Côte d’Ivoire : les zones d’ombre de l’affaire Epstein

by Le Magazine de la Diaspora Ivoirienne et des Ami(e)s de la Côte d’Ivoire | 22 février 2026 20 h 20 min

Lorsque le Département de la Justice américain a rendu publics, début 2025, plus de trois millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein, l’essentiel de l’attention médiatique s’est concentré sur les ramifications américaines et européennes du réseau. Pourtant, un pan entier du dossier porte sur l’Afrique de l’Ouest, plus particulièrement sur la Côte d’Ivoire. Ce volet, largement ignoré par les grands médias internationaux, révèle un ensemble de correspondances, de connexions politiques et de relations d’affaires qui soulève des questions majeures quant à l’étendue des réseaux d’influence d’Epstein sur le continent africain.

Au cœur de ces documents, le nom de Nina Keïta, dirigeante ivoirienne et personnalité bien connue du milieu politico-économique d’Abidjan, apparaît de manière récurrente. Directrice générale adjointe de la GESTOCI, l’entreprise publique chargée des stocks pétroliers, et nièce du président Alassane Ouattara, elle occupe une position stratégique au sein de l’appareil d’État. Les archives américaines montrent qu’elle a entretenu, entre 2011 et 2018, une correspondance régulière avec Jeffrey Epstein. Ces échanges, parfois personnels, parfois professionnels, évoquent des mises en relation avec des chefs d’entreprise ivoiriens, des discussions sur des déplacements, dont un séjour d’Epstein à Abidjan, ainsi que des conversations qualifiées de « négociations sensibles » impliquant indirectement le président ivoirien.

Rien ne permet d’affirmer que Nina Keïta avait connaissance des activités criminelles d’Epstein. Toutefois, la densité et la durée des échanges interrogent. Plusieurs sources médiatiques évoquent un rôle d’intermédiaire, une sorte de courroie de transmission entre Epstein et divers acteurs économiques et politiques ivoiriens. La nature exacte de ces relations demeure floue, mais leur existence est attestée par les documents judiciaires.

Le nom du président Alassane Ouattara apparaît indirectement dans les archives. Aucun document ne montre de contact direct entre lui et Epstein. Cependant, certaines correspondances laissent entendre que Nina Keïta aurait agi, à plusieurs reprises, « pour le compte du président ». Les discussions évoquent des projets économiques nécessitant un accès au sommet de l’État, ainsi que des tentatives d’Epstein visant à approcher le pouvoir ivoirien. Trois hypothèses émergent pour expliquer cet intérêt : le secteur pétrolier, les privatisations et grands chantiers de la période post-crise, et le positionnement géopolitique d’Abidjan comme hub régional. Même en l’absence de preuve d’une implication personnelle du chef de l’État, la proximité d’une collaboratrice familiale avec un criminel international constitue un sujet politiquement sensible.

Face à l’ampleur des révélations, le PDCI-RDA, principal parti d’opposition, a réclamé en février 2026 l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire. Le parti demande la publication des noms ivoiriens figurant dans les archives et une clarification sur les relations entre Epstein et des responsables publics. Il évoque des risques de trafic d’influence, de complicités internationales et de réseaux financiers opaques. Cette prise de position a ouvert un front politique interne, révélant les tensions autour de la gouvernance et de la transparence.

Les documents américains mentionnent également des personnalités du Sénégal, du Zimbabwe et d’autres pays africains non identifiés publiquement. Ces mentions restent fragmentaires, faute d’un accès complet aux archives. Elles suggèrent toutefois qu’Epstein cherchait à développer un réseau d’influence africain, probablement lié à des projets philanthropiques de façade, à des investissements privés ou à des réseaux politiques stratégiques.

Plusieurs zones d’ombre persistent. Le séjour d’Epstein à Abidjan, évoqué dans les documents, n’a jamais été confirmé par des registres hôteliers ou aéroportuaires. Les noms des chefs d’entreprise ivoiriens mis en relation avec lui ne figurent pas dans les extraits accessibles. La nature exacte des « négociations sensibles » impliquant indirectement le président reste inconnue. S’agissait-il de contrats pétroliers, de projets d’investissement ou de médiations politiques ? L’absence de transparence nourrit les spéculations.

Le volet africain de l’affaire Epstein est resté sous-médiatisé pour plusieurs raisons : la focalisation occidentale sur les personnalités américaines et européennes, la difficulté d’accès aux archives complètes, souvent techniques et volumineuses, et la sensibilité politique des noms cités en Afrique, où les médias locaux manquent parfois de moyens pour enquêter. Pourtant, les documents montrent clairement que l’Afrique n’était pas un simple théâtre secondaire : Epstein y voyait un terrain d’expansion stratégique.

Le volet ivoirien de l’affaire Epstein n’est donc pas une anecdote périphérique. Il révèle des connexions politiques sensibles, des relations d’affaires opaques et un réseau d’influence international encore largement méconnu. La question centrale demeure : que cherchait réellement Epstein en Côte d’Ivoire, et qui l’a aidé à avancer ? Tant que les autorités ivoiriennes ne publieront pas une enquête transparente, ce dossier restera un angle mort de l’affaire Epstein, un angle mort que l’investigation journalistique doit continuer à éclairer.

 

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RDC/ Le retour discret d’Erik Prince ravive les inquiétudes autour d’un “colonialisme privé”

by Le Magazine de la Diaspora Ivoirienne et des Ami(e)s de la Côte d’Ivoire | 11 février 2026 17 h 12 min

Erik Prince, le fondateur de Blackwater, société militaire privée américaine, a conclu un vaste contrat en République démocratique du Congo. Entre sécurisation des mines, collecte de taxes et déclarations controversées sur l’Afrique, l’influence d’Erik Prince interroge sur les dérives possibles d’une privatisation de fonctions régaliennes.

