Les avantages à la décision du chef de l’Etat
C’est en 1990, lorsqu’il est appelé d’urgence par feu le président Félix Houphouët Boigny, pour redresser l’économie en pleine agonie de la Côte d’Ivoire que le Premier ministre d’alors, Alassane Dramane Ouattara, a conçu et instauré la carte de séjour pour les étrangers vivant sur le territoire ivoirien.
Même si cette pièce devait servir à contrôler l’important flux migratoire vers l’Eburnie, son objectif fondamental au départ était de contribuer à renflouer les caisses vides de l’Etat. Après seulement quelques années d’expérience, cette idée de Alassane Dramane Ouattara, qui fait partie d’un ensemble de réformes opérées à cette époque, va montrer ses limites. Dans son application, la carte de séjour fera plus de mal que du bien à la Côte d’Ivoire. Non seulement, elle n’apportera pas grand chose aux ressources de l’Etat, mais, elle aura des conséquences très fâcheuses sur la stabilité sociale et politique du pays. Pour mieux apprécier les avantages à supprimer cette pièce, il convient de revenir sur ses conséquences dramatiques vécues ces deux dernières décennies.
Catégorisation des populations et fracture sociale
La conséquence immédiate de l’institution de la carte de séjour, c’est la catégorisation par origine des populations vivant en Côte d’Ivoire. Dans ce pays où étrangers et nationaux ont toujours vécu en bonne intelligence, désormais, on se regarde en terme d’Ivoiriens et de non Ivoiriens. Mais, c’est surtout au niveau des forces de l’ordre que le mal va se ressentir le plus. En créant la carte de séjour, Alassane Ouattara ne pouvait pas s’imaginer qu’il était en train de donner aux policiers et gendarmes un moyen de chantage et de racket sur une partie des populations ivoiriennes. Hélas, le contrôle de cette pièce est très vite transformé en système de corruption et de tracasseries diverses sur les routes et dans les grandes villes du pays. Les étrangers sont soumis à des pratiques honteuses au cours de patrouilles savamment organisées, mais aussi, dans de nombreux barrages qui fleurissent partout sur les axes routiers. Les tracasseries multiformes n’épargneront pas des nationaux, notamment des ressortissants du nord, plusieurs fois épinglés sur leur passage pour délit de faciès ou de patronymes. Que de frustration les cartes de séjour n’ont créé, mettant ainsi, à mal la cohésion sociale et nationale en raison de ces contrôles souvent abusifs qu’en font les forces de l’ordre. L’on notera, d’ailleurs, depuis l’institution de cette pièce, l’ampleur des tracasseries sur les routes ivoiriennes, mais aussi de la corruption devenue un mal pernicieux en Côte d’Ivoire. Pour fuir ces tracasseries, les non nationaux n’avaient qu’un seul refuge. L’acquisition de la carte nationale d’identité, et de façon parfois frauduleuse pour ceux qui se sentent concernés. Cette autre option va déboucher sur un autre débat qui ne fera pas moins de mal à la Côte d’Ivoire et aux Ivoiriens.
De la carte de séjour à l’ivoirité
Le terreau fertile créé par la carte de séjour vois naître, au milieu des années 90, le concept d’ivoirité avec le régime du président Henri Konan Bédié. Avec l’ivoirité, la classification des populations ivoiriennes prend une toute autre allure. Le débat arbore une forme politico-sociale même quand l’on tente de le voiler dans un habillage culturel. L’objectif est de purger de la population, tous ceux qui, non nationaux, se feraient passer pour des nationaux pour jouir des avantages afférents. La traque aux étrangers s’amplifie encore avec cette autre trouvaille en pleine guerre de positionnement entre le président Bédié, dauphin constitutionnel d’Houphouët Boigny et le Premier ministre Ouattara, qu’on soupçonne de fraude sur sa nationalité ivoirienne, mais aussi, de vouloir utiliser les non nationaux comme un bétail électoral. Finalement, instaurée de la simple volonté de renflouer les caisses de l’Etat, la carte de séjour aura engendré divers maux partant des frustrations à la fracture sociale, jusqu’aux fraudes sur la nationalité. Un parcours semé d’embûches qui sera couronné par la cristallisation politique autour de l’ivoirité né du désordre déjà installé. 17 ans après, en faisant le bilan de tous ces maux créés par la carte de séjour, il n’y a, à la vérité, aucun mal à la supprimer et à revenir à l’ancien système où tous les citoyens pouvaient circuler, chacun avec la pièce de son pays d’origine.
S: l'inter
31.10.2007. 01:11
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