L’ONU désavoue Blaise Compaoré
Le président Blaise Compaoré, médiateur dans la crise ivoirienne, doit être très malheureux en ce moment face au cinglant désaveu de l’Onu, dans sa manière d’encadrer et d’accompagner le processus de paix. Elle vient de reconduire, de façon intégrale, les sanctions contre la Côte d’Ivoire. Dans une résolution adoptée à l’unanimité par ses quinze membres, le Conseil de sécurité a prorogé jusqu’au 31 octobre 2008 les sanctions qui frappent le pays, non sans avoir sommé les acteurs de faire preuve de bonne foi. Aux yeux des membres du Conseil de sécurité, les acteurs de l’accord de Ouaga, y compris le facilitateur, semblent dormir sur leurs lauriers, de sortes le processus, sous la fumée des « symboles » ne connaît pas d’avancées notables. Sans le dire, l’ONU dénonce une responsabilité passive du médiateur, Blaise Compaoré, qui ne fait rien, en termes de mesures, pour mettre au pas ou d’interpeller, les fossoyeurs du processus de paix. C’est pourquoi les membres du Conseil de sécurité, y compris les défenseurs du régime ivoirien à l’Onu ( l’Afrique du Sud, le Ghana), ont commencé à douter, sérieusement, de la sincérité et de la volonté des acteurs ivoiriens ainsi que du facilitateur, à aller, « vite, vite, vite aux élections ». Ils ont le net sentiment que les actions symboliques posées çà et là visent tout simplement à endormir le « mulot »... Et le facilitateur a une grande part de responsabilité... Depuis la signature de l’Accord de Ouagadougou, en mars 2007, l’Onu en est à son deuxième « cartons » contre cet accord. Aux termes d’un projet de résolution présenté, conjointement par la France, l’Afrique du Sud et le Ghana, et qui avait été adopté le lundi 16 juillet 2007, à l’unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité, sous le N° 1765, l’ONU avait dit « niet » à la “ demande d’autorisation spéciale d’importer les armes légères en Côte d’Ivoire � formulée par Gbagbo, Soro et Compaoré. Les membres du Conseil de sécurité avaient donc décidé de maintenir, dans toute sa rigueur, l’embargo qui frappe le pays, notamment, en ce qui concerne les armes de toute taille et de toute catégorie. Dans les points 6,1.2 de l’accord de Ouagadougou, Gbagbo et Soro avaient convenu de “ demander au Conseil de Sécurité de l’ONU, avec le concours du Facilitateur ( Blaise Compaoré) et de la CEDEAO, une autorisation spéciale immédiate d’importer les armements légers nécessaires au maintien de l’ordre et de la sécurité publique, sous contrôle du Centre de Commandement Intégré ( CCI) �. Le CCI est une structure de cogestion des questions liées à la Défense et à la Sécurité. Il est chargé, notamment, d’unifier les anciennes forces combattantes en présence et de mettre en œuvre les mesures de restructuration des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d’Ivoire. Ce centre aura, en outre, en charge “ l’opérationnalisation � des tâches militaires et de sécurité liées au processus de sortie de crise, la sécurisation des audiences foraines, des opérations d’identification, la sécurité du processus électoral ainsi que la mise en place d’unités militaires et paramilitaires mixtes. Dans l’entendement des signataires de l’accord de Ouagadougou, la dotation en armements légers est plus que nécessaire pour mener à bien toutes ces opérations pour le moins sensibles. D’où la requête auprès de l’Onu, visant à obtenir “ une autorisation spéciale immédiate d’importer les armements légers �. Mais à New York, les experts ont plutôt opté pour la retenue, estimant que la situation sécuritaire en Côte d’Ivoire n’est toujours pas favorable à une levée, même partielle, de l’embargo sur les armes qui frappent le pays. Avant-hier encore, rebelotte ! Jugeant la lenteur dans la mise en œuvre du processus de paix né à Ouagadougou, l’Onu a dit, une fois de plus, non à la levée de l’embargo. Au fond, c’est l’accord de Blaise Compaoré qui est mis à mal et le facilitateur qui se voit désavoué sur l’un des maillons importants de l’accord dont il est le parrain. Pour l’ambassadeur de France à l’Onu, Jean-Louis Ripert, « les accords de Ouagadougou ne suppriment en rien la responsabilité du Conseil de sécurité ». Il note par ailleurs « il n’y a pas encore de mise en œuvre de tous les aspects de l’accord de Ouagadougou, notamment sur les problèmes de désarmement et donc nous estimons qu’il faut maintenir les pressions". C’est pourquoi le Conseil "demande aux parties de mettre pleinement en œuvre, de bonne foi, leurs engagements" au titre de cet accord politique et les "les exhorte à prendre rapidement les mesures concrètes nécessaires pour mener à bien notamment le processus d’identification et d’inscription des électeurs sur les listes électorales", ainsi que "le désarmement et le démantèlement des milices". Soulignons que ce régime des sanctions consiste en des embargos sur les armes et sur les exportations de diamants, ainsi qu’en des sanctions individuelles -gel d’avoirs financiers à l’étranger et interdiction de voyager- appliquées aux personnes qui entravent le processus de paix. La résolution précise que le Conseil procédera à un réexamen intermédiaire de ces mesures au plus tard le 30 avril, ou "lorsque les parties auront intégralement appliqué" l’accord de Ouagadougou et "après des élections présidentielles et législatives ouvertes, libres, justes et transparentes ».S: Soir info
31.10.2007. 01:03
Aucun commentaire pour cet article. Soyez le premier a le commenter.









Ecrire un commentaire
* = mention obligatoire