Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA), en sa 265ème réunion,
tenue le 10 mars 2011, au niveau des chefs d’Etat et de Gouvernement, a adopté la décision
qui suit sur la situation en Côte d’Ivoire :
Le Conseil,
1. Prend note du rapport du Groupe de haut niveau pour le règlement de la crise en
Côte d’Ivoire, créé aux termes du paragraphe 6 du communiqué PSC/AHG/COMM(CCLIX)
adopté lors de sa 259ème réunion tenue le 28 janvier 2011 [Document PSC/AHG/2(CCLXV)].
Le Conseil prend également note des déclarations faites par le Président Alassane Dramane
Ouattara, ainsi que par le représentant de S.E. Laurent Gbagbo ;
2. Réaffirme l’ensemble de ses décisions antérieures sur la crise postélectorale que
connaît la Côte d’Ivoire depuis le 2ème tour de l’élection présidentielle, le 28 novembre 2010,
reconnaissant l’élection de M. Alassane Dramane Ouattara en qualité de Président de la
République de Côte d’Ivoire;
3. Félicite le Groupe de haut niveau pour son engagement et les efforts soutenus qu’il
a déployés dans la recherche d’un règlement pacifique à la crise actuelle en Côte d’Ivoire. A
cet égard, le Conseil rend hommage aux Présidents Mohamed Ould Abdel Aziz de
Mauritanie, Jacob Zuma d’Afrique du Sud, Blaise Compaoré du Burkina Faso, Jakaya Kikwete
de Tanzanie et Idriss Déby Itno du Tchad, ainsi qu’aux Présidents des Commissions de l’UA
et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Dr. Jean Ping
et M. James Victor Gbeho, pour leur contribution à la recherche d’une solution à la crise
actuelle en Côte d’Ivoire. Le Conseil félicite également tous ceux qui ont apporté leur
coopération au Groupe de haut niveau dans l’accomplissement de son mandat. Le Conseil
exprime son appréciation au Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki‐moon, pour
l’appui apporté au Groupe, à travers son Représentant spécial en Afrique de l’Ouest, Said
Djinnit ;
4. Exprime sa grave préoccupation face à la détérioration rapide de la situation
sécuritaire et humanitaire, depuis la proclamation des résultats du second tour de l’élection
présidentielle. Le Conseil note que, faute d’une solution rapide à la crise actuelle, la Côte
d’Ivoire risque de sombrer dans une violence généralisée aux conséquences incalculables
pour ce pays, ainsi que pour la région et l’ensemble du continent ;
5. Réitère sa ferme condamnation de toutes les exactions et autres violations des
droits de l’homme, menaces et actes d’intimidation, ainsi que des actes d’obstruction de
l’action de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), et déplore
profondément les pertes en vies humaines et actes de destruction de biens intervenus dans
certaines parties de la Côte d’Ivoire;
PSC/AHG/COMM.1(CCLXV)
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6. Réaffirme sa conviction que la crise postélectorale en Côte d’Ivoire requiert une
solution politique d’ensemble qui permette de préserver la démocratie et la paix, et favorise
une réconciliation durable entre tous les Ivoiriens ;
7. Fait siennes les recommandations du Groupe de haut niveau telles que contenues
dans le rapport du Groupe de haut niveau et entérine les propositions faites en vue d’une
solution politique d’ensemble à la crise en Côte d’Ivoire, qui offrent une base viable pour
une sortie de crise permettant de concilier le respect de la démocratie et la quête de la paix.