Table of Contents

Un contrat majeur conclu dans la discrétion

L’annonce est passée presque inaperçue. Au début de l’année, les autorités congolaises ont confirmé la signature d’un accord avec Erik Prince, entrepreneur américain connu pour avoir fondé Blackwater, société militaire privée impliquée dans plusieurs scandales en Irak.
L’objet du contrat : moderniser la collecte des taxes minières et sécuriser des sites stratégiques dans le sud du pays.

Aucun appel d’offres n’a été rendu public.
Aucun détail n’a été communiqué sur les modalités de contrôle ou de supervision.

Un haut fonctionnaire congolais, qui a requis l’anonymat, confie :

« Prince est arrivé avec des solutions clés en main : drones, renseignement, équipes de déploiement rapide. Le gouvernement y a vu une réponse à l’urgence sécuritaire. Mais personne ne sait exactement ce qu’il obtient en échange. »

Selon Jeune Afrique (2024), le contrat pourrait atteindre 700 millions de dollars, incluant des opérations de sécurité et la gestion d’une partie des flux fiscaux liés au cobalt et au cuivre.

Une présence sécuritaire qui redessine les rapports de force

Dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba, plusieurs sources locales évoquent la présence de contractants étrangers liés au réseau de Prince.
À Uvira, un officier congolais interrogé par African Arguments (2023) décrit :

« Ils fonctionnent comme une structure parallèle. Ils disposent de drones, de communications cryptées, et ne relèvent pas de notre hiérarchie. »

Des images satellites analysées par des experts indépendants montrent l’installation de nouveaux dispositifs de surveillance le long des corridors miniers.
D’anciens militaires européens auraient été recrutés pour sécuriser les sites d’extraction.

Un travailleur minier de Kolwezi, cité par Bloomberg (2023), témoigne :

« On voit des hommes en tenue tactique, sans insigne. Ils protègent les convois, pas les habitants. »

Un entrepreneur marqué par des déclarations controversées

Le retour d’Erik Prince en Afrique ne peut être dissocié de ses prises de position passées.
En 2017, dans une interview rapportée par The Intercept, il affirmait que certains pays africains devraient être « recolonisés » ou « envahis à nouveau » si leurs dirigeants échouaient à gouverner.

Lors d’une réunion privée à Washington, il aurait déclaré :

« Si un État s’effondre, on n’attend pas le chaos. On intervient. L’Afrique a besoin de structure, pas de sentimentalisme. »

Ces propos, largement relayés, nourrissent les inquiétudes quant à la vision politique qui sous-tend ses activités en RDC.

Un universitaire congolais interrogé pour cette enquête estime :

« Prince ne se contente pas de vendre des services. Il porte une idéologie : celle d’une Afrique à administrer par des acteurs extérieurs. »

Une privatisation de la souveraineté ?

L’intervention d’Erik Prince s’inscrit dans un phénomène plus large : la montée en puissance des sociétés militaires privées et des multinationales extractives dans des États fragilisés.

Sans drapeau ni administration officielle, ces acteurs exercent néanmoins un pouvoir considérable :

Un ancien expert onusien de la région résume :

« C’est une forme de colonialisme sans uniforme. Les méthodes ont changé, pas les rapports de domination. »

Des populations prises en étau

Dans les zones minières, les habitants se disent pris entre groupes armés, forces gouvernementales et désormais contractants privés.

À Fungurume, une responsable d’une coopérative féminine explique :

« Nous sommes chassés de nos terres. Les soldats demandent de l’argent, les rebelles aussi, et maintenant les gardes privés nous interdisent l’accès aux zones où nous vivions depuis des générations. »

Les économistes féministes soulignent que l’extractivisme militarisé accentue les inégalités de genre, en aggravant la précarité des femmes et en renforçant les violences.

Un contexte géopolitique sous tension

Le retour de Prince intervient dans un moment de recomposition stratégique.
La Chine domine largement le secteur du cobalt en RDC.
La Russie, via le groupe Wagner, étend son influence en Afrique centrale.
Les États-Unis cherchent à sécuriser l’accès à des minerais critiques.

Un diplomate européen en poste à Kinshasa observe :

« Prince n’agit pas isolément. Il représente un réseau d’intérêts économiques et politiques. Sa présence est un signal envoyé à Pékin comme à Moscou. »

Des zones d’ombre persistantes

Malgré l’ampleur du contrat, plusieurs questions restent sans réponse :

Ni le gouvernement congolais ni les représentants d’Erik Prince n’ont souhaité répondre aux questions du Monde.

Une interrogation centrale

Au-delà du cas Prince, c’est la question de la souveraineté congolaise qui se pose.
Un militant de la société civile à Goma résume l’enjeu :

« Si la sécurité, la fiscalité et les mines sont confiées à des acteurs étrangers, que reste-t-il de l’État ? Nous revivons des dynamiques anciennes, simplement habillées de modernité. »


Références

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Réponse critique à l’analyse de la crise et de la rébellion ivoirienne (2002–2011)

by Le Magazine de la Diaspora Ivoirienne et des Ami(e)s de la Côte d’Ivoire | 26 novembre 2025 17 h 09 min

L’article précédent, (Désarmement manqué et accusations de « laxisme » contre Gbagbo) consacré à la crise ivoirienne et à l’héritage de la rébellion de 2002–2011, présente une lecture structurée et argumentée de cette décennie sombre de l’histoire nationale. Toutefois, à la lumière de témoignages alternatifs comme ceux que l’on croise souvent sur les réseaux sociaux, il est essentiel d’interroger les points aveugles, les raccourcis analytiques et les biais implicites qui traversent ce type de discours. Trois axes critiques principaux peuvent être dégagés : la pluralité des lectures, la complexité des lignes de fracture, et les limites du discours victimaire.

