Bouaké paralysée hier
Rues désertes et barricadées, circulation inexistante, commerces fermés... Bouaké était une ville morte, hier jeudi 8 octobre. C’est que très tôt le matin, hier, des jeunes se sont mis à manifester sur la voie principale de Bouaké qui mène à Katiola. Selon eux, c’était leur façon de dire ‘’non’’ à la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) qui a procédé à la remise de plusieurs quittance d’électricité en même temps et à la suspension de ses services dans des foyers à Bouaké, enlevant systématiquement des compteurs d’électricité. Et c’est très vite que cette manifestation va se transformer en un vaste mouvement de protestation qui a drainé des milliers de personnes dans les rues de Bouaké. C’est animés d’une colère noire que les manifestants se sont dirigés vers le siège de la CIE, où ils ont été ralentis dans leur mouvement par le commandant Soro Dramane dit ‘’Docteur’’. Après des échanges avec les porte-parole des marcheurs, commandant ‘’Docteur’’ n’a pas réussi à éteindre les ardeurs. « Si vous allez à la CIE, ce n’est pas sûr que vous puissiez maîtriser tous les manifestants. Et si par malheur des appareils sont touchés là-bas, vous serez encore dans le noir et vous viendrez vous plaindre encore à nous. Je suis un responsable, alors écoutez-moi, j’irais chercher un responsable de la CIE et il viendra vous garantir que vos compteurs seront à nouveau installés, calmez-vous », a expliqué l’officier des Forces nouvelles aux manifestants. Mais les manifestants, excités, ont poursuivi leur mouvement jusqu’au siège de la CIE au quartier commerce, où ils se sont mis à saccager, sous l’effet de la colère, certains bureaux. C’est à ce niveau que des coups de feu ont été entendus, probablement des tirs de sommation, pour disperser les manifestants, tellement la situation était intenable. Les manifestants, qui en voulaient à la CEI, mais également aux Forces nouvelles, nous ont exprimé leur ras-le-bol. « Nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout. S’ils veulent, qu’ils nous tuent tous. Si les Forces nouvelles ne sont pas complices de cette magouille, pourquoi ce sont leurs éléments en armes qui accompagnent les agents de la CIE pour enlever nos compteurs ? », s’est interrogé un manifestant, avant de s’adresser aux éléments des FN : « Je veux mourir en martyr. Nous sommes fatigués, on a faim. Faites ce que vous voulez ». Emboîtant le pas à ce manifestant, un groupe de jeunes, qui essuyait des tirs de certains éléments FN, a scandé des propos hostiles à la Compagnie Ivoirienne d’Electricité et aux Forces nouvelles. « Nous savons que les chefs de guerre ne visent que leurs intérêts. Ils n’aiment pas la population. On ne refuse pas de payer nos factures mais que les modalités soient raisonnables. Est-ce que c’est si difficile que ça ? », a martelé Coulibaly Lamine, un autre manifestant. Par ailleurs, un autre groupe de protestaires, qui s’était rendu à l’état major des Forces nouvelles n’a eu pour interlocuteur que le même commandant ‘’Docteur’’, qui était véritablement au four et au moulin. L’officier des FN, pratiquement seul face à la foule de manifestants, a plaidé pour la non violence et la compréhension mutuelle. « Je vous demande toujours de vous calmer et de rester sereins. Ça ne sert à rien de casser des biens d’autrui, vos compteurs seront réinstallés, rentrez tranquillement chez vous », a supplié commandant Soro Dramane dit ‘’Docteur’’. Mais les manifestants, qui ne voulaient pas entendre raison, ont poursuivi leur fronde, obligeant les habitants de Bouaké à rester dans les maisons jusque dans la soirée. Vu le nombre de manifestants qui ne cessait de s’accroître, le commandant Famoussa et des éléments de Wattao sont venus épauler Soro Dramane qui a donné instruction à tous ses éléments de ne tirer aucun coup de feu sur un seul manifestant. « Pas de coup de feu quelle que soit la situation, il faut que cela soit clair. Seule votre présence doit les dissuader », a conseillé commandant ‘’Docteur’’. De leurs côtés, les manifestants d’hier à Bouaké ont exprimé leur indignation face à ce qu’ils qualifient de ‘’complicité coupable des Forces Nouvelles- CIE’’. « Où est passé l’argent de l’Union européenne ? », se sont demandé les manifestants. Dans la soirée, la ville de Bouaké était toujours paralysée et les manifestants ont promis de rester dans la rue jusqu’à lundi. Aux dernières nouvelles, les agents de la CEI de Bouaké se sont ravisés et ont commencé à remettre les compteurs d’électricité qu’ils avaient enlevés dans certains foyers. A noter que des blessés ont été signalés du côté des manifestants, dont certains par balles. Ils ont tous été évacués au Chu de la ville.S: soir info