A cet égard, le Conseil rappelle les dispositions du paragraphe 6 (c) du communiqué de sa
259ème réunion affirmant que les conclusions du Groupe, telles qu’elles seront entérinées par le
Conseil, seront contraignantes pour toutes les parties ivoiriennes;
8. Demande au Président de la Commission de nommer un Haut Représentant chargé de la
mise en oeuvre de la solution politique d’ensemble, telle qu’entérinée par le Conseil, et de
mener à bien le processus de sortie de crise selon les modalités ci‐après :
(i) tenue, sous l’égide de l’UA et de la CEDEAO, dans un délai de deux semaines
maximum, de négociations entre les parties ivoiriennes afin d’élaborer un
schéma de mise en oeuvre des propositions du Groupe de haut niveau telles
qu’entérinées par le Conseil, avec l’octroi de toutes les garanties nécessaires
pour tous les acteurs concernés, en particulier le Président sortant, S.E. Laurent
Gbagbo,
(ii) mobilisation de l’appui des partenaires de l’UA en vue de la conclusion rapide de
l’Accord de sortie de crise, et
(iii) soumission, à une réunion du Conseil, d’un rapport exhaustif sur les résultats de
ses efforts ;
9. Demande aux parties ivoiriennes d’apporter leur entière coopération à la mise en
oeuvre effective, dans les délais impartis, des propositions du Groupe, ainsi que de
s’abstenir de toute action de nature à compliquer la situation et le processus de sortie de
crise ;
10. Souligne sa détermination à prendre, à la lumière des résultats des négociations
visées au paragraphe 8 (i) du présent communiqué, et sur la base des instruments
pertinents de l’UA, toutes les mesures que la situation appellerait ;
11. Demande au Président de la Commission de transmettre la présente décision au
Conseil de sécurité des Nations unies, à la CEDEAO et aux autres partenaires de l’UA;
12. Décide de rester activement saisi de la question.
Politique en Côte d'Ivoire: Un aperçu des enjeux actuels et des perspectives d'avenir
La Côte d'Ivoire, pays situé en Afrique de l'Ouest, est depuis longtemps un acteur clé de la politique régionale. Après des années de turbulence politique et de crises, le pays a progressivement renforcé ses institutions démocratiques et s'est engagé sur la voie du développement. Cet article explore les enjeux actuels de la politique en Côte d'Ivoire ainsi que les perspectives d'avenir pour le pays.
Stabilité politique et réconciliation nationale: Depuis la fin de la crise post-électorale de 2010-2011, la Côte d'Ivoire a réalisé des progrès significatifs en termes de stabilité politique et de réconciliation nationale. Le gouvernement ivoirien s'est engagé dans des réformes pour renforcer les institutions démocratiques et promouvoir la participation citoyenne. Des initiatives de réconciliation, telles que la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, ont contribué à apaiser les tensions et à favoriser l'unité nationale.
Économie et développement: La Côte d'Ivoire est l'une des économies les plus dynamiques de la région. Grâce à sa riche diversité économique, notamment dans les secteurs de l'agriculture, des mines et de l'industrie, le pays a attiré des investissements étrangers et connaît une croissance soutenue. La politique économique axée sur les réformes structurelles et l'amélioration du climat des affaires a permis à la Côte d'Ivoire de diversifier son économie et de stimuler la création d'emplois.
Défis et enjeux: Malgré les progrès réalisés, la politique en Côte d'Ivoire doit encore relever plusieurs défis. La consolidation de la démocratie et la garantie des droits de l'homme restent des priorités. Le pays doit également faire face à des questions telles que la corruption, l'inégalité socio-économique et l'accès limité aux services de base pour une partie de la population. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour renforcer l'État de droit et promouvoir la transparence dans la gouvernance.
Perspectives d'avenir: La Côte d'Ivoire a un potentiel énorme pour devenir un acteur majeur sur la scène régionale et internationale. Les réformes en cours dans les secteurs clés tels que l'éducation, la santé et l'infrastructure renforcent les fondations du pays pour une croissance durable. De plus, la Côte d'Ivoire joue un rôle actif dans les initiatives régionales et continentales, ce qui renforce sa position en tant que leader politique en Afrique de l'Ouest.
En conclusion, la politique en Côte d'Ivoire a connu des avancées significatives ces dernières années, marquées par la stabilité politique et les réformes démocratiques. Malgré les défis persistants, le pays continue de progresser vers un avenir prometteur. La Côte d'Ivoire a la possibilité de consolider sa démocratie, de promouvoir le développement économique inclusif et de jouer un rôle de de premier plan sur la scène régionale. En investissant dans les institutions, en luttant contre la corruption et en favorisant la réconciliation nationale, le pays peut renforcer son positionnement politique et attirer davantage d'investissements pour le bien-être de sa population.
Pascal Affi N’Guessan rejette la proposition de médiation de l’UA
Le panel de cinq chefs d’Etat n’a pas rendu publiques à ce stade les conclusions réputées « contraignantes » qu’il devait adopter pour tenter de mettre fin à la crise.
Les représentants du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo ont annoncé jeudi à Addis Abeba qu’ils rejetaient une proposition de médiation présentée par un panel de chefs d’Etat mandaté à cette fin par l’Union africaine.