1. Croiser les lectures : pluralité des récits face à l’héritage de la rébellion

L’article examine la crise ivoirienne par le prisme d’une opposition franche : d’un côté les « rebelles » (autour de Ouattara et Soro), de l’autre les « loyalistes » du camp Gbagbo et leurs alliés. Cette structuration, bien qu’efficace pour clarifier certains mécanismes institutionnels et politiques, tend à gommer la diversité des récits et des expériences qui traversent la société ivoirienne contemporaine.

Des analyses alternatives – parfois portées dans des vidéos citoyennes, des débats populaires ou des témoignages de terrain – rappellent que la réalité de la crise ivoirienne ne s’est jamais réduite à une lutte binaire. De nombreux acteurs ont changé de camp, renégocié leurs alliances, ou survécu hors des logiques de pouvoir dominantes. La pluralité des vécus, la complexité des trajectoires individuelles, la circulation des idées et des colères invitent à déconstruire toute lecture trop fermée. Il s’agit donc d’accorder une place aux voix discordantes, y compris celles d’anciens rebelles marginalisés, de victimes oubliées ou de citoyens qui refusent de figer leur appartenance politique.

2. Dépasser le clivage binaire : complexité des alliances et limites de l’analyse partisane

Le discours critique formulé dans l’article antérieur mobilise fortement la notion d’un « pacte du sang » entre Ouattara et Soro, opposé à une gauche naïve regroupée derrière Gbagbo et ses alliés. Cette lecture, en se focalisant sur les responsabilités individuelles et les trahisons présumées, occulte la recomposition constante des alliances ivoiriennes.

En réalité, les catégories « rebelles » et « loyalistes » sont poreuses et évolutives. De nombreux « comzones », militaires et cadres politiques ont circulé entre les pôles du pouvoir, adapté leurs discours à l’évolution de la scène post-conflit, ou cherché à se reconvertir dans des secteurs civils (entrepreneuriat, diaspora, médias). Une analyse plus nuancée intégrerait la logique des coalitions fragiles, des tensions internes au RHDP, du repositionnement de figures comme Soro en exil, ou même du rôle amplificateur des réseaux sociaux et des médias alternatifs dans la reconfiguration du débat politique.

Cette complexité impose de refuser tout raccourci analytique : ni le camp Ouattara/Soro ni celui de Gbagbo/Blé Goudé ne forment des blocs monolithiques. Les enjeux réels se situent souvent à l’intersection de parcours migratoires, de logiques économiques informelles, ou d’expériences locales que les discours officiels ne captent que partiellement.

3. Interroger le discours victimaire et rouvrir l’espace critique

Enfin, l’article critique expose avec force l’idée d’une « justice des vainqueurs » et d’une mémoire sélective qui consacrerait les rebelles en notables, au mépris des douleurs du camp Gbagbo. Ce raisonnement, largement partagé par une part de la société civile, a le mérite de souligner l’impunité et les silences gênants qui accompagnent encore la résolution officielle du conflit.

Cependant, la focalisation sur les clivages et sur la figure victimaire contient aussi ses propres limites. Elle peut empêcher la société ivoirienne de dépasser la posture de confrontation, de construire une justice réellement inclusive, et de renouveler la citoyenneté autrement qu’en réaction au passé armé. Les témoignages vidéo de terrain, tout comme certains écrits alternatifs, invitent à ne pas réduire la souffrance à un capital politique, mais à l’intégrer dans un projet de mémoire partagée, de reconnaissance des victimes de toutes origines, et d’élaboration d’un nouveau contrat social où la vie politique cesserait d’être un champ de mort et de vengeance.

Conclusion : ouvrir le débat, multiplier les sources

Face à la profondeur et à la gravité des enjeux évoqués dans l’article initial – impunité, justice sélective, recomposition partisane, mémoire blessée – il est indispensable de maintenir le pluralisme des sources, de donner voix à la société civile, et d’intégrer les critiques venues des acteurs alternatifs, qu’ils s’expriment dans les espaces numériques, les médias ou les communautés locales.

Loin de valider ou d’infirmer un narratif unique, cette approche critique invite à repenser la crise et la politique ivoirienne dans toute leur complexité, à sortir des logiques binaires, et à tracer de nouveaux possibles pour la réconciliation, la vérité et la paix sociale. C’est dans ce débat ouvert, où chaque camp accepte la contradiction, que pourrait advenir une Côte d’Ivoire réconciliée avec son histoire.

