SUPPRESSION DE LA CARTE DE SEJOUR: Coup de pub ou réelle volonté politique
Recevant la communauté burkinabé vivant en Côte d’Ivoire dimanche 28 octobre dernier au complexe sportif de Yopougon, le président Laurent Gbagbo a promis de supprimer « très, très bientôt » la carte de séjour.Moins de 72 heures après, dans une interview accordée à Rfi, il se faisait plus précis sur la date à laquelle la décision sera effective : « D’ici à deux semaines », a-t-il assuré. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe magique, à en croire Alpha Barry, journaliste burkinabé et correspondant de Rfi à Ouaga. « C’est comme si nous avions gagné la coupe du monde », s’est réjoui Emile Kima, président du comité de soutien à Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire, principal artisan de la rencontre du complexe de Yopougon. En décidant de la suppression de la carte de séjour, le chef de l’Etat répondait en fait à la principale doléance de ses hôtes burkinabé. Le faisant, il entend délivrer les 26 % d’étrangers que compte la Côte d’Ivoire, du boulet de tracasseries policières qu’évoque la carte de séjour. Mais beaucoup craignent déjà que cette bonne nouvelle ne reste au stade de bonnes intentions, ne soit en définitive qu’un simple effet d’annonce, un coup politique destiné à taper dans l’œil du président burkinabé. Supprimer la carte dans l’esprit des FDS Deux raisons fondent leur inquiétude. La première, c’est le fait que la suppression de la carte de séjour ne puisse bénéficier effectivement aux Burkinabé et plus généralement aux ressortissants de l’espace Cedeao. D’abord, parce que ceux-ci ne sont plus concernés par la carte de séjour depuis qu’une nouvelle loi sur le statut des étrangers a été adoptée conformément aux recommandations de l’accord de Marcoussis. Selon les termes de cette loi, seuls les étrangers hors Cedeao sont astreints à la carte de séjour ; les ressortissants Cedeao, eux, sont désormais soumis à une carte de résident délivrée par l’Etat ivoirien. Les choses étant ainsi clairement précisées dans la loi, à quoi le chef de l’Etat faisait-il allusion en parlant de la suppression de la carte de séjour ? S’agit-il de la carte de séjour au sens de la dernière loi sur le statut des étrangers ? Si oui, alors la décision que le président Laurent Gbagbo envisage de traduire dans les faits ne concerne pas les ressortissants de la Cedeao encore moins les Burkinabé. Autrement dit, ils ne peuvent en tirer aucun dividende. A moins que dans l’entendement du chef de l’Etat, le vocable « carte de séjour » soit perçu comme un terme générique désignant indifféremment la carte de séjour et la carte de résident. Il y a donc une équivoque à lever nécessairement au regard de la loi évoquée plus haut. Ensuite, une telle décision ne sera profitable aux personnes concernées que si les gouvernants vont bien au-delà de la disparition du papier représentant la carte de séjour. En réalité, il faut une réelle volonté politique qui va jusqu’à la suppression de la carte de séjour dans l’esprit des Forces de Défense et de Sécurité. En d’autres termes, il faut, par delà le décret qui sera pris par le chef de l’Etat, sensibiliser les policiers, les gendarmes et autres militaires avec pour finalité de leur enlever de la tête l’idée que tout étranger doit être soumis systématiquement au racket. Qu’il soit en possession d’une carte de séjour ou de tout autre pièce d’identité. C’est en effet, courant de voir les forces de l’ordre les soumettre à toutes sortes de tracasseries dès lors qu’un document les identifie comme étranger. Il faut donc plus qu’un décret pour supprimer également la carte de séjour dans l’esprit des « corps à billets ». Et ça, ce n’est pas gagné d’avance. C’est l’autre défi que devra relever le président Laurent Gbagbo, en plus du respect du délai fixé pour rendre effective cette décision. Et c’est là la deuxième inquiétude. « D’ici à deux semaines », a-t-il promis. Quand on sait que bien de bonnes intentions du même genre se sont muées en des vœux pieux, englouties par l’obsession de sortir de la crise, il faut espérer que ce projet soit traduit en acte.
S: l'inter
31.10.2007. 01:09
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