« Nous avons estimé que c’est une proposition inacceptable », a déclaré à la presse le président du Front Populaire Ivoirien (FPI) Pascal Affi N’Guessan, à l’issue d’une consultation avec les membres de ce panel.
Le panel de cinq chefs d’Etat n’a pas rendu publiques à ce stade les conclusions réputées « contraignantes » qu’il devait adopter pour tenter de mettre fin à la crise née de l’élection présidentielle contestée du 28 novembre en Côte d’Ivoire.
Il était cependant attendu que ce panel réitère la position de principe de l’Union africaine, selon laquelle le rival de M. Gbagbo, Alassane Ouattara, est le vainqueur du scrutin du 28 novembre.
« Malheureusement, nous avons constaté que le panel de haut-niveau s’est contenté de reprendre ce que nous savons déjà. Le panel est dans l’incapacité de nous donner les arguments qui fondent cette décision », a commenté M. Affi.
A l’issue d’une réunion entamée la veille, les membres du panel de l’UA ont présenté jeudi leurs conclusions au camp de M. Gbagbo, représenté par M. Affi, ainsi qu’à Alassane Ouattara, qui s’est déplacé pour sa part au siège de l’UA dans la capitale éthiopienne.
Le président sortant Laurent Gbagbo a imposé jeudi une interdiction de survol de la Côté d’Ivoire par les vols de l’ONU, ce qui pourrait compromettre le retour d’Alassane Ouattara, actuellement en Ethiopie.
La Mission de l’ONU en Côte d’Ivoire (Onuci) « continuera » ses activités dans le pays, a indiqué jeudi à l’AFP son porte-parole Hamadoun Touré après l’interdiction de vol décidée par le camp du président sortant Laurent Gbagbo. Interrogé sur cette interdiction de vol, il a répondu: « nous continuerons de mener nos activités au bénéfice du peuple ivoirien ».
« L’Onuci a été déployée en Côte d’Ivoire pour aider le peuple ivoirien à retrouver paix et stabilité. Ce mandat est toujours en vigueur et nous l’exécutons avec les moyens mis à notre disposition par le Conseil » de sécurité, a-t-il ajouté.
L’arrêté du gouvernement Gbagbo stipulait que « les aéronefs de l’Onuci et de l’opération Licorne sont interdits de survol et d’atterrissage » dans le pays.Cette décision avait été annoncée mercredi soir quelques heures après le départ d’Alassane Ouattara, pour la première fois officiellement depuis le début de la crise née du scrutin de novembre, de son QG du Golf Hôtel d’Abidjan.
Savoir Plus
Côte d’Ivoire: la FIDH dénonce des « crimes contre l’humanité »
La Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme (FIDH) a souligné la responsabilité du président sortant Laurent Gbagbo dans des « crimes contre l’humanité » commis en Côte d’Ivoire, où selon elle près de 400 personnes ont été tuées depuis fin novembre.
« La politique de tension, de haine et d’affrontements, décidée et engagée par Laurent Gbagbo pour peser sur les médiations diplomatiques et faire accepter son coup d’Etat de facto, se traduit en fait par de graves violations des droits de l’Homme qualifiables de crimes contre l’Humanité », indique la FIDH dans un rapport publié à la suite d’une mission en Côte d’Ivoire, du 22 février au 2 mars.
« Cette situation fonde la compétence de la Cour pénale internationale (CPI) saisie de la situation en Côte d’Ivoire et doit mener le Procureur à ouvrir dans les plus brefs délais une enquête en vue de poursuivre les auteurs de ces crimes », ajoute la même source.
« Selon les éléments ramenés par la mission de la FIDH, on dénombre depuis le second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, près de 400 personnes tuées et 68 personnes disparues », poursuit l’ONG. L’ONU recense plus de 370 tués depuis fin 2010.
« Les organisations de défense des droits de l’Homme ont en outre répertorié des centaines de blessés, une centaine de cas d’actes de torture et de mauvais traitements, des centaines d’arrestations et de détentions arbitraires et des allégations de crimes sexuels », indique encore la FIDH.
L’ONG juge que la « guérilla urbaine » à Abidjan, « de par l’ampleur qu’elle est en train de prendre, constitue les prémices d’une dérive presque inévitable vers une situation de guerre civile, si rien n’est fait ». Elle pointe aussi les difficultés de la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire (Onuci), dont le camp Gbagbo réclame le départ en l’accusant de soutenir son rival Alassane Ouattara.