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Désarmement manqué et accusations de « laxisme » contre Gbagbo

by Le Magazine de la Diaspora Ivoirienne et des Ami(e)s de la Côte d’Ivoire | 26 novembre 2025 16 h 45 min

La rébellion ivoirienne de 2002–2011 a reconfiguré en profondeur le champ politique national, en installant durablement un système de pouvoir fondé sur l’héritage des armes, l’impunité sélective et la marginalisation des forces issues du camp Gbagbo, malgré leur poids social et symbolique. Les débats actuels autour du désarmement manqué, des responsabilités de Laurent Gbagbo et de son entourage, ou du rôle de Guillaume Soro et d’Alassane Ouattara, ne sont que la surface visible d’un conflit plus profond sur la mémoire, la justice et la définition même de la « communauté politique » ivoirienne.perspective.usherbrooke+2

Gbagbo vainqueur de Ouattara

De la rébellion de 2002 à la chute de Gbagbo

La crise politico‑militaire s’ouvre en septembre 2002 par une tentative de coup d’État à Abidjan, qui échoue au Sud mais se transforme en rébellion victorieuse au Nord, avec la prise de contrôle de la moitié septentrionale du territoire par les Forces nouvelles. Le pays se retrouve de facto coupé en deux, avec une « zone gouvernementale » au Sud et une zone CNO (Centre‑Nord‑Ouest) contrôlée par les rebelles, sous la médiation de forces internationales de la CEDEAO et de l’opération française Licorne.wikipedia+2

Au cœur de cette rébellion se trouve le Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI) dirigé par Guillaume Soro, issu du syndicalisme étudiant et passé à la tête de l’appareil politico‑militaire des Forces nouvelles, qui fédèrent d’autres groupes rebelles et des soutiens au futur président Alassane Ouattara. Les causes immédiates de l’explosion armée tiennent à la crise de légitimité ouverte par l’élection contestée de Gbagbo en 2000, aux exclusions politiques liées à la notion d’« ivoirité » et à la marginalisation ressentie par une partie des populations du Nord, dont de nombreux sympathisants du RDR d’Ouattara.udsijd+1

Les accords de Linas‑Marcoussis (2003) tentent d’imposer un compromis : maintien de Gbagbo à la présidence, entrée de l’opposition armée et politique au gouvernement, et processus de désarmement et de réunification. Mais ces accords restent largement appliqués de manière sélective : le partage du pouvoir s’effectue sans véritable démantèlement des structures politico‑militaires rebelles, qui conservent le contrôle territorial, fiscal et sécuritaire d’une large partie du pays.geoconfluences.ens-lyon+2

Soro, Ouattara et la politisation de la force

Guilliame Soro & Alassane Ouattara
Guilliame Soro & Alassane Ouattara

La trajectoire de Guillaume Soro illustre la centralité de la violence armée dans la recomposition du pouvoir en Côte d’Ivoire. Chef des Forces nouvelles, il s’impose progressivement comme interlocuteur incontournable, capable de négocier directement avec Gbagbo et d’obtenir un rôle institutionnel majeur, jusqu’à être nommé Premier ministre dans le cadre des accords de Ouagadougou en 2007.lemonde+1

Lorsque l’élection présidentielle attendue depuis des années se tient enfin en 2010, elle débouche sur une crise post‑électorale sanglante : la Commission électorale et la communauté internationale reconnaissent la victoire d’Alassane Ouattara, tandis que le Conseil constitutionnel proclame la réélection de Laurent Gbagbo. La confrontation dégénère en guerre ouverte entre les forces loyalistes et les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), formées en grande partie par l’ex‑rébellion de Soro, qui descendent du Nord vers Abidjan avec un appui militaire décisif de la France et de l’ONU pour renverser le régime de Gbagbo en avril 2011.ictj+3

Ouattara, une fois au pouvoir, s’appuie sur ce capital de guerre : Soro est présenté comme l’un des « artisans » principaux de la victoire armée et bénéficie d’hommages publics qui consacrent le lien organique entre la présidence et l’ex‑commandement rebelle. Cette alliance scellée « par le sang des Ivoiriens », pour reprendre la formule du texte fourni, se traduit institutionnellement par la promotion de nombreux ex‑chefs de guerre dans l’armée, dans l’administration sécuritaire et parfois dans les circuits économiques issus de la zone CNO.tandfonline+3

Désarmement manqué et accusations de « laxisme » contre Gbagbo

Il faut revisiter l’histoire de la rébellion ivoirienne et dénoncer le renversement moral qui a eu lieu : alors que les rebelles ont mené une « entreprise terroriste de rébellion » contre un pouvoir légal placé sous embargo, c’est le camp Gbagbo qui se retrouve accusé a posteriori de « laxisme » sur le désarmement, voire de compromission. La narration oppose un « Ivoirien lambda » – incarné ici par des figures comme Blé Goudé – cherchant sincèrement la paix par le désarmement, à un entourage présidentiel supposé avoir « floué » ses propres militants en ménageant Soro et ses hommes.wikipedia+1

Les négociations répétées sur le désarmement, de Marcoussis à Ouagadougou, ont effectivement souvent buté sur la réticence des Forces nouvelles à abandonner leurs positions avant des garanties politiques et électorales concrètes. Dans cette configuration asymétrique, les appels au désarmement venus du camp Gbagbo ou de la société civile avaient peu de prise sur des acteurs armés bénéficiant déjà d’un soutien politique national (RDR et alliés) et d’un environnement international favorable, soucieux avant tout d’éviter une reprise généralisée des combats.aegis-eu+3

La critique contemporaine de Gbagbo pour ne pas avoir obtenu le désarmement complet avant l’élection de 2010 masque donc un rapport de forces défavorable : les ex‑rebelles contrôlaient de vastes zones, des circuits de rente (douanes, cacao, taxation informelle) et pouvaient menacer la reprise de la guerre à tout moment. Dans ce contexte, le pouvoir présidentiel était pris entre l’exigence de souveraineté interne, la pression internationale pour avancer vers des élections, et la réalité d’un « État parallèle » armé, installé dans le Nord et l’Ouest.grip+3

Impunité, justice sélective et mémoire blessée

Le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro
Soro Guillaume président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire

L’un des legs les plus lourds de la période 2002‑2011 est l’impunité structurelle des crimes graves commis par tous les camps. Des rapports d’ONG et d’organismes internationaux documentent des exécutions sommaires, des violences sexuelles, des disparitions forcées et des massacres tant dans les zones contrôlées par les forces pro‑Gbagbo que dans celles tenues par les Forces nouvelles ou les FRCI. Pourtant, la chaîne judiciaire nationale et internationale s’est concentrée presque exclusivement sur des responsables du camp Gbagbo, alors que presque aucun commandant rebelle de haut niveau n’a été poursuivi, malgré des accusations documentées.hrw+1

Cette asymétrie alimente la perception, très présente dans le texte que vous citez, d’une justice « des vainqueurs » qui transforme les rebelles en notables respectables, en costumes « achetés avec le sang des Ivoiriens », pendant que les proches de Gbagbo sont jugés, emprisonnés ou poussés à l’exil. Le sentiment d’inversion morale est d’autant plus vif que certains anciens chefs de zone et cadres des Forces nouvelles ont été intégrés dans les forces de sécurité, dans des postes politiques ou économiques, sans passer par un véritable examen de leur responsabilité individuelle dans les atrocités.diploweb+2

Les mécanismes de justice transitionnelle créés après 2011, comme la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR), n’ont pas réussi à instaurer une confiance minimale entre les camps, ni à offrir un récit partagé de la décennie de crise. De nombreux travaux soulignent que l’absence de reconnaissance publique équitable des victimes de tous bords et la protection de facto des vainqueurs créent un « contentieux mémoriel » qui fragilise la paix à long terme.hfg+2

Recomposition partisane et illusions de « réconciliation »

Sur le plan partisan, la décennie qui suit 2011 voit la consolidation d’un bloc de pouvoir autour d’Alassane Ouattara, initialement structuré par l’alliance RHDP entre le RDR et une partie du PDCI, avec l’appui d’anciens cadres rebelles. Face à lui, le camp Gbagbo, longtemps fragmenté par l’exil, les poursuites judiciaires et les rivalités internes, tente de se recomposer avec la création du PPA‑CI et le repositionnement de figures comme Charles Blé Goudé ou certains anciens « patriotes ».tandfonline+3

Il faut s’inscrire en faux contre ce qui est perçu comme une naïveté du PPA‑CI et de certaines personnalités de gauche qui croient à une possible « amitié » ou « nouvelle entente » avec ceux qui sont identifiés comme « le camp des rebelles » autour de Ouattara. Dans cette lecture, les oppositions apparentes entre Ouattara et Soro, ou les tensions internes au RHDP, ne seraient que des « illusions de dissension » qui ne remettent pas en cause l’alliance originelle forgée dans la guerre et l’engagement mutuel autour du renversement de Gbagbo.facebook+1

Les dynamiques plus récentes confirment cependant que l’espace politique reste structuré par l’héritage de la crise armée : la réélection de Ouattara à un troisième mandat controversé en 2020 a ravivé les débats sur la continuité du système issu de 2011, tandis que l’exil et la marginalisation de certains ex‑rebelles, dont Soro lui‑même, montrent que les alliances de guerre peuvent se reconfigurer lorsqu’elles cessent de servir la survie du régime. Mais ces recompositions se font rarement sur la base d’un bilan clair des responsabilités passées ; elles s’opèrent plutôt dans le registre des calculs de pouvoir, au prix d’une nouvelle frustration des victimes et des militants de base.hfg+2

Les blessures actuelles : sécurité, citoyenneté et culture politique

Soro Guillaume quitte précipitament la France
Soro Guillaume

Les implications actuelles de la rébellion ne se limitent pas à la distribution des postes ou à la compétition électorale ; elles se lisent dans la structure même de l’État et de la société. L’intégration d’éléments ex‑rebelles dans l’armée et les forces de sécurité, parfois sans filtrage ni formation suffisants, a durablement affecté la hiérarchie militaire, le contrôle civil sur les armes et la perception de neutralité des institutions. Dans plusieurs régions, la mémoire de la domination des comzones, de la taxation arbitraire et des violences commises continue d’entretenir une méfiance à l’égard des autorités, même lorsque celles‑ci se présentent sous un uniforme républicain.grip+2

Sur le plan de la citoyenneté, la crise a aussi laissé un héritage ambigu. Les revendications des rebelles portaient notamment sur la reconnaissance des droits politiques de populations marginalisées par les débats sur l’ivoirité, mais le règlement de ces questions s’est fait dans un climat de guerre, sous la pression des armes et de la communauté internationale. Le résultat est une inclusion partielle et politisée : certains groupes ont acquis une place plus reconnue dans l’espace public, mais la suspicion sur les loyautés, les origines et les appartenances régionales ou religieuses reste forte, nourrie par des années de discours de mobilisation identitaire.wikipedia+2

La culture politique, enfin, est profondément marquée par cette décennie où le rapport de forces armé a souvent primé sur les normes constitutionnelles. Le message implicite laissé par la séquence 2002‑2011 est que la détention d’armes et l’appui extérieur peuvent valoir plus qu’un mandat électoral ou qu’une légitimité historique. Ce signal affaiblit la foi dans les procédures démocratiques, encourage les stratégies de « clientélisme sécuritaire » et rend plus difficile la construction d’alternances apaisées, d’autant que la justice transitionnelle n’a pas fixé de lignes rouges claires pour l’avenir.eisa+3

Retour au texte : la politique ivoirienne « où il y a la mort dedans »

