigé, la suppression « immédiate des cartes de séjour prévue à l’article 8 alinéa 2 de la loi 2002-03 du 03 janvier 2002 pour les étrangers originaires de la Cedeao ». Pour ce qui est du procès de l’ONU sur l’évolution du processus, Gbagbo estime que « l’Onu a tort ».
Rfi : Vous avez déclaré la suppression de la Carte de Séjour en Côte d’Ivoire. Est-ce que ce n’est pas une annonce électoraliste ?
Laurent Gbagbo : Depuis 1990, je suis contre la carte de séjour. Maintenant que j’ai une occasion de pouvoir la supprimer, je l’ai supprimée. Il reste maintenant, techniquement à mettre ça en pratique. Mais, ça ira vite. En tout cas d’ici deux semaines, ce sera fait.
Qu’est ce que vous aller faire pour ne pas que les étrangers soient inquiétés avec leur seules cartes d’identité ?
L.G : C’est la carte de séjour même qui est le tourment. C’est parce qu’on recherche la carte de séjour qu’on les tracasse. Je voudrais vous dire ce qu’un ancien compagnon d’Houphouët-Boigny m’a dit. Après le meeting (Ndlr : Yopougon le dimanche 28 octobre 2007), le président Fologo ( Ndlr : Président du Conseil économique et social, Ndlr), puisque c’est de lui qu’il s’agit, quand j’ai fini de parler m’a dit : « Vous savez, Houphouët-Boigny a dit qu’il voulait supprimer la carte de séjour, parce qu’on me dit que ça sert à torturer les étrangers, à les pourchasser partout et même dans les mosquées pour leur demander de l’argent ». Donc ce n’est pas une bonne chose. Si c’est pour l’identification des étrangers, on peut les identifier autrement à partir de leurs propres pièces d’identité.
Cette annonce intervient dans un contexte de paix, surtout entre la Côte d’Ivoire et le Burkina-Faso. On a envie de savoir si entre vous et Blaise Compaoré c’est vraiment réel ou quelque chose de passager comme d’habitude ?
L.G : Pourquoi vous dites comme d’habitude ? Est-ce qu’il y a déjà eu une première brouille et que la réconciliation a été mal faite ?
C’est une réconciliation définitive alors ?
L.G : Ecoutez ! Blaise Compaoré et moi, nous nous connaissons, nous sommes camarades, nous sommes amis depuis longtemps. Je ne peux pas parler de l’aspect affectif qu’il y a entre nous, parce que ça ne regarde que nous. Mais, je veux dire, du point de vue des intérêts, nous sommes chefs d’Etat de deux pays voisins. Et deux Etats voisins, leurs intérêts, c’est de vivre en paix pour que l’économie marche, pour que les gens circulent.
Les audiences foraines ont commencé, mais comment expliquez-vous qu’il y a un faible taux de participation ?
L.G : C’est parce que vous êtes à l’étranger que vous croyez que les gens allaient être très très nombreux.
Mais certaines sources parlaient de 3 millions de personnes annoncées ?
L.G : Ces personnes-là ont tort. Je ne sais pas où elles ont eu leurs chiffres. Je vous signale quand même que 70 % de la population ivoirienne est à moins 30 ans. Or, les jeunes de 30 ans et moins ont tous été déclarés, pratiquement tous ( Ndlr : à l’état civil). Donc ce n’est pas étonnant qu’il n’y ait pas une affluence. C’est pour ceux qui n’ont jamais été déclarés à l’état civil.
Vous pensez qu’il ne sont pas nombreux ?
L.G : Je pense qu’ils sont beaucoup moins nombreux qu’on le dit. Et je pense que l’affluence, telle qu’elle se manifeste, aujourd’hui, correspond à l’idée que je me faisais de ceux qui n’ont pas été déclarés.
Les Nations unies se sont inquiétées de la lente évolution du processus de paix en Côte d’Ivoire. Comment réagissez-vous. Jusque-là, il n’y a eu que des actions symboliques ?
L.G : Les Nations unies ont tort de dire cela. Il n’y a pas eu que des actions symboliques. Le fait que le président de la République aille à Bouaké, qui est la deuxième ville de la Côte d’Ivoire, n’est pas un acte symbolique.
Mais les Forces nouvelles tiennent toujours leur territoire ? L.G : Le fait qu’on prenne 2000, 3000 fusils et qu’on les brûle n’est pas un acte symbolique. Le fait qu’aujourd’hui, les gens circulent de la frontière du Burkina Faso à Abidjan et vice versa, de l’Est à l’Ouest et vice versa ,n’est pas un acte symbolique. Le fait que des Sénoufo ( Ndlr : Peuple du nord de la Côte d’Ivoire), de Ferké, de Korhogo aillent dans leurs villages aujourd’hui n’est pas un acte symbolique. Donc, je crois qu’on ne s’entend pas sur les mots. C’est dommage. C’est nous qui sommes dans le vrai. Mais aussi, je pense que c’est assez lent, parce que je suis pressé d’aller aux élections. Mais, on ne peut pas qualifier ces actes, d’actes symboliques. Je regrette de leur dire ça, mais ce n’est pas vrai.
Vous dites, à tout moment, que vous êtes pressé d’aller aux élections. Vos adversaires disent qu’ils ne croient pas à votre sincérité et que c’est vous qui bloquez le processus ( Ndlr : de sortie de crise) ?
L.G : Ceux qui ont amené la guerre, que voulez-vous qu’ils disent ? Je les attends pour aller aux élections. De toutes les façons, on ira aux élections. Mais, je ne vais pas en dire plus pour le moment.
Il y a quelques mois déjà, Jacques Chirac est parti et Sarkozy est arrivé à la présidence française. Qu’est ce que ça change pour vous, pour la Côte d’Ivoire et la France ?
L.G : Ça a changé beaucoup de choses. Chaque matin, la France ne répète plus que le problème de la Côte d’Ivoire, c’est Gbagbo Laurent. Et ça, déjà, ce n’est pas symbolique. C’est un acte très fort, palpable. Je respire mieux et je dors mieux, depuis que Chirac n’est pas là et qu’il est remplacé par un autre.
Il vous empêchait tant de dormir ?
L.G : Ah ! Oui ! Parce qu’il avait une curieuse façon de voir. Il pensait que c’était le président élu par les Ivoiriens qui est le problème pour la Côte d’Ivoire. Parce qu’il ne voulait pas que ses amis, eux-mêmes, soient des problèmes pour la Côte d’Ivoire. Quelqu’un qui raisonne comme ça, qu’est ce qu’il veut ? Il ne veut pas de la démocratie. S’il y a la démocratie aujourd’hui en Côte d’Ivoire, on ne peut pas dire que, moi, je ne suis pour rien dans l’avènement de la démocratie en Côte d’Ivoire. Je me suis battu. J’ai connu la prison, j’ai connu l’exil. Alors, quand un chef d’Etat français, malgré cela, dit qu’il faut éjecter celui qui a été élu, je pense qu’il y a un problème quelque part.
Comment vous expliquez que vos amis de l’Internationale socialiste vous éjecte aussi et éjecte votre parti ?
L.G : Notre parti n’a pas été éjecté . Affi N’guessan, qui est le président du Fpi, est vice-président de l’Internationale socialiste. Ce sont des Français, des socialistes français, qui, en tant que Français et non pas en tant que socialiste, ont crié. Mais, ça, je ne leur réponds pas pour le moment. J’attends le moment où nous parlerons.
S: Soir info
31.10.2007. 00:57
Aucun commentaire pour cet article. Soyez le premier a le commenter.









Ecrire un commentaire
* = mention obligatoire