« La perspective d’une ONU spectatrice d’un drame ivoirien doit absolument être empêchée. L’ONUCI doit être immédiatement renforcée dans ses capacités d’action », estime la FIDH.
BELGA
Les FDS libèrent Toulepleu, des combats à Bloléquin
Les Forces de défense et de sécurité (Fds) sont parvenues hier lundi 07 mars 2011 à arracher la ville de Toulepleu des mains des Forces armées des Forces nouvelles (Fafn). Selon plusieurs sources concordantes, les Fds ont réussi à occuper la ville en début d`après-midi, en y délogeant les troupes des Fafn. Pour rappel, il faut noter que le dimanche 6 mars dernier, après de nombreuses tentatives pendant plusieurs jours, les Forces nouvelles étaient parvenues à mettre pied dans la ville de Toulepleu, obligeant les FDS à se replier. L`un des éléments Fds joint, avait justifié ce recul par le fait que leurs adversaires étaient de véritables professionnels dont ils ne maîtrisaient pas encore les techniques. « Nous combattons désormais contre des armées professionnelles, des Anglophones et des Burkinabé », nous avait-il expliqué. Mais l`occupation de Toulepleu par les Forces nouvelles n`aura duré que 24 heures. Après avoir reçu un renfort du Groupement tactique centre du Comthéâtre, les Fds ont relancé les combats qui leur ont permis, selon les informations qui nous sont parvenues hier, de reprendre le contrôle de cette ville frontalière au Libéria, peu avant 15 heures. « Je peux juste vous dire que nous avons la sécurité de Toulepleu sous notre responsabilité », s’est contenté de nous dire un officier des Fds sur la question. Dans la débandade en leur sein, à la suite de l’offensive des Fds, les combattants des Fafn ont perdu leur repère. Alors qu’un groupe a eu le temps de replier en direction de Bin-Houien, le gros lot, selon nos sources, s`est fondu dans les forêts environnantes de la ville, et a pu se retrouver pour ensuite constituer une poche de résistance entre Bloléquin et Toulépleu. Ce groupe d`éléments des Forces nouvelles a choisi de s`attaquer à la localité de Bloléquin, ouvrant ainsi un autre front. Au moment où nous mettions sous presse, les combats dit-on, faisaient rage du côté de Bloléquin. D’autres renforts des Fds, partis de Guiglo à une quarantaine de kilomètres, étaient en route pour prêter main forte aux éléments à Toulepleu, et éviter qu’ils soient pris entre deux feux. Les combats avaient donc lieu aux portes de Bloléquin entre les Fds qui veillaient à la sécurité et les Fafn qui tentaient de prendre la ville.
Blaise BONSIE
Eva Joly aux Européens: “Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons”
Dans cet extrait de son livre passionnant intitulé “La force qui nous manque” écrit avec la journaliste française Judith Perrignon, l’ex-magistrate française d’origine norvégienne, Eva Joly, fustige la Françafrique. Pour la députée européenne d’Europe Ecologie et l’une des personnalités en vue des Verts français, la France déstabilise les pays africains pour contrôler leurs richesses du sous-sol. Le bien-être des populations, la démocratie, etc. importent peu aux yeux de la France. Eva Joly en a eu les preuves lorsqu’elle enquêtait en tant que juge d’instruction sur le fumant dossier Elf (aujourd’hui Total). Lorsque j’ai pris en charge l’instruction de l’affaire Elf, j’avais en face de moi les puissants du pétrole français. Je n’aimais pas leur arrogance, la façon qu’ils avaient de se servir dans les caisses. Mais lorsqu’ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j’étais prête à les croire. Je sortais de plusieurs années en détachement au ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d’une compétence absolue. J’avais confiance dans les institutions de mon pays d’adoption. Je n’imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du pétrole fut autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même. Pourtant, au fil de mon enquête, j’ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m’arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l’étranger. Je découvrais des chemins qu’il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d’un vaste réseau de corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l’Elysée. Ce n’était pas mon rôle d’en tirer les conclusions politiques, mais j’en ai gardé l’empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j’ai toujours avec moi. Il fait huit mètres une fois déplié. Il serpente depuis le bureau d’un directeur des hydrocarbures d’Elf jusqu’à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d’Omar Bongo : quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille, d’une part, le budget de l’Etat et le gouvernement d’autre part. J’emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l’étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes. Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l’influence par de vastes réseaux de corruption ; en échange, ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol. Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l’économie des pays. Et si je m’arrête un instant au Gabon, qu’est-ce que j’y vois ? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un Pib par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6 397 $) ? Ou un pays pauvre où l’espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole ? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40% contre une moyenne de 79% dans les pays en développement. Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l’uranium, fief de Total-Elf, la première capitalisation boursière française. Si les habitants de Libreville n’ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c’est parce que la France s’est accaparée ses ressources minières, avec la complicité d’un président enrôlé dès son service militaire par l’armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris. Il était alors le plus jeune chef d’Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune. En retour, Omar BONGO fait table ouverte plusieurs fois par an, avenue Foch ou à l’hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, des publicitaires et les journalistes français qui comptent. Chacun se presse à ces audiences. Dans les années 1990, un homme politique français du premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d’un contrat de « consultant » signé par Omar Bongo et largement rémunéré. De Roland Dumas, le président gabonais dit qu’il est « ami intime ». Prévoyant, il apprécie aussi Nicolas Sarkozy, venu « prendre conseil » en tant que candidat à l’élection présidentielle. Lorsque, au cours de l’instruction, nous avons perquisitionné au siège de la Fiba, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients, qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C’était une sorte de Who’s Who de la France en Afrique qui en disait long sur l’envers de la République et des médias. A ceux qui croient encore à l’aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du PNUD (Programme des Nations unies pour le Développement). La corrélation est régulière entre le montant de l’aide française et la richesse en matières premières. En clair, celui qui n’a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris… Il n’est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l’un des premiers bénéficiaires de l’aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d’éducation. L’argent s’est perdu en route. Il est justement fait pour cela. Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d’espionnage permanent et de barbouzes. Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres; nous les transmettions au parquet de Nanterre, qui se gardait bien d’ouvrir des enquêtes. Car, Elf hier, Total aujourd’hui, est un État dans l’État, conçu par Pierre Guillaumat, un ancien ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris. La Norvège a utilisé son pétrole pour construire et assurer le paiement des retraites futures. La France se sert d’Elf-Total pour affirmer sa puissance. La compagnie intervient dans le golfe de Guinée, au Nigeria, au Congo- Brazzaville, en Angola… Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s’est fait sentir. Le chaos, lorsqu’il se produit, ne trouble pas le système. Il n’est qu’à voir l’Angola, en guerre pendant des dizaines d’années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n’a raté sa destination. Pendant la guerre, les affaires continuaient… Les banques françaises, BNP-Paribas en tête, ont même profité de l’occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu’elles ne prenaient pas le moindre risque. L’argent, là aussi, n’a pas été perdu pour tout le monde. C’est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises. Depuis que j’ai ouvert le dossier Elf, dans mon bureau de la galerie financière, j’ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus…; j’ai appris en marchant. A l’arrivée, le tableau est effrayant. L’Afrique a refait de moi une Norvégienne fière de l’être. Mon pays est riche, mais il se souvient avoir été pauvre, un peuple d’émigrants regardant vers le nouveau monde américain. Son esprit de conquête, ses allures vikings sont des traces d’un passé très lointain; vinrent ensuite les tutelles danoise, puis suédoise, dont il fallut se libérer. Il envoya vers l’Afrique des missionnaires protestants, personnages austères au visage buriné, taillé par la parole chrétienne et l’œuvre humanitaire, plutôt que des nouveaux colons, comme on les croise encore dans les quartiers d’expatriés blancs. Pendant que la France fondait Elf, la Norvège mettait en place l’exploitation des ressources de la mer du nord, accumulant un fonds de réserve, aussitôt placé pour les générations futures et soigneusement contrôlé. Ce petit pays des terres gelées est devenu la première nation donatrice en dollars par habitant. Bien sûr, les pétroliers norvégiens ne sont pas des enfants de chœur. De récentes enquêtes ont montré que certains d’entre eux ont versé des commissions et que la tentation d’abuser de leur pouvoir est permanente. Mais la Norvège n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait de son pétrole. Ce que j’ai vu, les rapports internationaux qui l’attestent, est une œuvre d’espoir. La République française, à la même époque, a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l’image qu’elle aime renvoyer au monde. Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la Justice et la démocratie ? Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu’ils ont vu ? Pourquoi des partis politiques et des Ong, par ailleurs prompts à s’enflammer, n’ont-ils rien voulu voir ?