La tentation, dans le débat public, de réduire la décennie de guerre à des querelles de personnes – Gbagbo, sa femme Nady Bamba, Blé Goudé, Soro – en oubliant la structure de violence, d’ingérence extérieure et d’impunité qui a rendu possible et rentable la rébellion. En s’emportant contre ceux qui « tendent le micro » aux anciens chefs de guerre et en dénonçant la stigmatisation unilatérale des « faiblesses politiques » de Gbagbo, ce texte exprime un refus de ce qu’il perçoit comme une amnésie organisée, où les principaux responsables armés deviendraient des arbitres légitimes du débat national.diploweb+3

Cette position renvoie à une ligne politique claire : distinguer deux camps, celui des « rebelles autour de Ouattara » et celui de Gbagbo et de ses alliés de gauche, en appelant le PPA‑CI à sortir de toute naïveté sur la possibilité d’un rapprochement sincère avec les premiers. Elle est discutable politiquement – car la réalité du champ ivoirien est plus fragmentée – mais elle révèle un enjeu fondamental : sans clarification des responsabilités, sans justice crédible et sans reconnaissance de toutes les victimes, la réconciliation risque de rester un mot d’ordre creux, tandis que la mémoire des morts continue de structurer silencieusement les loyautés politiques.ictj+1

En ce sens, la rébellion de 2002–2011 n’est pas un épisode clos, mais un soubassement permanent de la politique ivoirienne contemporaine : dans la composition des élites, dans les équilibres sécuritaires, dans la géographie des rancœurs, et jusque dans la manière dont un militant ou un citoyen « lambda » évalue les appels à la paix, au compromis et à la « réconciliation ». Tant que ce passé restera géré par des arrangements entre anciens belligérants plutôt que par un travail politique et judiciaire assumé, la mise en garde dans des termes d’Abidjan – « si tu ne comprends pas ça, laisse la politique ivoirienne car y a la mort dedans » – continuera de résonner comme une description lucide, plus que comme une simple hyperbole militante.hrw+2

Source PDF:

  1. https://www.eisa.org/wp-content/uploads/2023/05/2011-journal-of-african-elections-v10n2-cote-divoires-post-electoral-crisis-ouattara-rules-but-can-he-govern-eisa.pdf[1]
  2. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/09636412.2025.2522686[2]
  3. https://www.aegis-eu.org/archive/ecas4/ecas-4/panels/41-60/panel-49/Fofana-Moussa-Full-paper.pdf[3]
  4. https://www.grip.org/wp-content/uploads/2013/06/Systeme-de-conflits-et-enjeux-securitaire-en-Afrique-de-lOuest-livre-Gore.pdf[4]
  5. https://www.collectionscanada.ca/obj/s4/f2/dsk3/QQLA/TC-QQLA-23620.pdf[5]
  6. https://revuedonni.wordpress.com/wp-content/uploads/2024/12/04-23-pira-rid8-online.pdf[6]

Auteurs: Dr. Synzi Dadié et IvoireDiaspo

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Endnotes:
  1. https://www.eisa.org/wp-content/uploads/2023/05/2011-journal-of-african-elections-v10n2-cote-divoires-post-electoral-crisis-ouattara-rules-but-can-he-govern-eisa.pdf: https://www.eisa.org/wp-content/uploads/2023/05/2011-journal-of-african-elections-v10n2-cote-divoires-post-electoral-crisis-ouattara-rules-but-can-he-govern-eisa.pdf
  2. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/09636412.2025.2522686: https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/09636412.2025.2522686
  3. https://www.aegis-eu.org/archive/ecas4/ecas-4/panels/41-60/panel-49/Fofana-Moussa-Full-paper.pdf: https://www.aegis-eu.org/archive/ecas4/ecas-4/panels/41-60/panel-49/Fofana-Moussa-Full-paper.pdf
  4. https://www.grip.org/wp-content/uploads/2013/06/Systeme-de-conflits-et-enjeux-securitaire-en-Afrique-de-lOuest-livre-Gore.pdf: https://www.grip.org/wp-content/uploads/2013/06/Systeme-de-conflits-et-enjeux-securitaire-en-Afrique-de-lOuest-livre-Gore.pdf
  5. https://www.collectionscanada.ca/obj/s4/f2/dsk3/QQLA/TC-QQLA-23620.pdf: https://www.collectionscanada.ca/obj/s4/f2/dsk3/QQLA/TC-QQLA-23620.pdf
  6. https://revuedonni.wordpress.com/wp-content/uploads/2024/12/04-23-pira-rid8-online.pdf: https://revuedonni.wordpress.com/wp-content/uploads/2024/12/04-23-pira-rid8-online.pdf

Source URL: https://ivoirediaspo.net/desarmement-manque-et-accusations-de-laxisme-contre-gbagbo/31351.html/


ANALYSE D’UN BUDGET PUBLIC : MÉTHODOLOGIE ET ENJEUX

by Le Magazine de la Diaspora Ivoirienne et des Ami(e)s de la Côte d’Ivoire | 23 novembre 2025 21 h 36 min

Le budget est l’outil central de toute politique économique, car il traduit en chiffres les choix et les priorités d’un gouvernement. On dit souvent que l’argent est le nerf de la guerre. Mais on pourrait ajouter que si l’argent est le “nerf de la guerre”, le budget en est la stratégie.
Le budget public, c’est l’ensemble des ressources et des dépenses d’une administration publique (État, collectivités territoriales, organismes de sécurité sociale, etc.) sur une période donnée, généralement une année.

Il traduit les choix économiques, les choix sociaux et politiques d’un gouvernement et sert à financer les services publics, les infrastructures, les politiques sociales et les missions régaliennes. Il est voté par une autorité législative (par exemple, le Parlement pour le budget de l’État) et est soumis à des règles strictes de transparence et de contrôle. Les notions de transparence et de contrôle sont très importantes.

