L’Onu déjoue un plan
L’Organisation des Nations unies (Onu) a élevé la voix, avant-hier, pour fouetter l’orgueil des principaux acteurs de l’accord politique de Ouagadougou définissant les voies et moyens de la sortie de crise en Côte d’Ivoire. Le retard accusé dans l’application dudit accord inquiète, en vérité, les Nations unies. Dans sa dernière résolution, l’organisation internationale n’est pas passée par quatre chemins pour cracher ses vérités aux parties prenantes de l’accord. « Le Conseil de sécurité se réjouissant des premières mesures d’applications de l’accord politique de Ouagadougou, rappelant qu’il demande aux parties de mettre pleinement en œuvre, de bonne foi, leurs engagements au titre de cet accord et les exhortant à prendre rapidement les mesures concrètes nécessaires pour mener à bien, notamment, le processus d’identification et d’inscription des électeurs sur les listes électorales, le désarmement, de démobilisation et de réinsertion, l’unification et la réforme des forces de défense et de sécurité et la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire ». Cet extrait de la résolution onusienne traduit l’exaspération des Nations unies devant la lenteur avec laquelle sont exécutés les points contenus dans l’accord de Ouagadougou. L’Onu qui, contrairement au Premier ministre ivoirien, croit à un « fétichisme des dates » pour ce qui est de l’application de ce compromis politique, a clamé qu’elle est prête à « imposer des sanctions ciblées contre ceux qui menacent le processus de paix ». Elle tient au respect du chronogramme tel qu’établi par l’accord lui-même, au point où elle décide que les parties ivoiriennes appliquent intégralement les dispositions qui y sont contenues, organisent des élections présidentielles et législatives ouvertes, libres, justes et transparentes, au plus tard le 30 avril 2008. En faisant fermement cette recommandation, le Conseil de sécurité des Nations unies n’entend pas laisser perdurer en Côte d’Ivoire une situation de ni paix ni guerre. Mais au-delà , c’est que l’Onu s’est rendue compte que l’application de l’accord politique de Ouagadougou se fait à pas de tortue et qu’aucune sanction ne pèse ni sur Gbagbo ni sur son Premier ministre Soro. Si cet accord n’est pas mis en œuvre dans les délais prescrits, Gbagbo et Soro, principaux acteurs devant conduire le programme de sortie de crise à son terme, pourraient confisquer le pouvoir d’Etat pendant encore longtemps, sous le prétexte de se donner le temps de bien appliquer l’accord de Ouagadougou. A ce sujet, Soro Guillaume a dit qu’il se refuserait à s’inscrire dans “ le fétichisme des dates �. Il est le Premier ministre de la République, conserve toujours sa casquette de chef de l’ex-rébellion. Il ne donne guère l’impression d’accélérer la sortie de crise, alors que visiblement il en a les moyens. Le président Laurent Gbagbo qui sait que sans le désarmement des ex-combattants, le redéploiement de l’Administration, la tenue des audiences foraines et l’identification des populations dans les zones dites ex-assiégées, seraient une simple vue de l’esprit, en parle, mais sans convaincre certains sceptiques. Parfois, le chef de l’Etat contourne malicieusement la question. A preuve, il affirme, parlant comme son Premier ministre, qu’il n’y a pas de « fétichisme » du désarmement. Pour des observateurs avertis, Gbagbo et Soro ont tous deux un plan, celui de s’attarder sur l’inutile et détourner le regard des Ivoiriens sur l’essentiel : le désarmement, la réunification du pays et l’organisation des élections. De l’avis de ces observateurs, le président de la République et le Premier ministre veulent se donner du temps. C’est donc ce plan que vient de déjouer l’Onu, en recommandant aux deux hommes de faire de l’application des dispositions de l’accord de Ouaga une priorité sous peine d’être frappés par des sanctions ciblées.Soir info
31.10.2007. 01:04
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