Gbagbo nationalise la filière cacao
La filière cacao représente un enjeu important.
C’est un décret lu à la télévision nationale qui a annoncé la prise de contrôle par l’Etat de l’achat et de l’exportation de la production de cacao.
Afin d’asphyxier financièrement son adversaire, Alassane Ouattara reconnu président élu par la communauté internationale, avait appelé à une interdiction temporaire de ces exportations.
La filière cacao, dont la Côte d’Ivoire génère 40 % de la production mondiale, est surtout dominée par les multinationales.
Selon des experts cités par l’agence de presse Reuters, près de 500.000 tonnes de fèves, l’équivalent du tiers de la production annuelle du pays, est présentement bloqué dans les différents ports de la Côte d’Ivoire.
Du fait des sanctions et des risques de l’effondrement du système bancaire ivoirien, les prix ont connu un envol sur le marché international.
L’Union européenne, les Etats-Unis, la CEDEAO ont adopté plusieurs mesures contre Laurent Gbagbo et son entourage en vue de les pousser vers la sortie. Sans succès pour l’heure.
Pendant ce temps, la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader.
Depuis janvier, les combats entre forces fidèles à Laurent Gbagbo et partisans d’Alassane Ouattara font de plus en plus planer les risques d’une guerre civile.
La capitale Abidjan a été, ces dernières heures, le théâtre de violents affrontements. Au moins trois personnes ont été tuées dans le quartier d’Abobo et des maisons de responsables politiques jugées proches d’Alassane Ouattara ont été incendiées lundi.
D’après l’Onu, depuis la reprise au mois de novembre des hostilités, le conflit a fait au moins 365 morts.
Un bilan beaucoup plus lourd, selon d’autres sources.
BBC Afrique
A 24H de la réunion de L`UA – La grande surprise qui attend Gbagbo et Ouattara
La crise post-électorale qui déchire la Côte d’Ivoire depuis trois mois pourrait connaître un rebondissement demain jeudi 10 mars, à la faveur de la réunion du Conseil de paix et de sécurité(CPS) de l’Union africaine prévue à Addis Abeba. On attend de cette rencontre qu’elle livre les propositions du panel commis à la résolution du contentieux électoral opposant Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara. Le rendez-vous d’Addis Abeba est donc crucial pour les deux protagonistes qui se disputent le fauteuil présidentiel. C’est conscient de l’enjeu qu’Alassane Ouattara a décidé de répondre à l’invitation du CPS de l’UA que lui a adressée le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, lors de son récent séjour à Abidjan. A entendre son entourage, son empressement à répondre à l’invitation de l’UA trahit les assurances qui lui ont été données quant à la confirmation de son statut de président élu de la Côte d’Ivoire, tel que reconnu par l’Union africaine au tout début de la crise. Mais selon des sources bien introduites, la réunion du CPS pourrait réserver bien des surprises aux deux protagonistes de la crise post-électorale. Les chefs d’Etat africains pourraient décevoir celui d’entre eux qui croit qu’il s’agira de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Le souci de l’UA, assurent des observateurs, c’est de ménager la chèvre et le chou, ce qui incline à rechercher une position conciliante en coupant la poire en deux. Quand on sait que le panel lui-même est miné par des dissensions internes et des querelles de positionnement, il paraît difficile qu’il s’en dégage une position commune largement favorable à l’une des parties ivoiriennes, au point de penser que les dés sont pipés pour l’autre partie. Certes, la présence physique de Ouattara peut plaider pour lui, mais il n’est pas sûr qu’il se taille la part du lion comme tendent à le faire croire ses partisans. Tout comme Laurent Gbagbo, qui boude cette rencontre décisive pour l’évolution de la situation en Côte d’Ivoire, il doit s’attendre à ne pas forcément conforter sa position. Le triomphalisme dont font preuve ses proches à la veille du rendez-vous de demain peut être contrarié par les décisions d’un panel plus que jamais soucieux de réaliser l’alchimie de concilier les positions. La réunion de demain reste donc grosse de toutes les incertitudes.
Assane NIADA
L’Inter