ANALYSE D’UN BUDGET PUBLIC : MÉTHODOLOGIE ET ENJEUX

L’analyse d’un budget public permet d’évaluer les choix économiques et politiques d’un gouvernement ou d’une collectivité territoriale. Elle repose sur l’étude des recettes et des dépenses, leur évolution, leur structure et leur impact économique et social.

1. Présentation Générale du Budget

L’analyse commence par une présentation du budget en question :
• Entité concernée : État, collectivité territoriale, organisme public…
• Exercice budgétaire : Année concernée et comparaison avec les exercices précédents.
• Cadre juridique : Lois de finances, règles de comptabilité publique applicables.
On distingue généralement le budget de fonctionnement (dépenses courantes) et le budget d’investissement (projets d’infrastructure, modernisation…).

2. Analyse des Recettes

Les recettes publiques proviennent principalement de :
• Recettes fiscales : Impôts directs (IR, IS, taxe foncière) et indirects (TVA, droits de douane).
• Recettes non fiscales : Dividendes d’entreprises publiques, amendes, concessions.
• Transferts et subventions : Aides de l’État aux collectivités, financements internationaux.
L’analyse porte sur :
• L’évolution des recettes : croissance ou baisse par rapport aux exercices précédents.
• La structure des recettes : part des impôts directs et indirects, dépendance à certaines sources.
• La soutenabilité des finances publiques : niveau d’endettement (eh oui !) et diversification des ressources.

3. Analyse des Dépenses

Les dépenses publiques se répartissent en :
• Dépenses de fonctionnement : Salaires des agents publics, dépenses courantes des administrations.
• Dépenses d’investissement : Infrastructures, recherche, équipements publics.
• Dépenses de transfert : Aides sociales, subventions aux entreprises, remboursements d’emprunts.
Points d’analyse :
• Évolution des dépenses : progression, stabilisation ou réduction.
• Priorités budgétaires : secteurs privilégiés (éducation, santé, défense, etc.).
• Efficacité de la dépense publique : rapport entre coûts et bénéfices socio-économiques.

4. Solde Budgétaire et Équilibre des Finances Publiques

Le solde budgétaire est la différence entre recettes et dépenses :
• Excédent budgétaire : les recettes sont supérieures aux dépenses.
• Déficit budgétaire : les dépenses excèdent les recettes, nécessitant un recours à l’emprunt.
Indicateurs clés :
• Taux d’endettement : dette publique rapportée au PIB.
• Capacité d’autofinancement : capacité à couvrir les dépenses sans emprunt.
• Comparaison avec d’autres exercices : tendance à l’amélioration ou à la détérioration des finances.

5. Perspectives et Recommandations

L’analyse se termine par :
• Une évaluation des risques budgétaires (crise économique, dépendance à certaines recettes).
• Des préconisations en matière d’optimisation des dépenses, d’amélioration de la collecte des recettes, ou de réformes fiscales.
Cette approche permet d’évaluer la viabilité d’une politique budgétaire et ses implications économiques et sociales.

STRUCTURE DU BUDGET

La structure d’un budget public repose, il faut le savoir, sur une organisation rigoureuse qui permet de planifier et de contrôler les finances d’une entité publique (État, collectivités territoriales, établissements publics, etc.). Elle se divise généralement en plusieurs grandes sections :

1. Les principes du budget public

Avant d’aborder sa structure, il est important de rappeler qu’un budget public repose sur plusieurs principes fondamentaux :
• Unité : toutes les recettes et dépenses doivent être regroupées dans un document unique.
• Universalité : aucune recette ne peut être affectée spécifiquement à une dépense.
• Annualité : le budget est voté pour une année donnée.
• Spécialité : chaque dépense doit être affectée à un poste précis.
• Équilibre : les recettes doivent couvrir les dépenses.

2. La structure du budget public

A. Les recettes publiques

Les recettes permettent de financer les dépenses publiques et se répartissent en plusieurs catégories :
1. Les recettes fiscales : impôts directs (impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés) et impôts indirects (TVA, accises).
2. Les recettes non fiscales : dividendes d’entreprises publiques, amendes, redevances.
3. Les emprunts : dette publique contractée sur les marchés financiers.
4. Les subventions et aides extérieures : contributions internationales, aides de l’UE, dons.

B. Les dépenses publiques

Les dépenses sont classées en fonction de leur nature et de leur finalité :
1. Les dépenses de fonctionnement : salaires des fonctionnaires, entretien des infrastructures, achats courants.
2. Les dépenses d’investissement : construction d’infrastructures, acquisition d’équipements.
3. Les dépenses de transfert : subventions aux entreprises, prestations sociales (retraites, allocations).
4. Le service de la dette : remboursement du capital et paiement des intérêts de la dette publique.

C. La classification budgétaire

Les budgets publics sont souvent organisés selon :
• Une classification par nature : distingue les dépenses de fonctionnement, d’investissement et de dette.
• Une classification par mission et programme : approche moderne (notamment en France avec la LOLF) où les dépenses sont regroupées selon des objectifs de politique publique.
• Une classification par entité : État central, collectivités locales, organismes publics.

3. Présentation et exécution du budget

• Élaboration : le budget est préparé par l’exécutif (gouvernement, maire, président d’institution) et soumis à l’assemblée compétente.
• Adoption : il est voté par le parlement (budget de l’État) ou par les conseils locaux (budget des collectivités).
• Exécution : il est mis en œuvre par l’administration, sous le contrôle de la Cour des comptes et d’autres institutions de contrôle.
En résumé, un budget public repose sur une architecture détaillée permettant de planifier et de contrôler les finances publiques avec des mécanismes d’évaluation et de suivi pour garantir l’efficacité des politiques publiques.

COMMENT RAISONNER ÉCONOMIQUEMENT LE BUDGET PUBLIC ?

Le raisonnement macro-économique actuel en termes de budget est une approche nécessaire, mais insuffisante pour expliquer une performance économique. Un budget donne une vision globale des ressources et des dépenses, mais il ne dit rien de la qualité de l’allocation de ces ressources, de l’efficacité des dépenses ou de leur impact réel sur la performance économique.
Le montant d’un budget, à lui seul, ne permet pas d’évaluer une performance économique. Deux entités avec des budgets équivalents peuvent obtenir des résultats très différents en fonction de la manière dont elles gèrent et affectent ces ressources. Ce qui importe, c’est la ventilation du budget, c’est-à-dire la répartition des fonds entre les différentes lignes de dépenses, et surtout l’usage concret qui en est fait.
Ainsi, une analyse fine nécessiterait de détailler la structure budgétaire, d’examiner poste par poste les choix effectués, et d’évaluer les effets de ces choix sur les objectifs poursuivis. Un budget peut être équilibré ou excédentaire, mais si les fonds sont mal utilisés, la performance économique peut rester médiocre. À l’inverse, une gestion rigoureuse d’un budget limité peut générer des résultats optimaux.
En somme, la transparence et la granularité de l’analyse budgétaire sont essentielles pour éclairer le public et permettre une évaluation pertinente des politiques économiques ou de la gestion financière d’une entité.

UN BON BUDGET

Un bon budget public est un budget qui parvient à concilier rigueur économique, efficacité sociale et soutenabilité financière. Il repose sur plusieurs principes fondamentaux :
1. Équilibre et soutenabilité : Un bon budget public évite les déficits excessifs et garantit une gestion saine des finances publiques pour ne pas compromettre la stabilité économique à long terme.
2. Allocation efficace des ressources : Les dépenses publiques doivent être orientées vers les secteurs prioritaires (éducation, santé, infrastructures, sécurité, etc.) afin de maximiser le bien-être collectif et la croissance économique.
3. Justice sociale et équité : Il doit prendre en compte la redistribution des richesses et la réduction des inégalités, tout en assurant un accès équitable aux services publics.
4. Transparence et responsabilité : Un budget public efficace est élaboré dans un cadre clair et accessible, permettant aux citoyens de comprendre l’utilisation des fonds publics et d’exercer un contrôle démocratique.
5. Flexibilité et adaptabilité : Il doit être capable de s’adapter aux chocs économiques (crises financières, pandémies, catastrophes naturelles) sans compromettre les engagements fondamentaux de l’État.
6. Stimulation de la croissance économique : Une politique budgétaire bien pensée encourage l’investissement, soutient l’innovation et améliore la compétitivité nationale.
En somme, un bon budget public est un outil stratégique qui vise à équilibrer discipline budgétaire et nécessité d’intervention publique, tout en garantissant un développement durable et inclusif.

©DR KOCK OBHUSU

Economiste – Ingénieur
Ancien Directeur du Service Social
Mairie de Bondy
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Canal+ en Côte d’Ivoire : des recettes journalières records

by Le Magazine de la Diaspora Ivoirienne et des Ami(e)s de la Côte d’Ivoire | 22 novembre 2025 0 h 40 min

En Côte d’Ivoire, Canal+ se positionne comme le leader incontesté de la télévision payante en Afrique francophone avec des recettes moyennes journalières avoisinant 616 000 euros, soit environ 404 millions FCFA. Cette performance exceptionnelle conduit à un chiffre d’affaires annuel estimé à 225 millions d’euros, représentant environ 147 milliards FCFA. Ce succès est porté essentiellement par la forte base d’abonnés ivoiriens, la Côte d’Ivoire étant désormais reconnue comme le premier marché africain pour Canal+, dépassant Cameroun et Sénégal.

L’Afrique, et plus particulièrement la Côte d’Ivoire, bénéficient d’une pénétration élevée des abonnements payants, notamment chez les classes moyennes urbaines, avec un ARPU moyen inférieur à 15 euros par mois. Le volume important d’abonnés place la Côte d’Ivoire comme le marché le plus rentable du continent pour Canal+ Afrique, qui compte au total entre 9 et 10 millions d’abonnés dans cette zone en 2024-2025, sur environ 27 millions à l’échelle mondiale.

Canal+ Côte d’Ivoire, filiale 100% contrôlée par le groupe Canal+, dont le siège est basé en France, illustre un modèle économique habituel pour les groupes français en Afrique : la création de valeur locale avec un rapatriement conséquent des bénéfices nets vers la maison-mère en Europe. Le groupe est sous le contrôle effectif de Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire via Bolloré SE et Vivendi, même après que Canal+ ait été partiellement séparé de Vivendi fin 2024.

Historiquement, l’Afrique représente plus de 70% des bénéfices opérationnels du groupe Canal+, consolidant la région comme un pilier stratégique pour l’entreprise. La croissance continue de la clientèle africaine laisse présager une hausse probable des recettes ivoiriennes à plus de 230 à 250 millions d’euros par an pour 2024-2025.

Ce succès commercial en Côte d’Ivoire, combiné à la stratégie d’expansion en Afrique et au récent rachat de MultiChoice, confirme la position dominante du groupe Canal+ sur le marché africain de la télévision payante et illustre une dynamique de croissance que le groupe entend prolonger.

Canal+ resterait ainsi un acteur majeur du divertissement en Afrique, sous le contrôle d’un groupe français qui continue de maximiser ses profits tout en renforçant sa présence sur le continent.cbnews+4

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